Si François Fillon était candidat à la présidentielle de 2012 ?

Il a dit non à sa stratégie contre le FN, non à son débat sur la laïcité. François Fillon se prépare-t-il à remplacer Nicolas Sarkozy à la présidentielle ?

Le Premier ministre prend ses distances avec le président de la République. Plusieurs indices ces derniers jours, ajoutés aux signes de ces derniers mois font s'interroger sur les véritables ambitions de François Fillon pour la présidentielle de 2012.

En rupture avec la stratégie de Nicolas Sarkozy

«En refusant de se rendre au débat sur la laïcité organisé le 5 avril par l'UMP, François Fillon est entré en dissidence», note Hubert Coudurier dans Le Télégramme . L’annonce de son refus de ce débat (voulu par Nicolas Sarkozy lui-même) est intervenue en trois temps: le 28 février sur RTL, il a estimé que cette discussion était «inutile et stigmatisante pour les musulmans». Cette déclaration a aussitôt suscité «une passe d'armes sans précédent entre le secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé et le Premier ministre », selon l’expression du Parisien . Enfin, François Fillon, suivi par Roselyne Bachelot , la ministre des Solidarités et Gérard Larcher, le président du Sénat, a annoncé qu’il ne participerait pas au débat du 5 avril et qu'il en avait prévenu le président de la République.

Officiellement, tout va bien entre François Fillon et Nicolas Sarkozy. Pourtant, un autre désaccord est apparu entre les deux hommes au lendemain du premier tour des cantonales le 22 mars. Alors que le président donnait ses consignes de vote aux électeurs de sa majorité ( ni Front national, ni front républicain ), le premier ministre a clairement appelé à voter contre le FN . Avant de dire qu’il n’y avait évidemment pas de désaccord avec le chef de l’État.

Un comportement qui agace la famille la plus dure de l’UMP: «Le député Lionnel Luca, membre du collectif "Droite Populaire", a ainsi accusé jeudi 31 mars François Fillon (…) d'affaiblir le président de la République ». Ce que l’éditorialiste du Télégramme traduit ainsi: «Que François Fillon n'ait guère goûté le virage sécuritaire de l'été sur les Roms ou les récentes petites phrases du ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, qu'il se rapproche ainsi des centristes hostiles à des débats identitaires de nature, selon eux, à alimenter la poussée du FN, c'est son droit. Le premier ministre s'inscrit néanmoins en rupture avec la ligne stratégique définie par Nicolas Sarkozy dans la perspective de la campagne présidentielle à venir».

Les Français préfèrent Fillon à Sarkozy en 2012

Plus Nicolas Sarkozy baisse dans les sondages, plus François Fillon progresse. Ainsi, son attitude claire face au Front national, dans l’entre-deux tours des cantonales, a été très appréciée par les Français puisque dans un sondage BVA réalisé pour Orange/L'Express/France Inter (1), le Premier ministre bénéficie d’une hausse de 8 points de sa cote de popularité, à 51%. Au contraire, le «ni-ni» du chef de l’État destiné à siphonner les électeurs du FN en 2012 ne réussit pas au président-candidat qui, dans cette même enquête, serait éliminé dès le premier tour de la présidentielle par Marine Le Pen et un candidat socialiste.

Pire, François Fillon (et Alain Juppé) seraient préférés à Nicolas Sarkozy pour 2012, selon un autre sondage BVA pour le Nouvel Observateur du 17 mars (2): «La moitié des Français préfèreraient que le premier ministre porte les couleurs de la droite en 2012 (50% contre 22%) et presque autant plébisciteraient une candidature du chef du Quai d'Orsay (48% contre 25%)» note France-Soir .

Des scores qui donnent sans doute des idées au Premier ministre, même s’il joue la carte de la loyauté. Sur France 2, le 17 mars, François Fillon réaffirme son soutien au chef de l’État. «Sur le fond, pas d'ambiguïté», note Le Figaro le lendemain: «Le président sera candidat à l'élection présidentielle, a assuré le premier ministre.(...) En tout cas, c'est mon souhait parce que ma conviction, c'est que c'est le seul qui peut permettre la victoire de la droite et du centre», ajoute-t-il». Mais sur la forme, on sent bien que le premier ministre prend ses distances: «Un large sourire, qui n'en finit pas. Et qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, poursuit Le Figaro. Devant le journaliste David Pujadas,(...) François Fillon n'a pas boudé son plaisir en voyant s'afficher à l'écran les résultats d'un sondage BVA, selon lequel il serait préféré à Nicolas Sarkozy (...) pour porter les couleurs de l'UMP en 2012».

Nicolas Sarkozy n’a jamais été son «mentor»

Cette «indépendance» de François Fillon à l’égard de Nicolas Sarkozy n'est pas nouvelle. Ce sourire, cette aisance à la télévision rappellent son attitude dans une autre interview, toujours sur France2, le 26 septembre 2010 . Il évoque alors sa relation avec Nicolas Sarkozy comme une «alliance», et non comme une relation de «collaborateur à patron», selon le mot de Nicolas Sarkozy à Libération . «J’ai fait une alliance avec Nicolas Sarkozy. (…) J'ai choisi de l'aider à être président et je m'en félicite tous les jours» , explique-t-il avant d’ajouter, «il n'est pas mon mentor». Et d'évoquer son avenir à demi-mots, envisageant de se porter candidat à la mairie de Paris en 2014 et même à la présidence de la République en 2017.

Le 14 novembre 2010, François Fillon savoure sa revanche , quand Nicolas Sarkozy le préfère au patron des Radicaux qui, pour avoir commencé trop tôt sa campagne de Matignon, est arrivé à l’échéance carbonisé. Pressé par les députés UMP qui ne souhaitent pas changer de politique, mis en demeure par les Français qui le préférent à tout autre comme premier ministre, le chef de l’État n’a d’autre choix que de le reconduire comme chef du gouvernement.

Le chef de l'État a peut-être nourri ainsi une ambition nouvelle. Surtout au moment où les doutes s’installent à l’UMP sur sa propre légitimité à se lancer dans la bataille de 2012. On a vu, par le passé, se lever de telles vocations dans des situations identiques: Jacques Chirac, quitter Matignon pour se présenter, en 1981, contre Valéry Giscard d’Estaing, Michel Rocard, en 1988, hésiter à se lancer face à François Mitterrand avant de renoncer, Édouard Balladur concurrencer Jacques Chirac en 1995.

Nicolas Sarkozy n'y croit pas. «Quand on lui parle de la candidature de François Fillon, écrit Rue89 , le président (...) répond que le Premier ministre se discréditerait irrémédiablement (aux yeux des Français) en passant de sa loyauté revendiquée à la traîtrise». Une certitude chez le président-candidat qui n'est peut-être que de façade.

(1) Sondage réalisé les 25 et 26 mars, entre les deux tours des cantonales, par téléphone auprès d'un échantillon national représentatif de 982 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

(2) Sondage réalisé du 11 au 12 mars auprès de 975 Français âgés de 18 ans et plus.

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