Un artisan guéri à Lourdes: faut-il croire aux miracles?

L'évêque d'Angers a évoqué, dimanche 27 mars, la guérison «remarquable» à Lourdes d'un artisan paralysé de la jambe gauche. Que faut-il en penser?
12

Un réparateur de télévision de 56 ans, originaire du Maine-et-Loire, a bénéficié d'une «guérison remarquable» après avoir été se recueillir voici huit ans devant la grotte miraculeuse de Lourdes. Mgr Emmanuel Delmas, l'évêque d'Angers, a en effet révélé pendant l'office, dimanche 27 mars, que sa guérison pouvait «être considérée comme un don personnel de Dieu pour cet homme, comme un événement de grâce, comme un signe du Christ Sauveur». L'artisan souffrait d'une « algie sciatique de topographie S1 gauche qui nécessitait un traitement antalgique quotidien et était cause d'une invalidité lombaire marquée».

Une douleur fulgurante puis le bien-être

Il avait été opéré à deux reprises d'une hernie discale et il était quasiment paralysé de la jambe gauche avec des douleurs vives quand, raconte l'Agence France-Presse , «le 12 avril 2002, il s'est rendu à la grotte de Massabielle à Lourdes», non pas en tant que malade mais comme hospitalier au service des infirmes. Il s'est mis alors à prier devant la grotte, à l'endroit même où la petite Bernadette Soubirous , âgée de 14 ans, aurait vu la Vierge à 18 reprises en 1858: «Après avoir touché l'eau de la source réputée miraculeuse, poursuit l'AFP , puis s'être rendu aux fontaines, il a été pris d'une douleur si fulgurante qu'il a cru mourir, selon son propre récit. Au bout de quelques minutes, la souffrance a fait place à une intense sensation de bien-être et de chaleur. Sa jambe a cessé de le faire souffrir et s'est ensuite progressivement ranimée». Un «miracle» qui a, raconte le Figaro , transformé sa vie et celle de son épouse Marie-Thérèse.

Le Bureau des constatations fait le tri

Chaque année, six millions de pélérins venus du monde entier se rendent ainsi à Lourdes et parmi eux, 80 000 malades, infirmes ou grabataires qui espèrent, en priant et en se baignant dans la source, faire partie des quelque 7000 cas de guérisons recensés à ce jour.

Un chiffre certes important en un siècle et demi, mais qui se réduit à 68 cas à peine de guérisons inexpliquées et avérées après le passage par le Bureau des constatations médicales de Lourdes , qui commence par enregistrer chaque cas avant d'instruire éventuellement un dossier.

Ainsi, Serge François, lors de son nouveau pélérinage en 2003, est venu déclarer sa guérison auprès du médecin du Bureau qui l'a examiné puis, le test se révélant positif, a transmis son dossier au Comité médical international de Lourdes (CMIL). Une vingtaine d'autres médecins ont alors expertisé pendant six ans son cas en fonction de critères très sévères :

  • La maladie a été d'abord authentifiée et le diagnostic confirmé avant la guérison.
  • Le pronostic médical était sans ambiguïté.
  • La guérison a été complète, immédiate, sans convalescence, définitive et sans rechute.
  • Aucun traitement médical na pu être considéré comme la cause de cette guérison.

L'Église ne parle plus de «miracles»

Lorsque le cas de Serge François a franchi ces deux étapes scientifiques avec succès, il lui restait encore à être authentifié sur le plan spirituel, après une investigation par les autorités de son diocèse. Il a fallu encore deux ans pour que Mgr Emmanuel Delmas, l'évêque d'Angers, statue enfin sur la nature de la guérison de notre artisan.

«Le diocèse d'origine de la personne guérie statue sur l'état de miracle, explique Wikipedia . Le sens à donner à la guérison est alors le guide principal de l'évêque concerné (il doit s'agir d'un «signe de Dieu» et non d'une simple guérison)».

Dimanche 27 mars, l'évêque a finalement rendu sa décision définitive dans un communiqué: «Cette guérison peut être considérée comme (...) un signe du Christ Sauveur». Mais pas comme un miracle à part entière. Interrogé par l'AFP , l'évêque de Lourdes et de Tarbes a expliqué «la difficulté grandissante à satisfaire aux critères du miracle selon les règles de l'Eglise»: la réalité du diagnostic d'origine, le rôle joué par les médicaments sont de plus en plus difficiles à établir au fur et à mesure que la science évolue.

Dès lors, l'Église se montre prudente. De très nombreuses personnes affirment chaque année avoir été guéries à Lourdes et il faut toute la rigueur du Bureau et du Comité pour éliminer la grande majorité des déclarations. Une seule erreur avérée aurait, en effet, des conséquences catastrophiques sur la foi d'un milliard de fidèles que compte dans le monde la communauté catholique.

Sur le même sujet