Sondage: emploi, précarité, quel avenir pour les jeunes ?

Ils se sentent abandonnés par les politiques et les employeurs. Mais ils restent optimistes pour eux-mêmes. C'est ce qui ressort du sondage CSA pour la JOC.

C’est le privilège de la jeunesse: rester optimiste pour soi-même quand on est dans la galère! Ainsi, 77 % des moins de 30 ans se disent confiants dans leur propre avenir. Ce qui ne les empêche pas, paradoxalement, d’être pessimistes pour leur génération et de penser, à 65%, que l'avenir des jeunes de France est loin d’être radieux. L’enquête CSA réalisée pour la Jeunesse ouvrière chrétienne (1) montre à quel point les jeunes se sentent abandonnés au moment où ils s’efforcent d’accéder au monde du travail. Dès lors, la JOC compte bien utiliser ces résultats pour construire des propositions dans la perspective de l’élection présidentielle de 2012.

L’emploi des jeunes, thème de campagne

75% des jeunes sondés disent se sentir «peu considérés par les hommes politiques». Au moment du débat sur l’allongement de la durée du travail pour financer les retraites, les étudiants et les lycéens avaient exprimé leurs inquiétudes face au chômage, au point de descendre dans la rue. Seule la CFDT avait paru les entendre , quand François Chérèque, en octobre 2010 avait proposé à Laurence Parisot , la patronne du Medef, l’ouverture de nouvelles négociations. «Il faut, avait-il dit, engager une négociation entre le patronat et les organisations syndicales sur l'emploi des jeunes (…) Une urgence».

La campagne présidentielle de 2012 tournera forcément autour du chômage des jeunes, comme l’écrit Le Point : «Un souhait que l'on affiche aussi bien au Parti socialiste, dont le programme promet le financement de 300 000 emplois dans le secteur non marchand. François Hollande a réaffirmé dimanche (10 avril) qu'il comptait faire de cette question «l'orientation principale» de son projet pour 2012».

Le candidat centriste, Jean-Louis Borloo , et le candidat écologiste, Nicolas Hulot , en ont fait tous les deux un élément essentiel de leur campagne. De son côté, le président de la République «a annoncé, le 10 février, le déblocage de 500 millions d'euros supplémentaires pour la politique de l'emploi en faveur des jeunes et des chômeurs de longue durée», rappelle Le Point qui évoque aussi la promesse par François Fillon «d'un programme visant à mettre en place 800 000 emplois de jeunes en alternance ».

Mal considérés par les employeurs et par la société

Il n’y a pas que les politiques pour avoir «oublié» les jeunes depuis des années. Les employeurs s’en désintéressent, exigeant d’eux à la fois la jeunesse, les diplômes et l’expérience professionnelle pour leur offrir… un premier emploi. Dès lors, pas étonnant que 63 % des moins de 30 ans ne se sentent pas non plus considérés par eux.

Il faut dire que les jeunes n’ont pas de représentations dans la société, qui pourrait les défendre, voire organiser un rapport de forces: Stéphane Haar, le président de la JOC , constate que, même si «les jeunes actifs constituent une population de trois millions de personnes, il n'y a pas une seule institution pour les représenter (…) C'est à la jeunesse d'être active et de construire ses propres initiatives». D’où sa proposition: «La JOC va lancer, jusqu'au mois d'octobre, une série de 250 tables rondes et cinés-débats, où les jeunes pourront rencontrer des élus locaux, des représentants syndicaux et des acteurs de la vie associative» en vue de faire des propositions aux candidats à la présidentielle.

La désillusion face au travail et à la précarité

Quand les jeunes sont encore à l’école ou à la fac, ils pensent à 66% que leur réussite sera conditionnée par leur emploi. Un espoir qui se fracasse sur la réalité puisque, lorsqu’ils sont entrés dans le monde du travail, ils ne sont plus que 49% à le penser. «Le marché du travail abîme», en conclut Stéphane Haar. Le quotidien La Croix évoque alors le «recentrage sur la sphère privée» : «Les jeunes se sentent contraints dans le choix de leur premier emploi et dans leurs conditions de travail. Alors ils se recentrent sur la sphère privée (vie amoureuse, famille, amis). Là où ils ont le sentiment d’être maîtres d’eux-mêmes », analyse Agnès Balle, directrice d’études au CSA».

Emplois sous qualifiés et mal rémunérés, stages peu ou pas payés, les jeunes vivent dès lors dans des conditions précaires, comme l’écrit l’Agence France-Presse : «Près d'un quart des jeunes (48% chez les intérimaires) affirment ne pas vivre dans des logements décents à prix abordables, et près d'un sur dix affirme ne pas avoir facilement accès aux soins. Un constat alarmant, souligne la JOC, alors qu'être en bonne santé et vivre longtemps est le critère principal des jeunes pour vivre dignement». Pour mémoire, rappelons que 12% des Français les plus pauvres sont des jeunes qui travaillent.

Parmi les causes, la mauvaise orientation

«Le contexte socio-économique ne les inquiète pas, mais il les contraint» dans leur orientation scolaire, explique encore Stéphane Haar. D’ailleurs, «seuls 39 % des sondés se disent en effet tout à fait libres de choisir leur orientation», note encore Le Point qui évoque l’influence des parents (68%) ou celle des professeurs (39%) dans le choix de leur future carrière. 25% des jeunes sondés affirment d’ailleurs qu’ils ont regretté ce choix et ils sont plus nombreux parmi les enfants d’ouvriers (40%) à faire ce constat que parmi les enfants de cadres (22%). La JOC propose, pour limiter ces échecs, de mettre en place des «accompagnateurs d’orientation» issus du monde du travail et non plus du milieu scolaire.

Face à une telle précarité, on note logiquement que les jeunes n’ont pas d’idée précise sur leur avenir, comme l'écrit Le Figaro : «Seul un jeune sur deux (53%) a une idée précise de son avenir professionnel à cinq ans, et seulement 47% d'entre eux se sont sentis libres de choisir leur premier emploi».

Pourtant, s'étonne auféminin.com , les moins de 30 ans ne sont pas désespérés, et ce en dépit de leur début de vie particulièrement difficile. Au contraire, ils délivrent aux générations plus âgées une sacrée leçon de courage: «Ils ne savent pas ce qu'ils vont devenir, ils rencontrent les pires difficultés à trouver un emploi durable et qui leur correspond, et pourtant 77% des jeunes se disent optimistes en ce qui concerne leur avenir propre».

(1) Enquête réalisée auprès de 6 028 jeunes âgés de 15 à 30 ans par l'institut de sondage CSA, pour le compte de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

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