Primaire socialiste: pourquoi Hollande ne voudrait qu'un tour

Ses partisans l'affirment: il ne faut pas de 2e tour à la primaire mais élire celui qui arrive en tête au 1er. Est-ce une bonne idée ou une arnaque?
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François Hollande vient d'avoir une idée étrange, destinée, disent ses amis, à éviter les déchirements de l'entre-deux tours: si l'un d'eux arrive largement en tête mais qu'il n'obtient pas 50% des voix (suivez mon regard), il n'a qu'à s'arranger avec la candidate placée en second (suivez encore mon regard) pour obtenir l'accréditation du candidat officiel de la gauche qui affrontera dans sept mois Nicolas Sarkozy! Cette étonnante proposition, relayée par le quotidien Le Figaro , est la dernière trouvaille du candidat Hollande à quelques heures du troisième débat de la primaire qui se déroule ce mercredi 5 octobre sur BFM TV . Que faut-il en penser?

Sans doute pas de majorité au premier tour

C'est désormais quasiment sûr: le candidat favori des sondages devrait sortir en tête du premier tour, mais il a peu de chances de l'emporter avec au moins 50% des voix. C'est d'ailleurs François Hollande qui le reconnaît: «Les enquêtes d'opinion ne me rassurent pas» . Alors que les six candidats sont dans la dernière ligne droite, il est normal que celui qui, depuis la défection de DSK, pointe en tête dans toutes les enquêtes, soit assailli par le doute. Il craint peut-être une mésaventure semblable à celle qui est arrivée à Nicolas Hulot , «l'écologiste préféré des Français». Dès lors, il pourrait chercher une solution pour gagner, même si sa victoire n'est pas aboutie: «Si nous frôlons les 50%, disent ses partisans, nous devons nous entendre avec les autres candidats pour éviter un second tour».

Les raisons d'un vote unique ne sont pas très claires

En fait, l'équipe de François Hollande avance plusieurs raisons à cette proposition. Les premières consisteraient à éviter que le Parti socialiste ne se déchire. Il s'agirait de ne pas mettre les cinq autres candidats, à commencer par celle qui devrait arriver en deuxième position, et donc, dans son esprit, Martine Aubry, dans une situation «d'humiliation». Il s'agirait donc, d'empêcher que les couteaux ne sortent, que la primaire du PS ne se transforme en foire d'empoigne sous le regard effaré des Français qui ont voté. Les proches de François Hollande affirment vouloir éviter que ne recommence le triste spectacle de l'élection de la première secrétaire en 2008 au congrès de Reims , et la fameuse guerre des égos.

Est-ce la vraie raison? Nul doute que cette proposition de «pacification» s'inscrit dans la logique hollandaise qui consiste à poursuivre, comme il le dit haut et fort depuis six mois au moins, la «stratégie de l'oreiller», celle qui consiste à ne pas répondre aux coups bas par des coups bas et à se placer «au dessus de la mêlée».

Le «non» des autres candidats

Bernard Poignant, le maire de Quimper, dit que ce serait une bonne idée, mais qu'elle ne peut être imposée par le favori. «Ce n'est pas à François Hollande de le dire, reconnaît-il, mais à la personne qui est en seconde position». Une prudence qui l'honore d'autant que personne ne semble vouloir d'une telle «magouille»: les rivaux du candidat y voient plutôt comme un désir de dérobade, une volonté de ne pas affronter la réalité d'un deuxième tour, qui sera nécessairement âpre. Personne ne peut dire, en effet, pour qui voteront les «éliminés», et notamment Ségolène Royal et Arnaud Montebourg. Tous deux pourraient avoir des raisons de choisir Martine Aubry, plus à gauche, et donc de renverser la tendance du premier tour avec un de ces coups de théâtre que personne, aujourd'hui, ne peut écarter.

Dès lors, on imagine bien que cette proposition ne convient pas aux cinq candidats. Selon Le Figaro , il s'agit là d'une forme de «guerre psychologique» lancée par les amis de François Hollande, sans avoir l'air d'y toucher, d'une forme d'intox dénoncée avec ironie par ses adversaires.

Au-delà de l'éventuelle naïveté (inquiétante quand on veut être président de la République) dont ferait preuve le candidat en tête des sondages, il y a peut-être aussi cette forme d'impatience, ce désir d'en découdre avec le véritable adversaire sans jouer le jeu jusqu'au bout, et ce, malgré les règles démocratiques édictées par tous les socialistes. Certains y voient même l'expression d' un désir quasi-permanent d'être ailleurs, n'importe où plutôt que là où le destin l'a placé .

Une élection démocratique nécessaire

En attendant, accéder au désir de l'entourage de François Hollande reviendrait à priver le Parti socialiste de son élection, plus que jamais nécessaire. En ouvrant le jeu à «tous les Français qui se sentent en accord avec les valeurs de la gauche», le PS vient d'inventer un espace démocratique nouveau en France, un peu à l'image des primaires américaines. Ce serait donc manquer de respect à l'égard de tous ceux qui s'apprêtent à voter que de leur dire: «vous avez voté une fois, c'est assez. Pour le reste, nous allons faire nos petits arrangements entre amis.»

Martine Aubry le rappelle dans une interview mercredi 5 au Télégramme de Bres t: «La primaire n'est pas un gadget (...) Les Français ne comprendraient pas qu'après un tel débat démocratique, on se livre à de tels arrangements. Dans le débat de la primaire, chacun a pu se montrer tel qu'il était, en terme de tempérament comme en terme de propositions. C'est aux Français de décider». Dès lors, sans doute est-il logique et nécessaire qu'on les laisse voter deux fois. Au premier, mais aussi au deuxième tour.

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