Tout savoir sur le nuage radioactif de Fukushima

Le nuage chargé en particules nucléaires peut-il, comme celui de Tchernobyl, toucher la France. Et serait-il dangereux ? Réponses.
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Les Français ne sont pas les seuls à être inquiets de l’arrivée éventuelle, au dessus de leur territoire, du nuage radioactif de la centrale japonaise de Fukushima. Ce sont, en effet, tous les habitants de la planète qui scrutent, jour après jour, avec leurs spécialistes du nucléaire, la progression, dans l’atmosphère, des particules contaminées

(Voir le point en France au 31 mars sur les radiations ville par ville ).

Pour l’instant, chacun observe avec un mélange d’angoisse et de compassion, les efforts désespérés des techniciens japonais qui tentent, jour et nuit, et coûte que coûte, de refroidir les combustibles avec de l’eau de mer. Mais tandis que se poursuit ce combat titanesque pour éviter «le pire des scénarios» selon le mot de Nathalie Kosciusko-Morizet, chacun ne peut s’empêcher de se souvenir de la catastrophe de Tchernobyl. Et de son nuage qui avait parcouru l’Europe jusqu’à la France. Dès lors, des questions de toutes natures s’accumulent et méritent des réponses. En voici dix.

Comment le nuage se déplace-t-il?

Le nuage radioactif se déplace en fonction de son altitude et des vents.

  • Plus il est haut et plus il a des chances de faire le tour de la Terre. Les spécialistes estiment que les rejets sont montés à 3000 mètres de hauteur avant de se stabiliser à 2000 mètres mais que ce sont les vents qui déplaceront le nuage plus ou moins loin: «La hauteur du nuage a été plafonnée à 2000 mètres, il peut donc être entraîné par des vents de basse couche», explique mercredi 16 mars Eric Mas, directeur technique chez Meteo Consult, à 20minutes.fr .
  • «Après avoir été rejetées dans l’atmosphère, les particules sont transportées au gré des vents et se dispersent dans de grandes quantités d’air, écrit France-Soir. La vitesse de leur circulation dépend de l’altitude à laquelle elles ont été projetées et de leur température à la sortie du réacteur». Eric Mas précise que la journée de jeudi 17 n’est «pas inquiétante» car «les vents de nord-ouest font le ménage vers l’océan (pacifique)» mais annonce une situation plus problématique pour vendredi et samedi avec la présence d’anticyclones et de brouillard. «Toutes les 6 heures en tout cas, les différentes trajectoires des vents sont actualisées et l’évolution du nuage radioactif est suivie de très près», précise rtbf.be .

Qu’est-ce qui compose ce nuage?

Le nuage, composé de gaz rares et de poussières métalliques extrêmement fines et non visibles à l’œil nu, transporterait principalement de l’iode et du césium 137: 1400 fois moins actif que l’iode radioactif, le césium 137 disparaît lentement, explique encore France-Soi r tandis que Le Figaro affirme de son côté : «La composition précise du nuage en particules radioactives sera aussi déterminante (pour son devenir): la quantité d'iode se divise par deux tous les huit jours, tandis que la période est de l'ordre de trente ans pour le césium».

Quelles populations seront touchées ?

  • D’abord l’archipel du Japon. 400 000 Japonais ont été déplacés à 60 km de la centrale de Fukushima et vivent dans des gymnases, confinés, contraints de porter des masques, sans chauffage et avec d’importantes réserves d’eau.Le site de rtbf.be précise que les vents de nord-nord est, qui ont soufflé mardi soir, ont pu pousser le nuage vers Tokyo, à 180 km, malgré les démentis de l’ambassade nippone à Paris rapportés par Le Monde.«Le Japon a déclenché samedi une première alerte à la contamination de produits alimentaires près de la centrale de Fukushima, écrit le Parisien samedi 19 mars (...) Des taux de radioactivité anormaux ont été relevés sur du lait et des épinards produits dans le nord-est de la péninsule. Des traces d'iode radioactif et de césium ont également été découvertes dans l'eau du robinet à Tokyo et ses environs».
  • «Depuis mercredi, les vents poussent le nuage au-dessus du Pacifique, en direction du Canada et des Etats-Unis», écrit France-Soir . «Si les nuages circulent à une altitude supérieure à 1500 mètres, et cela semble être le cas, le nuage peut faire le tour du monde», précise encore Eric Mas, directeur technique de Météo Consult. Mais la distance (8000 kilomètres) qui sépare le Japon de la Californie devrait affaiblir le nuage et le rendre «inoffensif». D' après l'IRSN , «le panache radioactif aurait atteint dimanche 20 mars le nord-est de la Sibérie, les États-Unis et l’ouest de l’atlantique. Il devrait toucher la France à partir du 23 ou 24 mars. Les concentrations attendues à terme, d’après cette modélisation, pourraient être de l’ordre de0,001 Bq/m3 en Francemétropolitaine et dans les départements d’outre-mer de l’hémisphère nord. Une dose sans danger pour la santé.
  • Saint-Pierre-et-Miquelon, l’archipel français qui se situe dans l’Atlantique Nord, à 25 km au sud de l’île de Terre-Neuve au Canada, devrait recevoir les pastilles d’iode d’ici quelques jours, et ce, à titre purement préventif.
  • L’Asie, et une partie de la Russie pourraient voir leur territoire survolé par le nuage le weekend prochain. «Déjà, rapporte France-Soir , les experts de cette région ont relevé une légère hausse de la radioactivité».

