Tour de France: Jérémy Roy manque de peu son sacre à Lourdes

La quatrième échappée de Jérémy Roy a failli être la bonne. Mais il n'y a pas eu de miracle à Lourdes: il a terminé troisième. Voeckler reste en jaune.

Être rouleur, bon grimpeur et excellent descendeur: c'était l'équation de la victoire, vendredi 15 juillet, pour emporter l'étape Pau-Lourdes, 152,5km composée de trois difficultés seulement, le col de Cuqueron (3e catégorie, 1,5km avec une pente à plus de 8%) , la côte du Bellair (4e catégorie) et surtout l'Aubisque (1709 mètres d'altitude, hors catégorie). Jérémy Roy a raté l'occasion, malgré ses qualités, de se faire sacrer à Lourdes. Grâce à une descente exceptionnelle, le Norvégien Thor Hushovd a remporté la victoire. Le Français Thomas Voekler, quant à lui, a conservé son maillot jaune.

C'était une phase courte, de «transition», réservée, disait-on, aux «seconds couteaux», puisque intercalée entre deux étapes monstrueuses, celle du 14 juillet avec le Tourmalet et Luz-Ardiden (emportée par Samuel Sanchez juste devant Franck Schleck) et celle du 16, composée d'un chapelet de six cols énormes, avec une arrivée au plateau de Beille (16 km de côte à 7,2% de moyenne). De quoi autoriser les meilleurs grimpeurs à patienter le 15 en se marquant aux cuissards toute la journée, avant de s'expliquer en costauds le lendemain.

Le peloton roule à 60km/h

Un départ sur les chapeaux de roue. Comme on s'y attendait, le peloton s'est mis à rouler à 60 km à l'heure pour contrer les baroudeurs qui avaient des fourmis dans les jambes, décidés à tenter leur chance avant le terrible col d'Aubisque. Tous espéraient basculer en tête et se laisser glisser jusqu'à Lourdes dans les 40 km de descente vers la ligne d'arrivée. Alors, on a vu jusqu'à 13 équipes représentées parmi les premiers échappés, systématiquement repris par le TGV, dans lequel le Français maillot jaune Thomas Voeckler, les frères Frank et Andy Schleck et Alberto Contador entendaient contrôler la course.

L'abandon d'Andreas Klöden et l'échappée

Première victime, Andreas Klöden, deuxième du Paris-Nice, médaille de bronze aux J.O. de 2000, a fait l'accordéon avant d'abandonner très vite, incapable de tenir le rythme d'enfer du peloton, en raison de ses blessures causées par sa chute de la veille. Des dizaines de rouleurs ont tenté de partir, à l'image de Jérémy Roy, «Monsieur l'ingénieur», gonflé et toujours dynamique, après sa performance du 14 juillet (il avait fait partie des six échappés avant d'être repris dans la montée de Luz Adiden), mais le peloton leur a refusé le ticket de sortie, bouclant 49 km dans la première heure. Finalement, profitant d'un ralentissement, une dizaine de «clients» de dix équipes différentes (les Français Moncoutié, Roy toujours, Pineau, puis dans le désordre Hushovd, Tjalingii, Petacchi, Boasson, Fotonov, Pak, Gusev...) sont parvenus à prendre la fille de l'air (4mn20 à 80 km de l'arrivée 6mn à 58 km), passer la côte du Bellair et foncer vers l'Aubisque avec l'espoir d'aller au bout. Thomas Voeckler a fait rouler son équipe Europcar pour maintenir l'écart autour de 6 à 8 minutes. Pendant ce temps, les grands grimpeurs du peloton, Contador et les Schleck se sont contentés de s'observer.

Deux Français en tête dans l'Aubisque

Au pied de l'Aubisque, à 55 kilomètres de la ligne, le champion du monde Thor Hushovd surprend ses neuf compagnons d'échappée et prend rapidement 17 secondes avant d'être rejoint et dépassé par Jérémy Roy puis David Moncoutié. Deux Français sont en tête. A 44 km de Lourdes, une chose est sûre, la victoire échappera au peloton et à ses 80 coureurs, qui pointent à 8 minutes. Deux kilomètres plus loin, «l'ingénieur» bascule en tête sur le toboggan, 50 secondes devant Moncoutié et 2 minutes devant Hushovd. À 25 km de l'arrivée, Roy, qui est déjà maillot blanc à pois rouges, passe sous la banderole avec 1mn25 d'avance sur Hushovd.

Le suspense à 5 km de l'arrivée

Le maillot arc-en-ciel, en excellent descendeur, «mange» Moncoutié et les deux hommes roulent ensemble. A 15 km, ils sont à 30 secondes et les chances de Roy d'aller au bout s'effritent inexorablement. À 10 km, il lui reste 15 secondes d'avance et le vent lui est défavorable. David Moncoutié, par respect pour son compatriote et pour se réserver une petite chance, refuse de prendre le relais. Mais tout bascule à 3 km de l'arrivée. Hushovd, le champion du monde laisse Moncoutié sur place et, 500 mètres plus loin, rattrape Jérémy Roy et s'envole vers la victoire. Hushovd 1er, Moncoutié 2e, Roy 3e.

En attendant de mériter son nom de «roi du Tour», Jérémy Roy, 28 ans, n'a pas volé son surnom «d'ingénieur». Diplômé en génie mécanique à l'Institut national des sciences appliquées de Rennes depuis 2007, il est professionnel chez la Française des jeux depuis 2003, date à laquelle il a été sacré vice-champion d'Europe amateur à Athènes. Sa première victoire d'étape, il la gagne en 2009 sur Paris-Nice devant son ami Thomas Voeckler et, en 2010, l'emporte en solitaire au Tro Bro Leon. Depuis le début du Tour 2011, il a participé à quatre échappées: dans la 1ère, la 4e et la 12e étape. La 13e n'a pas été la bonne. Mais avec son tempérament, il y en aura d'autres.

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