Présidentielle : pourquoi Nicolas Sarkozy croit gagner en 2012

Malgré des baromètres catastrophiques, le chef de l'État reste persuadé qu'il va rebondir dans les sondages. Voici pourquoi.
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Le président de la République apprend la patience. Celui que le monde entier regarde depuis son élection en 2007 comme un volontariste, capable à la fois de mener à bien une réforme courageuse (les retraites) contre une opinion publique arc-boutée sur les acquis sociaux, mais aussi de répondre par une insulte à une insulte («casse-toi pov’con»), poursuit vaille que vaille sa mutation de «présidentiable» . Même si son plan pour remonter dans les sondages s'avère pour l'instant peu payant.

Encore deux mauvais sondages en février

«Malgré des efforts évidents pour se «représidentialiser», écrit Le Parisien du 7 février, malgré un mois entier sans gaffe majeure, Nicolas Sarkozy est, en ce début de mois de février, à son plus faible niveau dans l’opinion: 31% seulement des Français lui font confiance pour affronter les principaux problèmes qui se posent au pays», selon le baromètre de l’Institut CSA réalisé pour Le Parisien, HEC et France Inter (1). Cela représente une chute de trois points par rapport à janvier. 60% des Français ne lui font pas confiance, autant dire que le président atteint sa cote la plus basse, celle de l’automne dernier. Voilà qui devrait alarmer l’entourage du chef de l’État, puisqu’il n’y a pas de raison évidente à ce désamour, alors qu’à l’automne dernier, le président payait sa réforme des retraites face à une opinion chauffée à blanc par l’allongement de l’âge légal de sortie du travail.

Ce sondage rejoint l’enquête réalisée par TNS Sofres Logica et rendue publique par Le Figaro Magazine le 3 février dernier (2). «24 % des personnes interrogées (seulement) affirment faire confiance au chef de l'État, note le magazine, contre 27% en janvier. Les personnes ne lui faisant pas confiance sont 72 % (+ 2). 4 % sont sans opinion. D'où ce commentaire du Point : «L'écart entre la confiance et la défiance à l'égard du président atteint donc en ce début 2011 un record depuis l'élection de 2007», précise l'institut de sondage». Un résultat d’autant plus inquiétant que le Premier ministre suit la même courbe descendante que celle du Président (-3% et -4% de baisse dans les deux sondages). François Fillon ne remplit donc pas son rôle de fusible, même s’il dispose désormais d’un espace politique depuis que l’hyper-président a choisi de prendre de la hauteur.

Il veut s'adresser directement aux Français

Face à ces résultats calamiteux, Nicolas Sarkozy ne semble pas montrer d’impatience particulière. Son entourage affirme qu’il ne trépigne pas: il maintient sa stratégie qui consiste à endosser une image de présidentiable. Ainsi s'efforce-t-il de se présenter comme un homme ordinaire confronté à une mission extraordinaire. Ainsi crée-t-il la surprise en ne répondant pas par la colère ou l’exaspération à l’ absence de Bernard Thibault , le leader de la CGT, aux traditionnels vœux du chef de l’État aux acteurs sociaux, pourtant une première dans l’histoire de la Ve République. Ainsi se garde-t-il de prendre position dans la bagarre qui oppose cet hiver François Fillon, son Premier ministre, à Jean-François Copé , le patron de l’UMP. Tout juste se contente-t-il de faire savoir que chacun est dans son rôle et qu'il n'a pas à intervenir.

Pas de petites phrases donc, mais un désir affiché de s’adresser directement aux Français, quitte à faire preuve de «démagogie» selon l’opposition socialiste, voire de «populisme» selon les syndicats. Ainsi, quand il évoque les «dysfonctionnements» de la justice et de la police qui auraient entraîné l’horrible meurtre de la jeune Laetitia à Pornic, massacrée par un délinquant récidiviste, Nicolas Sarkozy n’a cure de mettre les juges et les policiers en colère: il se contente d’exprimer, affirme son entourage, «ce que pensent les Français».

