Sondages, télévision, G20 : DSK pousse face à Nicolas Sarkozy

Alors que le patron du FMI arrive à Paris, deux sondages publiés vendredi 18 février le donnent largement en tête face au président sortant.
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Si l’élection présidentielle avait lieu ce week-end, Dominique Strauss-Kahn candidat «présumé» en 2012 l’emporterait largement sur son adversaire, Nicolas Sarkozy. C’est ce que révèlent deux sondages publiés vendredi 18 février. Selon l’enquête CSA réalisée pour Marianne (1), le patron du Fonds monétaire international obtiendrait 27% devant le président sortant (22%) qui serait lui-même suivi par Marine Le Pen à 17%. Selon le sondage Ifop réalisé pour France-Soir (2), le directeur du FMI engrangerait 26% des voix contre 22% au chef de l’État, talonné par la responsable du Front national (19%).

Voilà qui va donner le sourire à DSK au moment où ce dernier arrive à Paris pour participer à la réunion des ministres des Finances dans le cadre du G20 . Il faut dire que l’éventuel candidat à la primaire socialiste bénéficie ces derniers temps d’un contexte politique particulièrement favorable et d’une campagne de communication impeccable orchestrée par sa compagne, Anne Sinclair .

Nicolas Sarkozy affaibli par MAM et la grogne des juges

Politiquement, son adversaire potentiel Nicolas Sarkozy se retrouve affaibli, comme le montre un autre sondage réalisé par Ipsos (3) pour l'hebdomadaire Le Point du jeudi 17 février: une large majorité de Français (63%) ne souhaite pas que Nicolas Sarkozy se représente en 2012, contre 34% seulement qui le souhaitent.

Parmi les causes de ce recul, l’affaire du jet privé de la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie qui, jour après jour, s’alimente des révélations du Canard enchaîné ou de Médiapart. Un coup de téléphone passé au président Ben Ali pendant les vacances de MAM et alors que les émeutes commençaient; un voyage organisé par l’homme d’affaires, Aziz Miled, réputé proche du dictateur, pour les parents de la ministre désireux d’acquérir en Tunisie les parts d’une SCI : autant d’éléments nouveaux que Michèle Alliot-Marie, estimant qu’ils relevaient de sa vie privée, n’a pas cru bon de révéler à la presse et qui aujourd’hui se retournent contre elle et, par voie de conséquence, contre le Président.

Autre souci pour Nicolas Sarkozy, la colère des juges après qu’il a ouvertement évoqué des «dysfonctionnements» de la justice dans l’affaire Laetitia Perrais, du nom de cette jeune femme violée et massacrée par un délinquant qui aurait dû faire l’objet d’un suivi judiciaire à sa sortie de prison. A la suite des déclarations présidentielles, 140 tribunaux de France se sont mis en grève et il a fallu le rapport de l’IGS évoquant des «carences» mais pas de fautes, ainsi que la mutation du directeur de l’administration pénitentiaire mis en cause pour que la sérénité revienne dans la justice. Mais l’affaire est entre temps devenue politique et l’opposition a eu beau jeu de dénoncer chez le chef de l’État «l’instrumentalisation» de faits divers dramatiques pour créer chez les Français un sentiment d’insécurité.

DSK joue sa carte d’expert international ce weekend à Paris

Nicolas Sarkozy a-t-il eu raison de choisir la stratégie d'un président proche des préoccupations des Français ? C’est en tout cas la carte qu’il a décidé de jouer depuis quelques semaines, comme il l’a démontré dans Paroles de Français , en répondant sur TF1 aux questions de vie quotidienne de nos concitoyens . Pourtant, dans son entourage, plusieurs de ses conseillers lui recommandaient de «prendre de la hauteur» et de conforter l’image de «président présidentiable» qu’il avait commencé à construire. Une formidable occasion se présentait à lui avec la tenue du G20 , les 18 et 19 février à Paris, puisque le chef de l’État préside pour un an cette institution. Il a préféré utiliser le registre de l’émotion qui lui avait permis de gagner la présidentielle de 2007.

Dès lors, sans doute a-t-il laissé le champ libre à Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier arrive ce week-end à Paris avec la volonté d’apparaître comme un homme d’État susceptible de sortir l’Europe –et surtout la France- de la crise financière dans laquelle elle se débat.

