Sous la laïcité, l'islam: pour ou contre un débat ?

Le débat sur la laïcité est annoncé pour le 5 avril alors que les religions s'y opposent. Quels sont les arguments «pour» et les «contre»?
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Mardi 5 avril, le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, organisera le fameux et contesté débat sur la laïcité à l’hôtel Méridien-Montparnasse à Paris. Cette discussion répond-elle à un réel besoin de la société et à un désir des Français? Est-elle au contraire préjudiciable au fameux «vivre ensemble» et stigmatise-t-elle les musulmans? Favorise-t-elle enfin la droite ou la gauche dans la perspective de la présidentielle de 2012? Voici quelques réponses.

Les arguments contre le débat sur la laïcité

  • Le risque de stigmatisation de l’islam. C’est la principale critique de la gauche. Ainsi, sur Radio J , le porte-parole du PS, Benoît Hamon, a évoqué dimanche 27 mars le risque de «stigmatiser les musulmans de France». «Nous avons déjà eu un débat sur l

    'identité nationale, qui a davantage creusé des tranchées entre les Français que permis de relier les Français entre eux», a-t-il ajouté. Martine Aubry et Laurent Fabius ont d’ailleurs signé la pétition lancée dans le Nouvel Observateur («non au débat-procès sur l’islam») avant de retirer leur nom «au motif de la présence sur la liste de Tariq Ramadan».

  • Le risque de stigmatisation de toutes les religions. L’ex-conseiller de l’Elysée, Abderahmane Dahmane, «démissionné» pour s’être opposé à la perspective de ce débat, a appelé lundi 28 mars les musulmans à porter une «étoile verte» en signe de protestation, comme le précise Le Figaro . Mais il n’est pas le seul à réagir. Ce sont en effet toute la communauté musulmane ainsi que l’ensemble des représentants des religions de France qui ont fait savoir, le 30 mars, leur totale opposition à ce débat: «Qu'ils soient catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans et bouddhistes, ils s'opposent vivement à cette initiative de la majorité. Réunis dans la Conférence des responsables de culte en France (CRCF), c'est la première fois qu'ils signent ensemble une déclaration commune», note France-Soir .
  • Le risque de fragiliser un pilier républicain. «La laïcité est un des piliers de notre pacte républicain, un des supports de notre démocratie, un des fondements de notre vouloir vivre ensemble. Veillons à ne pas dilapider ce précieux acquis », écrivent les membres de la Conférence dans une tribune parue dans Le Parisien du 29 mars. La CRCF a d’ailleurs été créée en novembre dans le but, ajoute-t-elle, de «reconnaître la laïcité comme faisant partie du bien commun de la société».
  • Le risque de division de la droite. Les membres de la majorité UMP se déchirent autour de ce débat, et notamment François Fillon, le Premier ministre, et Jean-François Copé, le secrétaire général du parti majoritaire . A tel point que Jean-Louis Borloo , le patron du Parti radical, pourrait saisir cette occasion pour sortir de l’UMP et, pourquoi pas, annoncer son désir de se lancer dans la bataille présidentielle. Avec les centristes, les radicaux et même quelques gaullistes, il préfèrerait, dit-il, que le gouvernement s’occupe du chômage et des problèmes sociaux que connaissent les Français.
  • Le risque de nourrir le Front national. C’est un argument qui traverse toute la classe politique, de la gauche à la droite républicaine. La forte hausse de Marine Le Pen dans les sondages et les résultats du Front national aux cantonales seraient la conséquence directe de ce désir évident de l’UMP de chasser sur les terres du FN , au nom du principe défini par Jean-Marie Le Pen: «Les Français préfèrent toujours l’original à la copie» .
Les arguments pour le débat sur la laïcité

  • L’opportunité de créer un code de la laïcité. C’est l’argument développé par Jean-François Copé dans sa «Lettre ouverte à un ami musulman» parue dans L’Express : «Voilà des années, écrit-il, que nous évoquons ensemble la difficulté des musulmans en France à faire comprendre leur foi, défigurée dans l'opinion par des comportements radicaux ultraminoritaires. Voilà des années que nous déplorons tous les deux le mélange d'incompréhensions, de peurs, de caricatures qui domine au sujet de l'islam (…) La laïcité de 1905 poursuivait un objectif premier: séparer à tout prix les Églises et l'État pour en finir, disait-on alors, avec ces confusions censées tromper le peuple. La laïcité de 2011 n'a pour essence ni la division ni le combat . Elle doit au contraire rassembler. Pour mieux vivre ensemble». Et le patron de l’UMP de faire cette proposition: «Imaginons un Code de la laïcité, connu et respecté de chacun, car rappelant à tous les règles indispensables dans nos rues, nos écoles, nos entreprises...».
  • L'opportunité de répondre aux inquiétudes des Français. Depuis plus de 30 ans, le débat sur l’immigration ainsi que celui de l’insécurité ont été confisqués par le Front national . C’est aussi Marine Le Pen qui a lancé le thème de l’islam en France en évoquant, la première, «les prières dans la rue» . «Le Front national apporte de mauvaises réponses à de vrais problèmes», a dit le Premier ministre Michel Rocard en 1984. Vingt ans plus tard, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, puis président, a provoqué des polémiques en tentant de répondre, de manière spectaculaire et contestée, aux Français inquiets pour leur sécurité ( déchéance de la nationalité , peines planchers ) et pour l’immigration ( expulsions des Roms , le dérapage de Chantal Brunel ) Peut-il y avoir en France un débat serein sur l’islam? C’est toute la question.
  • L'opportunité, pour la droite, de siphonner les voix du FN en vue de 2012. Les sarkozistes ainsi que les partisans de Jean-François Copé sont convaincus qu’il faut chasser sur les terres de l’extrême droite pour remporter la présidentielle de 2012 . Cette stratégie qui consiste à participer à la dédiabolisation des idées extrémistes n’a pas payé aux cantonales (le fameux ni-ni du chef de l’État, mais c’est pourtant elle qui a permis à Nicolas Sarkozy de l’emporter en 2007 .
  • L'opportunité, pour la gauche, de s’appuyer sur l’argument «droite et extrême droite, c’est pareil». Le débat sur l’islam fournit un argument de poids à la gauche à 13 mois de la présidentielle de 2012. Il s’agit pour elle de dire aux électorats de gauche et du centre qu’une partie de la droite n’est pas fréquentable. Et que, si les républicains n’y prennent pas garde, ils pourraient voir refleurir bientôt des alliances entre l’UMP et le Front national, comme avant les années Chirac .

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