Ségolène Royal: pourquoi ses adversaires la remettent en selle

À l'UMP Luc Chatel et Bérengère Poletti, au PS Laurent Fabius et Julien Dray donnent un coup de pouce à Ségolène Royal. Pourquoi ?

Ségolène Royal ne fait plus la Une des journaux. Les sondeurs ont désormais tendance à oublier de la mettre dans la liste des prétendants à la présidentielle de 2012. Mais est-ce à dire qu’il faut enterrer «la belle dame du Poitou»? Ce serait compter sans ces retournements du destin qui font le sel de la politique, sans les intérêts de circonstance qui poussent parfois des adversaires à se faire la courte échelle dans le but de gêner un concurrent jugé plus dangereux ou de se mettre simplement en valeur.

La candidate surprise qui s’était retrouvée en finale en 2007 face à Nicolas Sarkozy et qui, le 6 mai de cette année-là, avait recueilli autour de son nom 16 790 440 voix (46,94%), a paru disparaître de l’actualité, jusqu’à ce que, ces derniers jours, des membres éminents de l’UMP et du Parti socialiste la remettent en pleine lumière. Pour des raisons plus ou moins avouables.

Au PS, Laurent Fabius…

Il est l’un des éléphants les plus illustres du PS, il est aussi l’un des adversaires historiques les plus coriaces de Ségolène Royal . Personne n’a oublié que Laurent Fabius, alors candidat aux primaires, avait mis des bâtons dans les roues de la candidate, n’hésitant pas à insister sur la «légèreté» de son adversaire. Ainsi, à l’été 2006, avait-il lancé cette blague sur le programme de Royal: «Je préfère dire «voici mon projet», plutôt que «mon projet, c’est Voici».»

Or, contre toute attente, relève Le Parisien , il fournit à celle qui, en 2012, compte bien cette fois encore, ferrailler pour les primaires socialistes, un soutien plutôt inattendu: «Ségolène ne doit pas être enterrée aussi vite (...) On est un peu dur avec elle en ce moment, confie l’ex-Premier ministre. Ségolène garde la niaque.» Conclusion de Fabius, décidément très rassembleur: «Dans une campagne, elle est encore capable d’apporter des choses».

Comment expliquer son attitude? Évidemment par des arrières pensées politiques. Laurent Fabius a choisi de défendre la candidature de Dominique Strauss-Kahn , voire de soutenir le pacte de non agression qui engage DSK et la première secrétaire du PS Martine Aubry. Or, voilà qu’ un candidat aux primaires bouscule le jeu, François Hollande que Fabius n’aime pas: «Franchement, vous imaginez Hollande président de la République ? On rêve!», lâche-t-il devant les étudiants de Sciences-Po. Comme l’écrit le site planetecampus , «ça a le mérite d’être clair». Tous les moyens sont bons, Laurent Fabius utilise Ségolène Royal pour gêner l'ancien compagnon de cette dernière, François Hollande. CQFD.

… et Julien Dray

L’ex-conseiller spécial de Ségolène Royal pendant la présidentielle de 2007 avait été lâché par cette dernière pendant son «affaire» . En 2008, il s’est vengé en la lâchant à son tour dans L’Express : «Aujourd'hui, la candidature de Ségolène Royal à la tête du Parti socialiste n'est plus naturelle. La question qui est posée: est-ce que cette candidature va rouvrir une crise au Parti socialiste ou est-ce qu'elle va la résorber? Mon sentiment, c'est qu'elle va la rouvrir». Or, voilà que l'ancien fidèle, qui aimerait sans doute rejouer un rôle en 2012, renoue des liens avec son ancienne patronne, toujours dans L’Express , le 21 avril dernier: «Les commentateurs ont tort de l'enterrer si vite, estime le député PS de l'Essonne. Royal n'est jamais aussi bonne que quand elle est le dos au mur . Elle fait preuve d'instinct, elle voit les failles par où passer. Son audace est supérieure à celle des autres et elle n'esquive pas les sujets qui font polémique.» De quoi réveiller les observateurs en braquant les projecteurs sur Royal… et Dray.

A l’UMP, Luc Chatel…

Le ministre de l’Éducation, Luc Chatel, était présent aux côtés du président de la région Ile-de-France Jean-Paul Huchon, qui a présenté mardi 26 avril son Pass santé contraception dans un lycée du 12e arrondissement de Paris. Ce dispositif permet aux lycéens d’obtenir, de manière à la fois gratuite et anonyme, des méthodes de contraception et des consultations médicales auprès des infirmières scolaires.

Or, ce Pass santé contraception, destiné à réduire le nombre d’avortements sans cesse en augmentation chez les jeunes mineures (13 200 en 2006), est une idée de Ségolène Royal, la présidente de la région Poitou-Charentes, que Luc Chatel avait farouchement combattue voici quelques mois, comme le rappelle Le Monde qui parle d’un «revirement». «L'initiative (de Ségolène Royal) ressemble à s'y méprendre à celle que la région d'Ile-de-France a présentée mardi matin, en présence de… Luc Chatel», reconnaît d’ailleurs Le Figaro . Alors, pourquoi un tel «revirement»? «La question posée par la région Poitou-Charentes était la bonne, mais la réponse n'était pas bonne», explique le ministre dans les colonnes du quotidien, en avançant trois différences avec le dispositif de Ségolène Royal: «une démarche plus éducative (...) avec des programmes scolaires revus, un suivi des adolescents et la possibilité pour les infirmière scolaires de prolonger pendant six mois des prescriptions médicales en matière de contraceptifs».

Il n’empêche, certains verront dans cette reconnaissance, même tardive, une manière de remettre en selle Ségolène Royal. D’autant que la candidate en campagne s’est rendue ce même mardi 26 avril dans un école élémentaire parisienne du 13e. Elle en a profité pour y lancer un appel à la résistance contre les 1500 fermetures de classes de… Luc Chatel. Évidemment, ce dernier n’est pas masochiste. Aider Ségolène Royal à refaire surface à gauche comporte des risques (elle tape ainsi sur la politique de réduction du nombre des enseignants) mais aussi des avantages: cette réapparition peut provoquer davantage de gêne et de confusion au Parti socialiste où François Hollande, Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn n’en finissent pas de s’épier et de se concurrencer.

… et Bérengère Poletti

La consigne est désormais claire à l’UMP, lancée par Nicolas Sarkozy et relayée par Jean-François Copé: l’heure n’est plus au doute sur la stratégie et la capacité du Président à remporter la victoire de 2012. Il n’est plus question de se tromper d’adversaire. Alors que le Front national fait l’objet d’une tentative de siphonnage des voix , on cible le Parti socialiste en essayant d’accentuer les fractures entre les candidats et les courants. En bon petit soldat, Bérengère Poletti, députée UMP des Ardennes, membre de la Commission des affaires sociales, vice-présidente de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes, devrait proposer une application nationale du pass contraception de Ségolène Royal dans un rapport remis le 17 mai prochain . Luc Chatel est déjà d’accord: il a annoncé qu’il prendrait prochainement un décret pour que tous les lycées de France reçoivent le fameux pass. De quoi fournir à la candidate aux primaires socialistes l’occasion de redire: «Une fois de plus, j’ai eu raison la première!»

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