Honoré Daumier et la caricature à partir de 1830

Les caricatures d'Honoré Daumier révèlent par la satire, l'histoire sociale et politique de la France à partir des années 1830.
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Nous voyons avec cette période électorale, une croissance de la représentation caricaturale de plusieurs de nos hommes publics. Ces derniers en usent eux mêmes, envers leurs adversaires. Il est bon de faire un retour à une époque, où la satire connut un certain essor, en évoquant un de nos plus fameux caricaturistes du XIXe siècle : Honoré Daumier. Celui-ci réalise diverses caricatures politiques et sociales. Il faut replacer son oeuvre dans une ascension de ce moyen d'expression à partir de 1830.

Honoré Daumier (1808-1879)

Honoré Daumier est caricaturiste peintre et sculpteur. Il est fils d'artisans, et républicain de convictions. [1] Il réalise un grand nombre de caricatures. Ses œuvres sont des sources intéressantes sur la vie sociale en France du XIXe siècle. Elles sont aussi le miroir de certaines mentalités. Républicain, Honoré Daumier caricature de manière féroce la bourgeoisie de la monarchie de Juillet. Il réalise une caricature du roi Louis Philippe Ier (1773-1850), celle de la poire. [2] Cette satire lui vaudra des ennuis. Il collabore notamment à deux journaux satiriques : La Caricature qui paraît de 1830 à 1843, Le Charivari qui vécut de 1832 à 1937. Honoré Daumier a représenté divers évènements comme la capitulation de Sedan en 1870 dans Le Charivari .

Une ascension de la caricature à partir de 1830

A partir de 1830, la caricature intervient massivement dans le domaine politique et social. La satire existait auparavant et pouvait être violente. [3] Cependant en 1830, des journaux entièrement consacrés à la caricature interviennent dans le paysage journalistique français [4] et notamment La Caricature et Le Charivari . L'hebdomadaire La Caricature eut pour directeur de publication, Charles Phillipon (1800-1862) de 1830 à 1839. Dans cet organe de presse, on peut identifier des caricatures assez caractéristiques de traits physiques renvoyant à des traits moraux comme " Une victime de l'ancien système " dans le numéro 1, en date du 4 novembre 1830. [5] Il s'agit d'un grand bourgeois Louisphilippard ventripotent. La Caricature tout comme Le Charivari sont des journaux républicains. Ils ridiculisent le roi Louis Philippe Ier.

Peuple et bourgeois chez Honoré Daumier .

Honoré Daumier a représenté le peuple tout comme le bourgeois. En ce qui concerne le peuple, il le représente dans son quotidien. Parallèlement, le bourgeois est représenté comme ventripotent, hypocrite. Il s’agit bien de l’image que les classes populaires ont des élites. Il est intéressant de faire référence à une lithographie célèbre d’Honoré Daumier : Le ventre législatif . Il s’agit d’une représentation de la chambre des députés. Ces derniers sont caricaturés avec un embonpoint significatif, comme pour signifier leurs privilèges. Du côté du peuple, nous pouvons mentionner une lithographie Le joueur d’orgue de barbarie , réalisée en 1864-1865. Mise à part le joueur d’orgue, les personnages ont un air de fatigue et de tristesse. Le peuple fait peur au bourgeois, qui le compare volontiers à un sauvage.. [6 Le comportement ouvrier est identifié à des caractères physiques, révélateurs de traits biologiques. Cette habitude d’attribuer des traits physiques, révélateurs de traits moraux est dans l’air du temps. Il faut signaler l’influence de la phrénologie. La phrénologie, doctrine médicale tendant à identifier par la forme du crane, le caractère d’un être humain, prédisposait certains individus, notamment au crime. Cette doctrine eut une influence certaine. Elle fut en quelque sorte ancrée dans la mentalité de cette partie du XIXe siècle, notamment sous la monarchie de Juillet.

La caricature politique chez Honoré Daumier

Parallèlement, Honoré Daumier représenta certains évènements politiques, parfois dramatiques de la monarchie de Juillet. Une estampe représente le massacre de la rue Trasnonain, le 15 avril 1834. Cette émeute républicaine aboutit au massacre par la soldatesque de tous les habitants : femmes, enfants, hommes du 12 rue Trasnonain. La lithographie d’Honoré Daumier représentant cet événement est tragique. L’homme gisant au pied d’un grabat semble symboliser par excellence, la victime innocente de la force brutale. En ce sens, elle nous parle, tant son message est universel. Elle résume les injustices sociales parfois dures, que notre époque n'a pas encore résolues.

Les caricatures d’Honoré Daumier constituent des études de mœurs et des sources significatives de l’histoire de la France au XIXe siècle.. Elles révèlent à travers la satire, les failles, mentalités et préjugés d’une époque. Elles constituent pour l’historien dixneuvièmiste, des témoignages précieux.

[1] Voir Théodore Zeldin, Histoire des passions françaises 1848-1945, 3, Goût et corruption , Paris, Ed. du Seuil, 1981, 473 p., p. 419

[2] Jean Philippe Chimot, « Beaudelaire, Daumier, Goya », Cahiers d’histoire : revue d’histoire crit ique, n° 75, 1999, p. 60

[3] voir notamment Annales historiques de la Révolution française, n° 361, 2010-3, « Entre scatologie et fantasmes sexuels, le cul et son imaginaire »

[4] Voir Théodore Zeldin, Histoire des passions françaises 1848-1945, 3, Goût et corruption , op. cit. 473 p., p. 413

[5] La Caricature morale, politique et littéraire, Paris, Aubert, 1830-1863, n°1, 4 novembre 1830

. [6 Louis Chevalier, C lasses laborieuses classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris, Perrin, 2002, 566 p., p. 452-453

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