«Le président a choisi une méthode, celle du dialogue direct avec les Français, et il s'y tient. Elle finira par porter ses fruits», estime le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, dans Le Figaro . Réponse en écho de François Baroin, le porte-parole du gouvernement, dans le jdd.fr : «Je ne connais pas un agriculteur qui sème et qui ne récolte pas». Ce désir de s’adresser directement aux électeurs de 2012, le président le réalisera jeudi 10 février 2011 en participant pour la seconde année consécutive à l’émission Paroles de Français , sur TF1, toujours animée par Jean-Pierre Pernaut. «L’Elysée avait toutefois apprécié l’exercice, note le jdd.fr le 6 février. Décidé à renouer avec le peuple, Nicolas Sarkozy compte sur cette émission pour regagner du terrain auprès d’une opinion de plus en plus dubitative sur son action». L’an passé, le Président avait réuni 8 millions de téléspectateurs.

Il doit rendre sa politique plus claire

Il compte profiter de cette formidable audience pour aborder les problèmes de la vie quotidienne de nos concitoyens: il entend ainsi continuer de chasser sur les terres sécuritaires du Front national et de Marine Le Pen , évoquer la question de la dépendance des personnes âgées, mais aussi celle du chômage et de l’éducation des jeunes.

Car aujourd’hui, ce n’est sans doute plus l’image du chef de l’État qui se trouve sanctionnée dans les sondages mais plutôt sa politique, pas toujours jugée cohérente par les Français. «La cote de confiance du chef de l’Etat s’affaisse parmi trois catégories de sondés, écrit ainsi le Parisien du 7 février. Les cadres supérieurs, les sympathisants UMP et les retraités. Un phénomène dû, selon Sainte-Marie , « aux menaces qui pèsent sur les revenus de ces catégories, avec une nuée d’informations contradictoires, ces dernières semaines», sur l’augmentation de la TVA ou l’imposition des plus-values sur la vente de la résidence principale».

Ensuite, Nicolas Sarkozy doit redresser la barre dans le domaine de la politique étrangère, et faire oublier la mauvaise gestion de la crise tunisienne par Michèle Alliot-Marie (depuis sa proposition d’exporter chez Ben Ali l a méthode française de répression des manifestations jusqu’aux excursions en Tunisie en avion privé en pleine révolte populaire). Pour cela, il dispose d'un atout maître: montrer aux Français sa nouvelle stature de président du G20, capable, peut-être, d’influer sur la marche du monde.

A 15 mois de la présidentielle, Nicolas Sarkozy garde une relative sérénité, même si, comme l’écrit Le Figaro , le socle de ses électeurs plafonne à 26% au premier tour, alors que «de nombreux sondeurs considèrent qu'en l'absence d'autres candidats à droite -ce qui est le vœu de l'Élysée pour le moment- il doit réaliser au minimum «un score de 33% au premier tour pour espérer atteindre 51%» au second». Mais le quotidien d’affirmer, en citant des témoignages dans l’entourage du président, que «le pic de haine est derrière lui» et que «l’antisarkozysme marque le pas».

Reste au chef de l’État à rendre plus claire sa politique, convaincre les Français et les rassembler, profiter enfin de l’avantage qui consiste à se mettre d’ores et déjà en campagne électorale, alors que l’opposition, en l’absence d'un grand leader déclaré ( DSK et Martine Aubry se taisent toujours), peine à organiser ses primaires et à choisir son chef. S'il parvient à maintenir son coup d'avance, il a bon espoir de gagner la partie en 2012.

(1) Enquête réalisée par CSA pour Le Parisien, HEC et France Inter, le 2 février auprès d'un échantillon national représentatif de 1010 personnes, selon la méthode des quotas.

(2) Enquête réalisée par TNS Sofres Logica pour Le Figaro Magazine du 28 au 31 janvier auprès d'un échantillon de 1 000 personnes interrogées en face à face à leur domicile (méthode des quotas).

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