Rigueur outre-Manche : les chômeurs travailleront gratuitement

Après le plan d'austérité qui supprime 490 000 fonctionnaires, voici le plan anti-chômage pour baisser le coût de l'aide sociale.
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Ils sont fous ces Anglais! Le Chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances) George Osborne a annoncé le plan de rigueur le plus drastique des 50 dernières années, et notamment la suppression de 490 000 emplois publics. Et voilà que, selon The Guardian , le gouvernement récidive 2 semaines plus tard, sans laisser le temps de souffler à ses compatriotes. Le ministre du Travail, Iain Duncan Smith, va exiger des inactifs bénéficiaires d’une aide de l’État, des journées de travail obligatoire et non rémunéré. Il veut ainsi lutter contre le chômage, c’est-à-dire tailler dans la facture des allocations (220 milliards d’euros chaque années) et frapper les esprit des chômeurs de longue durée «qui se complaisent dans l’assistanat».

Ramasser les ordures 30 heures par semaine

On imagine comment réagiraient nos compatriotes si Eric Woerth annonçait une mesure aussi violente alors que la potion amère de la réforme des retraites n’est toujours pas digérée et que les syndicats préparent une 9e journée d’action pour la fin du mois de novembre.

Son homologue britannique, Iain Duncan Smith, veut s’adresser aux 1 400 000 chômeurs de longue durée afin de leur proposer ce contrat : «Vous touchez actuellement une allocation hebdomadaire de 65 livres (78 euros) sans rien faire. Pour continuer de percevoir ce qui s’appellera désormais votre «crédit universel», je vous propose de donner un mois de travail gratuit à la société».

En clair, chaque chômeur devra se consacrer, pendant 30 heures chaque semaine, et cela durant quatre semaines, à des travaux d’intérêt général tels que le nettoyage des plages (voir l e dessin de Martin Rowson du Guardian) la tonte des pelouses, le balayage des rues ou le ramassage des ordures ménagères. S’il refuse cette activité totalement bénévole et obligatoire, il se trouvera sanctionné par, notamment, la suppression de son allocation pendant au moins trois mois.

«A contract to help people out of joblessness»

Vu de Grande-Bretagne, il s’agit d’un contrat pour aider les gens à sortir du chômage: «a contract to help people out of joblessness». Vu de France, cela ressemble à une double peine. Non seulement les victimes de cette mesure n’ont pas d’emploi depuis longtemps, mais en plus, on les punit de ne plus travailler et de vivre «aux crochets de la société britannique». Iain Duncan Smith répond que justement, c’est parce que le chômage «désocialise» ceux qui sont frappés qu’il entend «casser le cycle de la dépendance». «Nous voulons redonner une routine de travail aux chômeurs», explique le ministère au quotidien The Guardian .

Selon Le Nouvel Observateur , «ceux qui refuseraient perdraient temporairement leurs allocations, a précisé dimanche à la BBC le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague. Il s'agit d'aider les personnes sans emploi depuis longtemps à se réadapter au travail, a-t-il expliqué». L’hebdomadaire poursuit : «Le ministre du Travail et des Pensions Iain Duncan Smith veut leur redonner le «sens du travail», se «présenter le matin à 9h et repartir l'après-midi à cinq heures». Le message est le suivant, a-t-il expliqué ce week-end dans un entretien au Daily Telegraph : «jouez le jeu, ou ce sera difficile».

Devant ce genre de mesures, le légendaire flegme britannique est entamé et un début de controverse semble naître de l’autre côté de la Manche. «La députée travailliste Anne Begg a estimé que ces périodes de travail bénévole priveraient les chômeurs d'un temps précieux pour la recherche d'emploi», note Le Figaro . «Le problème, c'est justement de trouver un travail», a-t-elle déclaré. Le Nouvel Observateur cite une autre travailliste : «Harriet Harman a déclaré ne pas contester la nécessité de réformes mais estimé que les projets du gouvernement étaient «inéquitables». «Sans emplois, la réforme ne marchera pas. En ce moment, il y a cinq demandes d'emplois pour chaque poste disponible», a-t-elle souligné, invitée de la chaîne de télévision BBC 1».

La retraite à 66 ans pour tous en 2020

C’est la deuxième très mauvaise nouvelle en Grande-Bretagne en moins de 15 jours. Le 20 octobre dernier, le chancelier de l’Échiquier, George Osborne, a dévoilé un plan d’austérité destiné à réduire les dépenses publiques de... 95 milliards d’euros d’ici 2015 et à augmenter dans le même temps les impôts de 40 milliards!

490 000 postes de fonctionnaires seront supprimés (des licenciements mais surtout des départs naturels non remplacés) ; l’âge de départ à la retraite (65 ans pour les hommes, 60 pour les femmes) sera allongé progressivement à 66 ans pour tous d’ici 2020. Le Royaume-Uni se donne pour objectif d’annuler totalement le déficit public en le ramenant de 10,1% cette année à 1,1% du PIB en 2015.

Le plus extraordinaire, c’est que les Anglais ne protestent pas devant l’ampleur de ce plan d’austérité qui va pourtant les toucher rudement dans leur vie quotidienne. Les manifestations ne réunissent que quelques centaines de personnes très sages dans les rues de Londres. Pourtant, «l'effort demandé à l'ensemble de la population est considérable et même plus important que sous Margaret Thatcher», commente Le Figaro . Mais le Premier ministre, David Cameron, n'y va pas par quatre chemins. Il a d'ores et déjà fait savoir que les restrictions «concerneront tous les citoyens».

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