Tour de France: les banderilles de Contador avant la mise à mort?

Le triple vainqueur espagnol Alberto Contador n'a pas perdu espoir dans le Tour 2011. Il a encore attaqué dans la 17 ème étape... avant de tuer ses rivaux?

Après le froid et la pluie des derniers jours, un soleil étincelant est revenu sur le Tour de France, mercredi 20 juillet, pour les 179 kilomètres de la 17ème étape reliant Gap à Pinerolo, dans le Piémont italien, avec cinq difficultés pour tenter de départager les champions. Un soleil «espagnol», comme si la nature entendait saluer le retour de «Contador le Matador», auteur de la mortelle accélération dans le col de Manse, la veille, qui avait dynamité le classement bien ordonné des leaders. Était-il capable de recommencer? Il l'a fait, sans parvenir toutefois à décrocher ses rivaux. Pour l'instant.

Cavendish conforte son maillot vert

51 kilomètres dans la première heure avec un peloton groupé et le vent dans le dos. Thomas Voeckler ne consent à laisser se former l'échappée que trois kilomètres plus loin: 14 coureurs «pas dangereux» pour lui, partent dans la montée de Sainte-Marguerite ( 3e catégorie, 1316 m) avec, parmi eux quatre Français dont Sylvain Chavanel, le maillot tricolore et Sandy Casar, le meilleur du classement général à plus de 14 minutes. Au sommet, et à 100 kilomètres de l'arrivée, les coureurs, sous surveillance, comptent une avance limitée à 5 minutes par une équipe Europcar dominatrice.

Dans la montée de la Chaussée à Briançon (3eme catégorie, 1330 m), David Cavendish pointe en 15eme position, confortant son maillot vert, juste devant le peloton, personne ne venant lui disputer son statut de meilleur sprinteur du monde, tandis que Sylvain Chavanel, 6 minutes plus haut, rêve de profiter de l'échappée pour emporter, enfin, une première victoire d'étape française dans le Tour 2011.

À la mi-parcours, les échappés ont grignoté 7 minutes sur leurs quelque 150 poursuivants. Dans le peloton, chacun pense sans doute aux deux étapes de folie qui les attendent jeudi et vendredi: Pinerolo-Serre Chevalier avec le redoutable Galibier, et Modane-L'Alpe d'Huez, l'apothéose. Les leaders vont-ils tenter quelques chose aujourd'hui ou attendre encore? L'Australien Cadel Evans a montré son talent la veille de même que l'Espagnol Samuel Sanchez. Son compatriote Alberto Contador a prouvé quant à lui qu'il n'était pas encore mort. Enfin, les Luxembourgeois Schleck ont avoué leurs limites tandis que le Français Thomas Voeckler a révélé sa plus belle forme depuis 2004. Alors, qui va s'y coller? Il faudra attendre la dernière difficulté et ce sera... Contador.

Pas d'Italien mais un Basque

Dans le col de Montgenièvre (2ème catégorie, 1860 m), au kilomètre 96, les écarts restent inchangés et les coureurs foncent bientôt vers Sestrière (1ere catégorie, 2035m). Le Franco-Irlandais, Nicolas Roche qui a déjà raté son Tour de France (22e au classement général), tente une échappée, suivi bientôt par Johnny Hoogerland, l'homme aux 33 points de suture apparemment remis de sa terrible chute, et Kevin De Weert, 12eme à 9 minutes de Voeckler. Ils possèdent 1mn40 d'avance sur le peloton à 70 km de l'arrivée. La course entre dans le Piémont mais aucun Italien ne gagnera l'étape car aucun n'est dans l'échappée. Ivan Basso et Damiano Cunago, respectivement 7 eme et 8 eme, se contentent de préserver leur place au classement général. Sandy Casar, devant, entre virtuellement dans le «top 10».

