Santé: les Français manquent d'argent pour se soigner

Pour un Français sur deux, on est «riche» au-delà de 2000 euros. Mais pour un sur trois, prendre soin de sa santé est un luxe inaccessible.

Les Français ne vont pas bien, et ils le disent à leur manière. «Les temps sont durs». C'est ce qui ressort de deux sondages publiés ces jours-ci dans la presse. Le premier, réalisé pour le Journal du Dimanche et publié le 2 octobre 2011 (1) révèle que nos concitoyens fixent la richesse... juste au dessus de leurs propres revenus. Une preuve qu'ils sont réalistes et plombés par la crise qui les empêche désormais de rêver. Le second, réalisé pour Europe Assistance dans dix pays (2), montre qu'un Français sur trois serait contraint de renoncer aux soins médicaux parce que ces derniers seraient «trop coûteux».

La richesse est une réalité mais aussi une notion subjective

Quand on leur demande «à partir de quel revenu net mensuel (salaires, aides et allocations comprises), considérez-vous qu'une personne est riche», 57% des Français répondent «entre 2.001 et 5.000 euros par mois». Dans le détail, 22% répondent «entre 2.001 et 3.000 euros», 14% «entre 3.001 et 4.000 euros» et 21% «entre 4.001 et 5.000 euros». Aux extrêmes, 9% estiment qu'on est très à l'aise avec 2000 euros ou moins et 23% des sondés répondent en évoquant un revenu compris entre 5.001 et 10.000 euros mensuels.

Ce n'est pas vraiment une surprise: non seulement la crise est bien présente dans notre pays mais il convient de se rappeler que le seuil de pauvreté est de 900 euros et le «salaire médian» de 1600 euros par mois (50% de la population gagne plus, 50% de la population gagne moins). Or, chacun le sait par expérience et il n'est nul besoin d'un sociologue pour le confirmer: la richesse ne se calcule pas scientifiquement mais bien de manière subjective. Nous sommes tous les riches de quelqu'un et celui qui est riche pour moi est celui qui gagne plus que moi.

La vision déformée de nos hommes et femmes politiques

Pour nos hommes et femmes politiques, c'est un avertissement sans frais, un retour aux réalités qui devraient leur donner à réfléchir alors que certains aspirent à être président de la République dans sept mois. Il faut dire que leurs revenus ne les incite pas à voir très clair: un ministre gagne 15 000 euros par mois , à peu près comme un député ou un sénateur en additionnant ses indemnités.

Résultat, prenons Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Ils estiment que l'on est riche à... 500 000 euros par an et qu'à ce titre, on doit verser une contribution de solidarité exceptionnelle de 3%. C'est l'une des mesures annoncées en août dans le cadre du plan d'austérité pour 2012. Les élus UMP, quant à eux, mettent le seuil de la fortune à la moitié, soit 20 000 euros par mois, et s'apprêteraient à baisser la barre de l'imposition à 250 000 euros dans les prochains jours à l'Assemblée nationale.

À gauche, la vision de la richesse est plus conforme au sondage. C'est d'abord Martine Aubry qui, si elle était élue, abaisserait ce seuil des «très riches» à 100 000 euros en créant pour eux une tranche supplémentaire à 50%. On se souvient également de la petite phrase de François Hollande: «je n'aime pas les riches» , et de cette précision: «on est riche à partir de 4 000 euros par mois».

Un Français sur trois n'a pas les moyens de se soigner

Interrogés sur le niveau de revenus à partir duquel il convient de faire payer aux «ultrariches», 35% des Français évoquent la somme de 250 000 euros. Mais ils sont 65% à contester ce seuil: 22% le fixent à 200 000 euros, 17% à 150 000 et tout de même un Français sur quatre à évoquer la barre des 100 000 euros. On le voit, le niveau proposé par François Baroin et Valérie Pécresse «au nom de l'équité» et de la solidarité est jugé trop élevé par deux Français sur trois.

On comprend mieux ce décalage révélé par le sondage de l'Ifop quand on le rapproche d'une autre enquête qui, elle aussi, en dit long sur la réalité de la vie quotidienne des Français: selon un sondage CSA publié vendredi 30 septembre et réalisé pour Europe Assistance, un Français sur trois aurait renoncé à se soigner, faute de revenus suffisants. Les principaux postes de dépense qu'ils auraient décidé de rayer de leur feuille de soins sont les dents et les lunettes, ainsi que l'achat de certains médicaments. Ils sont 29% à dire que ce sont «des dépenses qu'ils ne peuvent pas assumer» alors que, l'année précédente, ils n'étaient que 11%.

La situation est d'autant plus grave en France que notre pays est la lanterne rouge des dix nations étudiées par l'institut de sondage: les États-Unis réputés pour la très mauvaise qualité des soins (on parle là-bas de système de santé à deux vitesses) n'ont «que» 25% de leur population qui ne se soigne pas. Ils ne sont «que» 19% en Italie, 15% en Allemagne, 10% en Autriche, 6% en Grande-Bretagne et 5% en Suède. Parmi les explications de cette dégradation, de nombreux Français auraient renoncé à leurs mutuelles , qui sont de plus en plus chères et qui remboursent de moins en moins bien.

(1) Sondage Ifop pour le Journal du Dimanche, réalisé par téléphone du 29 au 30 septembre 2011 auprès d’un échantillon de 966 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

(2) Sondage CSA pour Europe Assistance réalisé en mai et juin par téléphone auprès de 5.500 individus de 18 ans et dans plus dix pays, représentatifs de la population (méthode des quotas).

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