Grâce à sa compagne, Anne Sinclair, qui a choisi le moment opportun pour suggérer qu’il pourrait finalement être présent à la présidentielle de 2012, DSK va se retrouver face aux Français en deux occasions, avec l’image d’un probable candidat même si, évidemment, il ne prendra pas le risque de confirmer cette hypothèse. Mais il suffit d’étudier le plan de communication que lui a concocté son entourage pour imaginer qu’il répond très exactement à celui que vient de suivre son adversaire potentiel, Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait choisi TF1 pour s’exprimer; lui a jeté son dévolu sur le JT de France 2 dimanche 20 février. Le président s’était exprimé devant neuf Français représentatifs des difficultés de la société (chômage, dépendance, sécurité, agriculture); DSK a choisi de répondre à un panel de 6 lecteurs du Parisien, une interview à paraître lundi 21 février.

Ce sera bien sûr un exercice difficile puisque le patron du FMI ne peut évoquer ouvertement sa candidature, eu égard aux statuts de l’institution internationale. Mais c’est aussi l’occasion inédite d’avancer ses pions et de faire comprendre aux Français, de manière allusive, qu’il peut mettre ses incontestables qualités d’économiste au service du pays et qu’il est capable, lui aussi d'écouter ses concitoyens et de régler leurs problèmes.

De nouveau, les sondages lui sont favorables

Le timing semble parfait puisque les sondages le placent au plus haut, après une légère baisse liée à ses silences et aux incertitudes de sa candidature. L’Agence France-Presse commente ainsi une étude CSA parue vendredi dans Marianne (1): «Dans l'hypothèse où le directeur général du FMI est le candidat socialiste, il recueille 61% des intentions de vote au second tour, contre 39% pour le président sortant. Martine Aubry comme François Hollande, avec 54% des intentions de vote, battraient également Nicolas Sarkozy (46%). Ségolène Royal ferait jeu égal avec lui (50-50)».

Pour France-Soir qui publie de son côté une enquête Ifop (2), nous ne sommes pas à l’abri d’un «21 avril à l’envers» en 2012, un second tour qui opposerait Dominique Strauss-Kahn, s’il est bien le candidat du PS, à… Marine Le Pen après l’élimination de Nicolas Sarkozy (comme Lionel Jospin en 2002) : «Le second tour opposerait DSK (crédité de 26 % des intentions de vote au premier tour) à Nicolas Sarkozy (22 %). Mais, avec 19 % des intentions de vote au premier tour (et même 20 % si le candidat du PS était Martine Aubry), Marine Le Pen, qui atteint un score jamais obtenu sous la Ve République à cette distance de l’élection par un candidat d’extrême droite, talonne l’actuel chef de l’Etat, dont les positions s’effritent».

Une hypothèse que l’Élysée prend d’autant plus au sérieux qu’aujourd’hui, une large majorité de Français ne veut pas d'une seconde candidature Sarkozy, comme le montre l’enquête Ipsos du Point (3) parue jeudi 17 février. 63% ne souhaitent pas que le chef de l’État se présente. «Lors d'un précédent sondage réalisé par le même institut en août 2010, écrit l’Agence France-Presse , ils étaient 62% à ne pas vouloir que le président de la République brigue un second mandat, contre 35% qui y étaient favorables (3% de sans opinion). En mars 2010 ce chiffre était de 58% de personnes défavorables à sa candidature contre 33% qui l'appelaient de leurs voeux (9% de sans opinion)». Si la stratégie de Nicolas Sarkozy semble fonctionner avec le Front national (il récupère 8% de leurs votes, soit 43% contre 31% à l’automne), en revanche, elle s’avère catastrophique avec le Centre : ils ne sont plus que 34% du Modem à vouloir voter pour lui contre 49% à l’automne (-15%).

De quoi donner des ailes à DSK qui compte, de son côté, ratisser au centre et à droite.

(1) Sondage CSA réalisé pour Marianne les 14 et 15 février par téléphone, auprès d'un échantillon de 1.005 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

(2) Sondage mené par l’Ifop pour France-Soir les 16 et 17 février 2011 auprès d’un échantillon national représentatif de 1.068 personnes âgées de 18 ans et plus. Méthode des quotas.

(3) Sondage Ipsos réalisé pour Le Point par téléphone auprès de 965 personnes, constituant un échantillon national représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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