Peut-il arriver en France, et quand?

  • Oui, reconnaît le gouvernement français : «Si on va au bout du scénario catastrophe, il peut y avoir des retombées dans une large partie de l’hémisphère Nord, y compris, dans de petites proportions, en France métropolitaine». C’est ce qu’a déclaré notre ministre de l’Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet , mercredi 16 mars, en sortant de la réunion des ministres et des experts consacrée à l’alerte nucléaire. Mais elle s’est empressée de préciser qu’il n’y aurait «pas de problème sanitaire».
  • Il arrivera dans «une petite semaine». On l'attend pour mercredi 23 ou jeudi 24 mars. «Si le nuage intègre les courants troposphériques rapides appelés "jets streams", à partir de 9 kilomètres d'altitude, il pourrait également atteindre les côtes européennes après une petite semaine», confirme rtbf.be .

Est-il aussi inquiétant que celui de Tchernobyl?

Non, et pour deux raisons.

  • Le nuage de Tchernobyl résultait de l’explosion des réacteurs alors que celui de Fukushima est né de la fusion toujours en cours des combustibles. «A la différence de Tchernobyl, la réaction nucléaire a été arrêtée automatiquement au moment du séisme , explique à France-Soir Thomas Houdré, directeur des centrales nucléaires à l’Autorité de sécurité nucléaire. Les réacteurs sont à l’arrêt, mais les combustibles continuent de produire de la chaleur. Cela pourrait provoquer la fusion partielle ou totale des gaines de protection. Sans cette ultime barrière, les combustibles se trouveraient alors à l’air libre. C’est le scénario le plus redouté. »
  • Tchernobyl est situé à 2000 km de la France alors que Fukushima se trouve à 10 000 km de chez nous à vol d’oiseau. «Le Japon se situe en effet à presque 10 000 km de la France à vol d’oiseau en traversant l’Asie, confirme le site Slate . Les vents dans l’hémisphère nord circulent généralement d’est en ouest. Si des particules doivent arriver jusqu’en France, elles emprunteront donc l’autre chemin, en passant d’abord au-dessus de l’océan Pacifique puis des Etats-Unis et enfin de l’océan Atlantique. En additionnant la distance entre Tokyo et San Francisco (5133 km) et celle entre San Francisco et Paris (8956 km), on arrive à un ordre de grandeur de 14 000 km à parcourir pour un éventuel nuage radioactif».

Le nuage va-t-il disperser ses particules radioactives?

  • «La concentration en particules radioactives, et notamment l’iode 131 et le césium 137, les plus dangereux pour l’homme, diminue en effet significativement avec la distance, écrit encore Slate . La dispersion atmosphérique fait que plus on s’éloigne de l’endroit de la fuite, plus la concentration en radionucléides, et donc la nocivité, baisse».
  • Ainsi, même Tokyo recevrait une dose moins forte, comme l’explique à l’AFP Olivier Isnard , expert de l’ IRSN : «La distance (...) étant d'un peu plus de 250 km, cela laisse à l'atmosphère le temps de disperser, de diluer ces radioéléments dans des volumes très importants d'air frais, ce qui fait que localement, lorsque ça arrive au sol, on a des mesures très faibles.»
  • D’ici une semaine, le nuage pourrait donc survoler toute l’Europe, mais avec un niveau de radioactivité tellement faible qu’il pourrait être quasiment indécelable.
  • «Toutes les informations disponibles continuent d’indiquer qu’Hawaii, l’Alaska, les Territoires américains et la Côte Ouest des Etats-Unis ne devraient pas connaître de niveaux dangereux de radioactivité», a déclaré la Commission de Régulation pour le Nucléaire aux Etats-Unis .

