Ségolène Royal : la candidate qui donne le tournis au PS

F. Mitterrand, son mentor, s'est présenté trois fois avant de remporter la présidentielle. Elle ne renoncera pas, quitte à faire tourner le PS en bourrique.

«La politique, c’est le mouvement». Ségolène Royal a retenu cette leçon de François Mitterrand. Elle qui répète depuis plus de trois ans qu’elle a été la confidente du président socialiste, a adopté sa méthode: surtout ne pas abandonner après un échec. Au contraire, se servir de cette frustration comme d’un carburant qui la mènera le plus loin possible. Donc être une candidate perpétuelle, se relancer pour la présidentielle de 2012, et si possible, surprendre, sans oublier au passage de régler ses comptes avec ses meilleurs ennemis.

Elle lance vraiment les primaires au PS

Alors, revoilà Ségolène Royal sur le devant de la scène, fidèle à elle-même, arrogante, gouailleuse, conciliante et fraternelle avec ses rivaux, DSK et Martine Aubry , dans la position plutôt confortable de celle qui donne le tempo aux autres, qui marque le vrai démarrage de la campagne des primaires au sein du PS, et qui a la légitimité d’avoir mené le Parti socialiste au second tour de 2007 alors que les éléphants n’avaient pour elle que du mépris.

Pour Ségolène Royal, être candidate à la candidature pour la deuxième fois, c’est déjà avoir gagné. Face à une première secrétaire du PS empêtrée dans ses désirs d’unification du parti et à un candidat «naturel» occupé à défendre l’Europe ( la Grèce, l’Irlande ) des attaques des spéculateurs internationaux, face à la presse nationale qui, depuis 2006, ne cesse d’afficher son ironie et ses doutes devant les capacités de la candidate, c’est dans les journaux de son Poitou-Charentes, la Nouvelle République du Centre Ouest (NRCO) et Centre-Presse , qu’elle a décidé d’annoncer, lundi 29 novembre, sa décision de s’engager dans la bataille des primaires.

Elle remet DSK et Martine Aubry à leur place

La présidente de région profite de l’occasion pour s’offrir un autre plaisir: remettre à sa place Dominique Strauss-Kahn en emballant son offense dans un compliment faussement admiratif. DSK ferait, dit-elle, un excellent Premier ministre si, d’aventure, elle emportait la présidentielle de 2012. On imagine que l’orgueilleux patron du FMI a dû rougir de colère en apprenant que sa rivale envisageait d’en faire son «collaborateur» à Matignon.

Mais ce n’est pas tout. Ségolène agace aussi Martine Aubry quand elle s’amuse à jouer sur les mots. Un «pacte» pour les primaires n’est pas une «alliance» pour la présidentielle. Elle a refusé le pacte qui l’aurait contrainte à se plier au calendrier de DSK ligoté par ses responsabilités au FMI, et donc à attendre le mois de juin pour se lancer dans la course à la candidature. Mais elle a confirmé l’alliance avec ses rivaux sur les ondes de France Inter. Interrogée par Patrick Cohen, mardi 30 novembre, Ségolène Royal a rappelé: «Nous avions - et nous avons - une alliance fraternelle entre nous pour qu'il n'y ait pas de guerre des chefs pour permettre le moment venu de nous rassembler au service des Français. La compétition ne se fait pas les uns contre les autres, elle se fait en regardant les Français. Nous nous rassemblerons dans une équipe. Nous nous respectons les uns les autres», a-t-elle affirmé.

Sa frustration lui sert de moteur

Voilà pour les paroles d’apaisement qui ne trompent personne, surtout pas les intéressés, et qui n’ont d’autre but que de prendre date. On ne pourra pas l’accuser plus tard de vouloir «jouer perso» au moment où ses rivaux en sont persuadés, elle commence à suivre, de manière assez spectaculaire et brillante au demeurant, sa propre partition.

La frustration pour moteur. Comme François Mitterrand, Ségolène Royal utilise ses défaites pour rebondir. Femme Fatale (1), la biographie de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, explique que l’ambition de la présidente de Poitou-Charentes aurait pour origine l’infidélité conjugale de François Hollande. «Tout s'est donc joué en mai 2005, note politique.net , lorsque Ségolène Royal comprend que son compagnon vit une histoire avec une autre femme. Dès lors, elle va demander à ses proches de choisir entre elle et François Hollande pour la course à l'Elysée».

Ensuite, tout s’enchaîne. La frustration de la candidate s’accroît quand elle découvre que les éléphants du PS ne lui font pas confiance, malgré sa victoire des primaires. Dès lors, elle décide de les exclure de sa campagne, jusqu’à son échec qu’elle revendiquera comme une victoire, le soir du second tour de 2007. C’est à cet instant, d’ailleurs, qu’elle prendra date pour 2012.

«Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas...»

Najat Vallaud-Belkacem, adjointe au maire de Lyon et porte-parole de Ségolène Royal, l’explique au JDD le 29 novembre : «Qui pourrait s'étonner de cette annonce alors que Ségolène Royal est claire sur ses intentions depuis... le soir de sa défaite à la présidentielle de 2007 ? «Quelque chose s’est levé qui ne s’arrêtera pas (...). Ce que nous avons commencé ensemble nous allons le continuer ensemble. Vous pouvez compter sur moi pour approfondir la rénovation de la gauche et la recherche de nouvelles convergences au-delà de ses frontières actuelles. C’est la condition de nos victoires futures». La porte-parole de la candidate se souvient: c'était «sur le toit du siège du Parti socialiste après l'annonce des résultats, la donnant perdante avec 47% des voix», explique-t-elle encore dans le JDD.

Les Français aiment cet esprit revanchard, comme le note Le Post , le 3 février 2010. «Il existe une dimension majeure, dans l’esprit de nos concitoyens, que le genre littéraire n’a pas cessé d’utiliser pour ses plus beaux romans, qui touche au drame cornélien dans le théâtre : c’est la « revanche ». Les Français adorent les histoires où le héros vient chercher, tôt ou tard, sa revanche. En même temps qu’il se venge sur son adversaire, il venge le peuple de lui avoir fait confiance à tort et d’avoir été trahi». La question est de savoir si le peuple, et d’abord, le peuple de gauche (comme en 2007), suivra Ségolène Royal jusqu’au bout.

(1) Femme Fatale , de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, éditions Albin Michel, 2007, 229 pages, 20 euros

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