Sarkozy-Villepin : pourquoi leur réconciliation semble impossible

En 15 ans, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont accumulé les contentieux. En voici le florilège qui rend difficile tout rapprochement.

Le président reçoit jeudi 24 février Dominique de Villepin à l’Élysée. Officiellement, les deux hommes doivent parler de politique étrangère dans le cadre du G20 que préside la France. Mais l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac a officiellement coupé les ponts avec l’UMP en annonçant qu’il ne renouvellerait pas sa carte de membre , juste à la veille de sa rencontre avec le chef de l’État. Et il a bien l'intention de dire au président «ce que les autres n'osent pas lui dire».

Les contentieux les plus graves

L’idée d’une réconciliation avec Dominique de Villepin a pu un temps traverser l’esprit de Nicolas Sarkozy: il aurait envisagé de le souder une fois pour toutes à la majorité en lui proposant, dans le cadre d' un remaniement ministériel de plus en plus probable , le fauteuil de ministre des Affaires étrangères, en ces temps troublés où il faut, coûte que coûte, redonner à la France une diplomatie crédible. Mais le Président a dû se rendre à l’évidence: la carte déchirée de l’UMP le démontre, la paix ne semble pas près d’être conclue entre les deux hommes. Il faut dire que les sujets qui fâchent sont extraordinairement nombreux et que le deuxième procès Clearstream, au printemps, maintient à un niveau élevé la tension qui préside à leurs relations. En voici le détail.

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Poursuivi pour «dénonciation calomnieuse» et avec le président de la République comme partie civile, Dominique de Villepin est finalement relaxé en première instance . La suite du feuilleton est prévue en mai 2011 avec le procès en appel.

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«République Solidaire», le parti de Villepin et sa machine de guerre, est d’ailleurs l’objet de toutes les convoitises de la part du président qui, dès qu’il en a l’occasion, y puise comme dans un vivier pour recruter parmi les fidèles de son ennemi intime. A son tableau de chasse, on trouve désormais Bruno Le Maire, Georges Tron et Marie-Anne Montchamp.

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Les contentieux les plus anciens

Voilà bien 15 ans que les deux hommes ne se supportent pas. Tout a commencé par des histoires de famille.

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Une réconciliation forcément improbable

On le voit, les deux hommes ont beaucoup de raisons de rester fâchés. Et Dominique de Villepin s’est arrangé pour montrer que la fracture était toujours ouverte: à la veille de son entretien avec le Président, il a balayé toute possibilité de rapprochement avec Nicolas Sarkozy en annonçant, au plus mauvais moment pour ce dernier, qu’il ne renouvellerait pas sa carte à l’UMP.

Répondant par avance à toute proposition de poste comme le fauteuil de ministre des Affaires étrangères, comme la rumeur l’avait annoncé, il a déclaré, l’œil glacial : «Je resterai insensible à toute espèce de danse du ventre. Je ne suis pas négociable » a-t-il ajouté avant d’expliquer qu’à son avis, «il y a un décalage croissant entre les idées qui sont défendues par l'UMP et les Français»

À l’UMP, dans un souci de réalisme politique, chacun s’efforce de préserver l’avenir à 14 mois de l’élection de 2012. C’est par exemple Jean-François Copé , le secrétaire général du mouvement, qui a laissé la porte entrouverte: «Je regrette profondément qu'il ait décidé de quitter notre famille politique, j’espère que cette défection ne sera que provisoire».C’est aussi le porte-parole du gouvernement François Baroin qui reste optimiste : «Le chemin est long, il y a encore quinze mois. Il peut retrouver sa place dans un dispositif majoritaire pour favoriser la réélection de Nicolas Sarkozy».

N’empêche, du côté de Dominique de Villepin, les ponts semblent bel et bien rompus avec le Président. Et le petit geste de Nicolas Sarkozy, qui a décidé de ne plus être partie civile dans le second procès Clearstream, ne suffira sans doute pas à réconcilier les deux hommes.

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