Est-il dangereux pour la santé humaine?

  • Inhaler de l’iode 131 est très dangereux pour la santé, notamment pour l’enfant, le jeune adulte et la femme enceinte. L’iode radioactif se fixe sur la thyroïde et provoque des cancers. D’où la nécessité d’utiliser les pastilles d’iode stable pour saturer la glande avant l’inhalation nucléaire. L’effet de ce médicament n’est valable que 48 heures et se révèle sans effet sur l’adulte de plus de 45 ans.
  • Sur Europe1, Jean-Claude Artus , professeur de médecine nucléaire à Montpellier a déclaré jeudi 17 mars: «La dose de 150 millisieverts, celle à partir de laquelle on peut développer un cancer, correspond au niveau de risque d’un fumeur qui fumerait un paquet de cigarettes par jour pendant six mois».
  • Pour les Français, il n’y aura pas de «problème sanitaire», affirme Nathalie Kosciusko-Morizet, et ce, même si la catastrophe nucléaire est totale à Fukushima. Cependant, par mesure de précaution, les territoires français du Pacifique (tout comme à Saint-Pierre-et-Miquelon dans l'Atlantique Nord) devraient recevoir des doses de pastilles d’iode dans les prochains jours.

Est-il dangereux pour l’environnement ?

  • Les poussières radioactives s’infiltrent partout dans la nature, quand passe un nuage nucléaire comme celui de Tchernobyl: dans les plantes, dans les rivières et les plans d’eau, dans les animaux. Tous les organismes vivants sont concernés. Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité ( Criirad ) précise qu’il faut éviter d’ingérer des produits laitiers et des légumes: «Les particules transportées par les nuages radioactifs se fixent prioritairement sur les légumes à larges feuilles comme les salades et les épinards, mais aussi les champignons (les cèpes en particulier) et le thym »
  • «Vingt-quatre ans après l’accident de Tchernobyl, on mesure toujours la présence de césium 137 dans les zones contaminées. On en trouve également en France en très faible quantité, dans les zones les plus touchées par le nuage radioactif ukrainien, principalement dans l’Est et le Sud-Est », affirme encore Roland Desbordes.

Connaîtrons-nous toute la vérité?

Tout dépend de quelle vérité il s’agit.

  • La vérité du Japon sera plus difficile à connaître en totalité. Pour ne pas affoler les populations , le gouvernement nippon révèle les informations au compte-goutte. Ainsi, l’Autorité de Sûreté Nucléaire a officiellement classé l’accident de Fukushima 6 sur une échelle de 7 (le niveau de Tchernobyl) alors que le Japon parlait encore d’un niveau 4. Mais l’information est beaucoup plus transparente qu’en 1986, lors de la catastrophe en Ukraine.
  • Le gouvernement français a, quant à lui, semble-t-il décidé de «tout dire». Une attitude nouvelle qui répond aux critiques formulées par les écologistes et la gauche tout au début de l’accident nucléaire. Une manière aussi de faire oublier les atermoiements qui ont accompagné la progression du nuage de Tchernobyl : celui-ci s’était, disait-on à l’époque, «arrêté à la frontière française».

La France peut-elle se remettre en question ?

  • Le gouvernement français a répondu favorablement aux écologistes qui réclamaient un débat sur le nucléaire .
  • Il a confirmé le contrôle et la révision systématique de toutes les centrales nucléaires françaises et ce, quel que soit leur âge. On peut se demander, cependant, quelle serait l’attitude du gouvernement, en cas de découverte de difficultés susceptibles de transformer la politique nucléaire de la France. Nicolas Sarkozy semble, en effet, avoir par avance répondu à cette question en affirmant que «nous fabriquions les centrales nucléaires les plus sûres du monde» .
  • Jusqu’à quel point notre pays, qui est le deuxième pays nucléarisé du monde derrière les Etats-Unis, avec 58 réacteurs dans 19 centrales, et 1100 sites de déchets d’origine nucléaire, peut-il remettre en cause une politique énergétique mise en place voici 60 ans par le général de Gaulle ? C’est là toute la question.

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