Le concert européen de Jacques Alain de Sedouy

L'ouvrage de Jacques Alain de Sedouy propose une passionnante synthèse sur ce qui constitue l'origine de l'Europe : le concert européen.

Jacques Alain de Sedouy, diplomate de profession, nous convie à un panorama de la géopolitique de l'Europe de 1814 à 1914.

Le Congrès de Vienne

La première date retenue est celle du Congrès de Vienne, chargé de réorganiser l'Europe après la Révolution française et la période napoléonienne. Jacques Alain de Sedouy souligne le but du concert européen rassemblant les puissances européennes d'alors, Autriche, Prusse, Angleterre, Russie : la surveillance de la France. Il rappelle à ce titre que le second traité de Paris du 20 novembre 1815, ampute le territoire français. La France est soumise à une indemnité de guerre de 700 millions de Francs (1).

Le retour de la France dans le concert européen

Pourtant, Jacques Alain de Sedouy souligne le retour progressif de la France au sein du concert européen, et ceci dès le traité d’Aix-la-chapelle en octobre-novembre 1818. Ce congrès permet une intégration de la France dans les relations internationales européennes : la France sera invitée à prendre part aux délibérations relatives au maintien de la paix (2). L’épisode du Congrès de Vérone en septembre-décembre 1822, voit François René de Chateaubriand (1768-1848) se distinguer. C’est au cours de ce congrès que les puissances européennes décidèrent l’envoi d’une expédition française en Espagne, pour soutenir Ferdinand VII contre les libéraux, révoltés contre le souverain. Chateaubriand est un des plénipotentiaires au Congrès de Vérone. Il obtiendra le ministère des affaires étrangères et dirigera l’expédition française en Espagne. Lors du Congrès de Vérone, Chateaubriand est propulsé au premier rang. De ce point de vue, Jacques Alain de Sedouy décrit les attitudes réservées, voire moqueuses de certains participants à ce congrès, notamment le ministre autrichien le prince de Metternich.

L’attitude du concert européen face aux mouvements nationaux

Cependant, l’ouvrage aborde parfaitement l’attitude du concert européen face aux mouvements des peuples : indépendance des colonies d’Amérique latine, indépendance de la Belgique, question de la Grèce, unité italienne. La crise des colonies espagnoles d’Amérique rebondit dès 1823. En 1822, les Etats-Unis d’Amérique décident de reconnaître l’indépendance des colonies espagnoles. Jacques Alain de Sedouy décrit bien les divisions des européens d’alors : la France reste liée par les liens de famille entre les Bourbons de France et d’Espagne. La Grande Bretagne suit l’exemple des Etats-Unis en 1825, et reconnaît les nouveaux états latino-américains. Cependant, la question grecque va être l’occasion de divergences entre les cinq puissances européennes. L’Autriche souhaite le respect de l’intégrité de l’Empire ottoman contre les appétits russes. Le ministre russe Charles Robert de Nesselrode (1780-1862) veut imposer au sultan une suspension des combats avec les insurgés grecs. La politique de la Grande Bretagne est contradictoire, car elle souhaite une autonomie des grecs, mais veut protéger la Sublime porte contre la Russie. L’indépendance de la Grèce sera aussi sur le plan diplomatique, la résultante d’une concertation entre la Russie, la France et la Grande Bretagne. On le voit dans les faits, le concert européen, soucieux d’éviter un bouleversement de l’Europe, traîne les pieds devant les mouvements des peuples. Il en sera de même lorsqu’il s’agira de la Belgique. Entre temps, la France a connu la Révolution de 1830. Cependant, Louis Philippe Ier rassure les alliés européens par son conservatisme. Le soulèvement Belge le 25 aout 1830 est une mauvaise nouvelle pour la France de Louis Philippe Ier. Lors de cette révolution belge, le concert européen est divisé, car la Grande Bretagne a longtemps considéré le royaume des Pays-Bas de 1815, comme la condition de sa sécurité. Finalement, la conférence voit s’opposer un clan conservateur regroupant les trois puissances continentales (Autiche, Prusse, Russie) et la France et Grande Bretagne enclines au mouvement. De même, pour l’Italie, Jacques Alain de Sedouy souligne le dépassement du concert européen, proposant des solutions rapidement dépassées : confédération italienne présidée par le Pape ou création d’un état d’Italie centrale, souhaité par la Grande Bretagne. Il faut éviter la création d’une Italie unitaire, qu’impose Camillo Benso comte de Cavour (1810-1861), ministre du roi de Piémont Sardaigne Victor Emmanuel II.

La montée des nationalismes et les Balkans

Le concert européen va finalement s’affaiblir et échouer devant la montée des nationalismes. Après 1871, l’Allemagne, vainqueur de la France en 1870, s’impose. La montée des nationalismes croît dans les Balkans, sous le coup du déclin irrémédiable de l’Empire Ottoman. Le royaume de Serbie, officiellement indépendant depuis le Congrès de Berlin en 1878, est soutenu par la Russie. Derrière la politique du royaume de Serbie, se profile une montée du panslavisme et par opposition du pangermanisme. Le concert européen s’affaiblit devant la poussée des antagonismes : entre la France et l’Allemagne, lors de la crise marocaine de 1905, marquant une volonté des deux états de s’affronter pour l’influence dans le royaume chérifien. Dans les Balkans, l’Autriche Hongrie a annexé la Bosnie Herzégovine en 1908. Les guerres Balkaniques en 1912 opposent Serbie, Monténégro, Bulgarie, Grèce et Empire Ottoman.

Echec du concert européen en 1914

La crise de 1914 avec l’assassinat de l’héritier d’Autriche Hongrie à Sarajevo, et le déclenchement du conflit marque la faillite de l’Europe, comme le remarque Jacques Alain de Sedouy. Cet ouvrage est une excellente synthèse vivante sur les relations européennes de 1814 à 1914. Il révèle aussi l’échec du concert européen, face aux rivalités des nations et de même sa faiblesse, face aux défis, auxquels il a du faire face. C’est une leçon à méditer même si l’histoire ne repasse pas les plats.

(1) Voir Alain de Sedouy, Le concert européen : aux origines de l’Europe 1814-1914 , Paris, Le Grand livre du mois, 2009, p. 49

(2) Voir Alain de Sedouy, …op. cit., p. 79

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