Salon de l'Agriculture : les politiques en campagne … électorale

C'est l'effet 2012. Absent l'an passé, N. Sarkozy inaugure le Salon et discute avec sept paysans. Marine Le Pen, Martine Aubry, J-L Mélenchon passeront.

Chaque année, le salon de l’Agriculture est non seulement «la plus grande ferme de France», avec ses 3500 animaux mais aussi une sorte d’immense plateau télévisé sur lequel se croisent toutes les personnalités politiques désireuses de flatter à la fois la croupe de vaches mais aussi un électorat particulièrement sensible, surtout à l'approche d'un scrutin.

2 millions d’emplois et autant de voix disponibles

Aujourd’hui, l’agriculture française représente 800 000 emplois directs répartis sur tout le territoire, et 2 millions d’emplois indirects. Avec 3,5% du PIB de notre pays, elle exploite 54% des terres, génère 70 milliards d’euros de ressources et si la France est passée en 30 ans du 1er au 5e rang mondial, elle reste une nation rurale, attachée à sa terre et aux valeurs traditionnelles.

Impossible donc aux hommes et aux femmes politiques français d'ignorer ce secteur emblématique de notre pays. C’est sans doute pour cette raison que, contrairement à l’an passé, le président Nicolas Sarkozy, candidat à sa propre succession, n’a pas fait l’impasse sur ce rendez-vous annuel des Français avec «leurs» paysans: ne sont-ils pas, en effet, 650 000 à se rendre chaque année à la porte de Versailles, pour venir admirer les magnifiques vaches vosgiennes , mais aussi les milliers d’ovins, caprins, porcins, équins et canins présentés dans les stands, et déguster les quelque 18 000 produits régionaux ?

Nicolas Sarkozy veut reprendre la main face à DSK

Cette année donc, Nicolas Sarkozy est le premier des hommes politiques à pénétrer dans cette ferme géante. Pour lui, en effet c’est la réponse du berger à la bergère. Après son Paroles de Français sur TF1 , Nicolas Sarkozy s’est vu voler son idée par Dominique Strauss-Kahn vendredi 18 février, quand le patron du FMI, présumé candidat à la présidentielle de 2012, en visite à Paris pour le G20, a répondu aux Questions des lecteurs du Parisien. Mais croire que le président en resterait là était mal connaître son goût pour le combat: samedi matin, en inaugurant le Salon de l’Agriculture, le chef de l’État a voulu reprendre la main sur le terrain des «vrais gens» en participant à une table ronde avec des «vrais agriculteurs» : sept exploitants (quatre hommes et trois femmes) parmi lesquels un viticulteur, un céréalier et un producteur de lait.

Dominique Strauss-Kahn ne devrait pas se montrer porte de Versailles à moins qu’il n’ait décidé d’y faire une apparition surprise, qui forcément serait traduite comme la confirmation d’une prochaine candidature à la présidentielle de 2012. En attendant, Nicolas Sarkozy participe seul à un débat organisé au millimètre par le ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, et au cours duquel les leaders syndicaux ont été priés de laisser parler «la France profonde», celle qui met les mains dans la glaise, désireuse d’exprimer ses angoisses et ses difficultés. Explosion du prix des céréales, crise du porc, effondrement des revenus des producteurs de lait, des éleveurs, des arboriculteurs, avenir des agriculteurs dans leur ensemble, dans une société de plus en plus écologiste, sans compter le recul de notre pays, qui parmi les puissances agricoles mondiales, se retrouve aujourd’hui derrière l’Allemagne, pourtant peu riche en terres cultivables.

Jacques Chirac, Martine Aubry, J-L Mélenchon, Marine Le Pen

L'an dernier, le chef de l'Etat avait lancé sa fameuse phrase: l'environnement, «ça commence à bien faire». Elle devrait trouver cette année un écho particulier après la violente campagne menée par l’association écologiste France Nature Environnement (FNE) dont les représentants, cette année, ont été fermement invités à ne pas participer à la table ronde. Nicolas Sarkozy, qui a fait savoir qu’il effectuerait cette année «une très longue visite» du Salon, sait que le contexte de cette discussion à bâtons rompus n’est pas facile mais il se doit d’être à côté des agriculteurs qui font partie du socle de son électorat, comme hier celui de Jacques Chirac.

L’ancien président de la République , quant à lui, se rendra mardi au Salon où il devrait vérifier que sa cote de popularité est intacte. Il n’aura pas à forcer sa nature pour avaler des kilos de charcuterie et vider des ballons de rouge, lui qui aime avec sincérité le monde rural. En revanche, l’exercice sera sans doute plus difficile pour Bertrand Delanoë : le maire de Paris accompagnera la première secrétaire du PS, Martine Aubry , mercredi 23 février pour une longue visite au cours de laquelle cette dernière s’arrêtera sur les stands du nord de la France.

Samedi après-midi, Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, sous l’œil des caméras, devrait venir y soigner son goût pour la langue verte. Jean-François Copé , le nouveau patron de l’UMP, arpentera les allées du Salon lundi 21 février, et c’est Marine Le Pen , la patronne du Front national, qui rencontre un certain succès dans le monde agricole, qui devrait clôturer, vendredi 25 février, le ballet des personnalités.

On peut se demander qui, dès lors, seront les vraies vedettes du Salon de l’Agriculture, des vaches, des moutons ou de ces animaux politiques lâchés dans les travées, aiguillonnés qu’ils sont par le désir de conquérir des électeurs. Après tout, les cantonales (plus de 2000 cantons à renouveler) sont dans un mois et, pour certains d’entre eux, la présidentielle dans à peine plus d’un an.

De quoi faire naître, on le comprend, d’improbables vocations paysannes, l’espace de deux semaines, du samedi 19 au dimanche 27 février, au Salon de l’Agriculture à la porte de Versailles.

Sur le même sujet