La phrénologie : une science médicale au XIXe siècle

La phrénologie au début du XIXe siècle entend faire une corrélation entre déterminisme physique et moral : ainsi en est-il du criminel né
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La phrénologie est une science médicale développée par le médecin neurologue viennois Franz Joseph Gall (1758-1828). Le corps révèle l’âme de celui que l’on expertise, ainsi que ses tendances profondes.

Franz Joseph Gall

Franz Joseph Gall est anatomiste et physiologiste. Au tout début du XIXe siècle, il souligne que la conformation du crâne d'un homme reflète son caractère. Ainsi, il va établir une symétrie parfaite entre la forme du crâne d'un homme et ses facultés ou ses travers éventuels. Le docteur viennois va quitter l'Autriche et venir en France. Pourtant, c'est en Angleterre et aux Etats unis que ces thèses vont avoir le plus grand écho.

Phrénologie et idéologie

La phrénologie prend sa source dans un courant nommé idéologie. Les idéologues se sont inspirés du docteur Pierre Jean Georges Cabanis (1757-1808), médecin et philosophe. Les idéologues entendent dépasser le stade des observations scientifiques et ils veulent découvrir des principes généraux qui régissent les êtres vivants : il faut mettre en place une science de l'homme pour aboutir à une société harmonieuse. La philosophie doit prendre une part active à ce projet. Dans le projet de bâtir une société harmonieuse, la médecine prend une place centrale. Le docteur Cabanis souhaite découvrir les relations entre le physique et le moral d'une personne. Il est primordial de cerner les interdépendances. [1]

La phrénologie : une science du crâne

Le phrénologue reconnaît les instincts et les penchants de chacun par la configuration du cerveau et de la tête. Il fait un lien direct entre la faculté mentale d'un homme et son physique : l'expression populaire, il a la bosse des mathématiques provient de ces théories. La phrénologie de ce fait est autant une science du corps que de l'esprit. [2] Elle établit une corrélation parfaite entre la voûte crânienne et les aptitudes d'un homme. De ce fait on va établir un lien entre le faciès et les moeurs d'un individu.

Phrénologie et fléaux sociaux

La phrénologie va trouver un débouché dans l'observation et l'explication des faits de déviance. Après la Révolution, réformateurs sociaux, entrepreneurs de morale (juges et hommes de loi) et médecins deviennent de plus en plus sensibles aux faits de délinquance et de criminalité dans la ville. La phrénologie leurs fournit des arguments séduisants. Les élites du début de la monarchie de Juillet vont être particulièrement séduites. Le traitement des fléaux sociaux relève de la politique mais aussi de la science. Dans cette optique, la phrénologie représente une analyse pertinente de la société.

Le physique du criminel et du déviant

Pour Franz Joseph Gall, il existe un instinct meurtrier résultant d'une partie du cerveau située au dessus des oreilles [3] . Ce lien entre physique et moral aura des débouchés dans l'observation des faits d'homosexualité dans la ville. La médecine légale, c'est-à-dire les médecins attachés aux tribunaux et chargés d'intervenir pour constater et prouver des délits d'outrage aux moeurs seront eux aussi influencés par ces théories. Le déviant sexuel porte dans son physique les stigmates de son état psychique. [ 4 Le pédéraste se voit affubler de stigmates physiques caractéristiques. Certains décrivent la petite tête d'un homme qu'ils ont expertisé et on peut y voir une influence directe de la phrénologie. Ainsi en est-il d'une description que fait un médecin militaire, le docteur Hubert Lauvergne (1797-1859), à propos d'un forçat qu'il expertise au bagne et qui s'adonne à des relations homosexuelles avec d'autres détenus, et ceci dans un écrit nommé Les forçats et publié en 1841. Ces praticiens dressent des tableaux frôlant la monstruosité. Tous ces hommes se trouvent emprisonnés dans un déterminisme dont ils ne peuvent sortir.

La phrénologie sera discrédité comme hasardeuse et elle va être perçue comme absurde. Pourtant cette propension a enfermé des hommes dans des déterminismes en fonction de leurs traditions, de leurs moeurs, de leurs milieux sociaux aura encore des perspectives.

[1] Alain Corbin (Dir .), Histoire du corps. Tome 2, De la Révolution à la Grande guerre , Paris, Éd. du Seuil, 2005, 442 p., p. 41-43

[2] Marc Renneville, "La phrénologie. la science des crânes", Sciences humaines , n° spécial n° 7, septembre-octobre 2008

[3] Frédéric Chauvaud, « Marc Renneville, Le langage des crânes. Une histoire de la phrénologie , Paris, Institut d'édition Sanofi-Synthélabo, 2000, 354 p. », Revue d'histoire du XIXe siècle , 22 | 2001 , [En ligne], mis en ligne le 28 juin 2005. URL : http://rh19.revues.org/index268.html. Consulté le 21 mars 2012

[4] Thierry Pastorello, "La stigmatisation particulière du pédéraste passif dans les enquêtes de médecine légales", L'Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 03.1 | 2009, mis en ligne le 13 janvier 2010, consulté le 21 mars 2012. URL : http://acrh.revues.org/1850 L'Atelier du Centre de recherches historiques [En ligne], 03.1 | 2009, mis en ligne le 13 janvier 2010, consulté le 21 mars 2012. URL : http://acrh.revues.org/1850

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