Au col de Sestrière, on pense que la victoire d'étape se jouera entre les 14 échappés: les quatre Français Sylvain Chavanel (Quick Step), Sandy Casar (FDJ), Jonathan Hivert (Saur) et Julien El Fares (Cofidis). Puis Ruben Perez (Euskaltel), Bauke Mollema et Maarten Tjallingi (Rabobank), Dmitriy Fofonov (Astana), Dmitriy Murvavyev (RadioShack), Andrey Amador (Movistar), Maciej Paterski (Liquigas), Edvald Boasson Hagen (Sky), Borut Bozic et Bjorn Leukemans (Vacansoleil). Le trio de contre-attaque se rapproche avec Nicolas Roche et Kevin De Weert, bientôt virtuel 7e au classement général, 1mn13 des échappés à 65 kilomètres de la ligne). Alors, on s'affole, le Basque Perez-Moreno fait le trou et passe le col en tête, une minute devant Chavanel, avant de basculer dans une descente de... 46 kilomètres et de stabiliser l'écart à 1mn20. Un beau numéro du coureur basque. Sept minutes 46 plus tard, Thomas Voeckler franchit le col à son tour en patron du peloton.

14 coureurs pour une victoire... et Contador!

A 30 kilomètres de la ligne, l'équipe Garmin-Cervelo prête main forte à Europcar et son leader Thomas Voeckler pour préserver la 9eme place de Tom Danielson face à Sandy Casar et Kevin De Weert. Même comportement pour la Lampre qui protège Damiano Cunago. À 15 kilomètres, le peloton a repris une minute sur les échappés. Le groupe de 13, quant à lui, revient peu à peu sur le Basque et le mange à la faveur des faux-plats de la descente. Les attaques se succèdent, les quatre Français sont toujours là mais le Norvégien Edvald Boasson Hagen place une attaque qui le conduira jusqu'à la victoire.

Derrière, le peloton éclate avec à sa tête Evans, les Schleck, Voeckler, Contador, Sanchez et Basso. A 10 kilomètres, on se regarde entre leaders, une chance pour Voeckler qui va sauver son maillot jaune. Mais sur les pentes à 10% de la côte de Pramatrino (2eme catégorie), Alberto Contador ne veut pas en rester là. Il porte une attaque tranchante, mais il est rattrapé par Andy Schleck, Ivan Basso et Thomas Voeckler. Il recommence alors à 8 kilomètres de l'arrivée. C'est un nouveau signe fort de l'Espagnol, le seul à secouer le peloton. À 4 kilomètres, il descend à fond sur la route sinueuse et prend des risques. Voeckler frôle deux fois la correctionnelle à vouloir le suivre. Décidément, il faudra compter sur Contador dans la très haute montagne.

L e réveil du Pistolero

Car le matador est bien revenu dans l'arène! Qu'on l'aime ou pas, qu'on croie en son talent ou qu'on le soupçonne de triche, l'Espagnol nous manquait, lui et sa méthode incomparable pour planter ses banderilles sur des adversaires trop attentistes et apeurés. Jusqu'à mardi 19 juillet, sans lui, le Tour était lisse comme un lac, juste quelques ronds dans l'eau provoqués par les attaques hésitantes des frères Schleck. Lisse aussi à l'image d'un Thomas Voeckler apparemment imperturbable mais pas inquiétant pour autant en jaune pour ses adversaires.

Soudain, le Pistolero, le flingueur qui accélère plus vite que son ombre dans la montagne, a jeté son caillou dans la mare. Avec sa blessure au genou et une première semaine calamiteuse, avec les soupçons de dopage qui l'avaient, disait-on, fragilisé mentalement, Alberto Contador semblait redevenu un coureur comme les autres. À le voir pédaler à l'arrière du peloton, visage fermé derrière ses lunettes orange, on en oubliait presque son incroyable palmarès , trois victoires sur le Tour (2007, 2009, 2010) , deux sur le Giro (2008,2011), sans compter les Paris-Nice, tours d'Espagne et de Catalogne.

Cette fois, pour la 17e étape, c'est dans la descente qu'il a tenté de changer la physionomie d'un Tour de France qui paraissait contenter tout le monde par son absence de... relief: les frères Schleck, toujours un peu «gagne-petits», et notre tricolore Thomas Voeckler qui n'en espérait pas tant depuis dimanche 10 juillet, jour où il avait endossé le maillot le champion. On n'attendait plus Contador, en tous cas pas avant le Galibier ou l'Alpe d'Huez, et voilà qu'il dégaine! Même s'il n'a pas fait d'écart, pour lui, c'est de bon augure pour demain.

Sur le même sujet