Sommet de Séoul : le G 20 sert-il à quelque chose ?

Le G20 n'a-t-il d'autre ambition que de produire des communiqués consensuels ? Pendant ce temps, la «guerre des monnaies» fait rage.

Le G20 est-il un «machin», pour reprendre la célèbre formule prononcée par le général de Gaulle à propos de l’ONU? Faut-il attendre quelque chose de concret du G20 de Séoul? Ou bien doit-on se contenter d’un communiqué consensuel, mis au point par les «sherpas» (conseillers des 20 États-membres) avant même que n’ait commencé le sommet?

Le sujet du moment est la fameuse «guerre des monnaies et des taux de change» dans laquelle l’euro se bat contre le dollar américain et le yuan chinois. Nicolas Sarkozy et le président chinois Hu Jintao ont d’ailleurs préparé ce G20 à Nice. Selon les propos diplomatiques de l’Élysée repris par Challenges , «les deux chefs d'Etat ont constaté une vraie convergence de vues sur la question d'une réforme du système monétaire international». Reste à savoir si le Président français pourra, concrètement, obtenir un comportement raisonnable des monnaies pendant son mandat à la tête du G20, qui démarre le 13 novembre, pour une durée d’un an. C’est peu probable.

Qu’est-ce que le G20?

Le G20 ou «Groupe des 20» est un club de pays (1) créé en 1999 après la crise asiatique de 1997, qui s’est propagée l’année suivante à la Russie, à l’Argentine et au Brésil. Il a pour objectif ambitieux d’inciter les pays du G8, c’est-à-dire les nations les plus riches de la planète (Etats-Unis, Royaume-Uni, Allemagne, France, Japon…) et les plus grands pays émergents (Chine, Brésil, Inde, Russie, Corée du Sud) à échanger le plus sincèrement possible sur la régulation de l'économie mondiale.

Les pays membres du G20 représentent 90% du produit national brut mondial, 80% du commerce mondial, ainsi que les deux tiers de la population mondiale. De quoi lui donner une légitimé et une influence certaine sur la gestion de l'économie et du système financier mondial. A condition que les communiqués débouchent sur du concret et pas sur de simples déclarations d’intention.

Quel est le problème à Séoul ?

«Pas besoin d'avoir fait Harvard, écrit Les Inrocks , pour comprendre que quand une zone économique possède une monnaie basse, cela favorise mécaniquement sa balance commerciale, et par extension, la santé de ses entreprises et de son marché de l'emploi». «Tous les regards accusateurs, poursuit le magazine, sont pointés vers la Chine (et un peu vers la Corée), dont le yuan est de l'avis général sous-évalué au regard de la réalité de son économie».

Sauf que ce n’est pas si simple : si «le pays de Mao fait du dumping monétaire», son principal accusateur, les États-Unis de Barak Obama, pratique exactement la même méthode pour sauver son économie. La réserve fédérale américaine (la FED) vient d’ailleurs de faire marcher la planche à billets et d’injecter 600 milliards de dollars pour relancer sa croissance et soutenir ses prix. Comment, dans ses conditions, la nation la plus puissante du monde pourrait-elle exiger de la Chine une appréciation du yuan alors qu’elle montre sa faiblesse en dépréciant sa propre monnaie ?

La conséquence de ces dépréciations des monnaies, c’est la flambée des prix des matières premières (qu’entend réguler Nicolas Sarkozy pendant son mandat) et le blocage des exportations européennes à travers la guerre des taux de change. L’Europe, qui ne dispose pas d’un ministre unique des Finances, ne peut pas utiliser l'arme temporaire de la dévaluation de sa propre monnaie.

«La vraie cause de la crise est apparue avant Séoul, explique Éric Le Boucher sur Slate.fr . (Ce sont) les «déséquilibres», en anglais «imbalances». Le fait que des pays plongent dans des déficits commerciaux considérables et que d’autres accumulent des excédents équivalents. Les premiers sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le «Club Med» européen. Les seconds sont la Chine, l’Allemagne, le Japon. Les premiers consomment trop, ils vivent au-dessus de leurs moyens. Les seconds sont pingres, ils épargnent trop».

Que peut faire le G20 à Séoul ?

Pas grand-chose malheureusement, et ses membres n'en ont de toute façon pas envie. Le 24 octobre, les ministres des Finances des 20 ont préparé ce sommet en appelant déjà à l’arrêt de la «guerre des monnaies». Ça n’a pas empêché depuis le dollar de jouer la baisse.

Le G20 devrait donc accoucher d’une souris, d’autant que la situation personnelle des dirigeants des États membres n’est pas fameuse. Pour chacun, il faut «jouer perso» et il est «urgent d’attendre» avant de rechercher, réellement, des bonnes pratiques collectives qui seraient reçues par les peuples comme des échecs supplémentaires, face aux intérêts nationaux. Obama vient de perdre les élections de mi-mandat; Angela Merkel est fortement critiquée dans son parti; Nicolas Sarkozy sort étrillé de la crise des retraites.

Alors, le G20 est-il utile?

Parfois oui. Par exemple, le sommet du G20 de Londres, en avril 2009, a été utile. En pleine crise économique et financière, et «à la différence du repli sur soi des années 30, le G20 de Londres a marqué ainsi le refus du protectionnisme et la volonté de mener une politique de relance à l'échelle de la planète», note le site ACDFI (Aux commandes de l’économie et de la finance). L’unité affichée, même temporaire, a permis une croissance mondiale de 4%.

Le G20 de Pittsburgh, a obtenu un «bilan en demi-teinte», selon Le Monde . Il s’est tenu en septembre 2009 et a fait le vœu de réguler les marchés financiers sans s’en donner les moyens, préférant frapper les esprits, comme le souhaitait notamment Nicolas Sarkozy, en limitant les bonus des traders et en pointant du doigt les paradis fiscaux.

(1) Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, France, Allemagne, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Russie, Arabie Saoudite, Afrique du Sud, Corée du sud, Turquie, Royaume-Uni, Etats-Unis sont les 19 pays membres du G20. L’Union européenne y participe en tant que 20e entité.

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