TF1 : Nicolas Sarkozy est entré en campagne pour 2012

Au plus bas dans les sondages, le Président a tenté de reconquérir l'opinion et lancé sa campagne présidentielle. Mais il n'a pas convaincu tout le monde.

Nicolas Sarkozy est satisfait. En manteau noir et costume-cravate, sans ses Ray-Ban malgré la forte réverbération du soleil sur la neige (il est désormais le président présidentiable ), le chef de l'État a fait un nouveau pas pour sortir des sondages calamiteux dans lesquels il se trouve englué. Mais il s’efforce de faire profil bas, à La Clusaz (Haute Savoie), au lendemain de Paroles de Français qui a réuni 8,3 millions de téléspectateurs, jeudi 10 février sur TF1. Il savoure pourtant sa victoire, ne résistant pas au plaisir de reprendre un journaliste qui évoque ses «34% des part de marché» : «Non, plus de 35!», rectifie-t-il.

Un résultat qui le réjouit, même si les commentaires de la classe politique qui a suivi l’émission sont bien évidemment partagés et courus d’avance: la droite l’a trouvé excellent, la gauche l’a trouvé nul , la plupart des journalistes ont été réservés sur la forme (décousu, trop long, soporifique, sans contradicteurs) et aussi sur le fond (un monologue prosaïque, voire sans intérêt ni vision).

Il ne voulait surtout pas de débatteurs professionnels

Ces réactions sont normales. Nicolas Sarkozy ne voulait pas d’émission politique classique, avec en face de lui des débatteurs professionnels, des journalistes, des syndicalistes ou des hommes politiques qui l’auraient empêché de dérouler son scénario écrit d’avance: parler aux Français, rien qu’à eux, sans médiateur pour parasiter son message. Il entendait démontrer à ses concitoyens qu’il était parfaitement au fait de leurs préoccupations et qu’il était capable, en tant que Français moyen lui-même , de comprendre leurs difficultés et de faire comprendre combien il était attaché à tout faire pour les résoudre, et ce, malgré ses propres contraintes.

Il s’est efforcé, dès lors, d’aborder tous les sujets incarnés par le panel de Français soigneusement choisis par TF1 , de parler dans le détail et à son propre rythme, aussi bien des questions de sécurité avec la pharmacienne cambriolée, de chômage technique avec le soudeur du chantier naval de Saint-Nazaire, que de la nécessaire formation des jeunes, des problèmes de l’agriculture, ou de la dépendance des personnes âgées. Il s’est volontairement maintenu à un niveau à la fois technique et compassionnel, remplaçant les promesses un peu hasardeuses de l’émission de 2010 par des commentaires mesurés, voire modestes face aux difficultés de ses interlocuteurs, et troquant ce qu’il appelait l’an passé son «obligation de résultat» par une obligation de moyens.

A l’évidence, comme l’affirme le chef du service politique du Figaro , le Président, jeudi 10 février, «est entré en campagne». Il a voulu démontrer qu’il connaissait sur le bout des doigts ce genre d’exercice, à force de le pratiquer depuis déjà de nombreux mois lors de ses rencontres et de ses tables rondes en province avec les Français. Il n’y a aucun doute: il s’agissait de communication électorale, ce qu’ Arnaud Montebourg a bien senti quand il a immédiatement réclamé au CSA le même temps de parole pour l’opposition et notamment Martine Aubry.

54% des téléspectateurs n’ont pas été convaincus

La question est de savoir si cette émission a rendu service au Président. Peut-être pas autant qu’il l’espérait. Premier point, tous les commentateurs, de gauche comme de droite, lui reconnaissent ses qualités d’homme de télévision, capable de tenir plus de 2h30 sans jamais cesser de parler, avec une force de conviction et une connaissance irréprochable de ses dossiers.

Sur l’expression, les avis divergent . Si la langue fourche parfois, si le français s’avère souvent approximatif, c’est parce qu’il parle vrai, dit la droite, parce qu’il manque de culture, dit la gauche.

Sur le fond, enfin, cette accumulation de réponses à des intérêts particuliers (symbolisés par les neuf Français) n’a pu que donner un sentiment de décousu, d’absence de vision plus ou moins partagé par l’ensemble des observateurs. Dans ce type d’émission où le parti-pris est d’être grand public, de traiter les sujets pratiques en évitant toute envolée politique lyrique, l’écueil est bien connu: à force de rassurer thème par thème, le président n’a pas été en mesure de tracer un programme politique cohérent et lisible par le plus grand nombre.

D’où les résultats -sans doute un peu décevants pour l’Élysée- d’un sondage Harris Interactive publié samedi 12 février, par Le Parisien/Aujourd'hui en France (1). 54% des téléspectateurs qui ont regardé Nicolas Sarkozy jeudi soir, dans Paroles de Français sur TF1 n'ont pas trouvé le président «convaincant». Parmi les 46% de téléspectateurs ayant été convaincus, 32% l'ont trouvé «plutôt convaincant» et 14 % «très convaincant».

Sur les huit sujets abordés par le Président au cours de l'émission, il n'a réussi à convaincre qu’à deux reprises : sur la dépendance (58% de convaincus) et sur la grève des magistrats (51%). En revanche, une majorité n’a pas été convaincue sur la sécurité (54%), sur le chômage et ce, malgré l’annonce d’ une «rallonge» de 500 millions d’euros pour les emplois aidés (60%), sur la réforme de la fiscalité (63%), sur le pouvoir d’achat (70%), les inégalités sociales (65%) et sur les vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie en jet privé (54%).

A noter que si, dans ce sondage, les Français ne semblent pas comprendre la grogne des magistrats, le Président les a un peu conditionnés, en prenant le parti de s’adresser uniquement à «ceux qui souffrent», et non pas aux «fonctionnaires» (il n’y en avait aucun dans le panel de TF1) qui, dans l’opinion publique, et particulièrement en cette période de crise, ne semblent «jamais satisfaits» alors qu’ils bénéficient d’un statut privilégié.

Au bout du compte, le président a sans doute conforté la base de son électorat mais il a été boudé par les jeunes téléspectateurs. 65% du public de l'émission avait plus de 50 ans. «L'émission a fait un tabac chez les plus âgés avec 46,5% de parts de marché chez les 60 ans et plus», affirme ozap.com . A l’inverse, elle a peu séduit les jeunes: 21% de parts de marché chez les 15-24 ans et moins de 25% chez les 25-34 ans. Il reste donc du pain sur la planche à Nicolas Sarkozy s'il veut gagner en 2012.

(1) Sondage réalisé en ligne les 10 et 11 février. Échantillon de 1117 individus issus de l'accès panel Harris Interactive, représentatifs de la population française âgée de plus de 18 ans. Méthode des quotas.

CONT 12

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