Les ripoux des Lumières de Robert Muchembled

Robert Muchembled dresse un portrait peu flatteur de la police parisienne au XVIIIe siècle dans le cadre d'une corruption des élites.
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Dans son dernier ouvrage, l'historien et universitaire Robert Muchembled analyse à travers la personne de l'inspecteur Jean-Baptiste Meusnier, la corruption de la police parisienne dans les dernières décennies de l'Ancien régime.

Corruption policière et Révolution

La corruption policière a discrédité l'Ancien régime et ceci bien mieux que certains écrits pamphlétaires. Comme il est noté dans cet ouvrage, cette situation a pour racine la personne corrompue du roi Louis XV (1710-1774) lui-même. Son principal ministre Etienne François duc de Choiseul (1719-1785) aurait dressé un portrait peu flatteur du souverain. [1] Ainsi, Robert Muchembled pointe la responsabilité de Louis XV, prince corrompu et s'occupant essentiellement de ses plaisirs, dans le déclin et la chute de l'Ancien régime. Déclin que le règne de son petit fils Louis XVI (1754-1793) ne parvint pas à enrailler. Ce climat de corruption paraît avoir pris des proportions importantes : il est cité les rapports des inspecteurs notamment l'inspecteur Louis Marais, sur les prostituées et ces rapports Louis XV s'en serait délecté. [2] Ce système de corruption se situe dans le cadre de la vénalité des offices publics. De fait, ces offices publics constituent un investissement financier mais ils rapportent peu, d'où la cause de spéculations malhonnêtes sur l'argent versé au trésor royal [3] . De fait, il semble bien que l'inspecteur Meusnier et son entourage organise un véritable racket au sein des espaces sociaux les plus porteurs de l'époque : jeux, prostitution, prêtres débauchés...Enfin, il est fait mention de Henri-Baptiste Bertin de Belisle (1720-1792). Ce lieutenant général de police aurait été chargé secrètement par Louis XV de s'occuper des dépenses relatives aux anciennes maîtresses et batards du souverain.

Jean Baptiste Meusnier (1713-1757) inspecteur, caméléon et escroc

Jean Baptiste Meusnier est inspecteur chargé des moeurs, et comme le remarque Robert Muchembled, il paraît bien incompétent en prenant pour preuve un aveu. [4] Son épouse paraît avoir été de moralité plutôt douteuse. L'inspecteur Meusnier semble avoir bénéficié du commerce illicite de son épouse. Cette dernière se prostituait. Meusnier semble avoir eu un goût pour l'argent, le sexe et la puissance. Enfin, si Jean Baptiste Meusnier est mort en 1757, il semble bien que cette mort soit une mise en scène. Il refait surface à Metz sous le nom de Meunier de Précourt. Il aurait pris ensuite comme identité baron de Holzendorf lieutenant colonel en 1778. Il aurait pu aussi prendre l'identité de Taaffe de Gaydon abbé et confesseur de la Bastille. Enfin, Robert Muchembled indique les liens possibles entre la police, l'inspecteur Meusnier et Robert François Damien (1715-1757), responsable de l'attentat contre Louis XV le 5 janvier 1757. Egalement, Meusnier pourrait avoir eu des liens avec le Cardinal Louis de Rohan (1734-1803), principal protagoniste de l'affaire du collier de la Reine. Pour résumer Meusnier semble autant policier qu'escroc, aventurier et faussaire.

Des moeurs libertines

Ceci est à replacer dans le cadre d'une société, où le sexe est une passion collective. Au XVIIIe siècle, l'érotisme s'impose. [5 Ceci est d'autant plus vrai chez les puissants. Robert Muchembled souligne l'importance des prostituées en mentionnant le témoignage du journaliste et écrivain, Louis Sébastien Mercier (1740-1814) [6 Le comte Jean Baptiste Du Barry est le maquereau du beau monde. Il fréquente la femme Gourdan. Cette dernière tient une maison de plaisir très réputée à Paris. Il a connu une certaine Jeanne Bécu, qui épousera son frère Guillaume du Barry, avant de finir dans la couche royale. En fait, Robert Muchembled démontre bien l'étendue des moeurs débridées dans les dernières décennies de l'Ancien régime. L'amour tarifé est fort bien développé. Certaines font de leur corps un instrument de réussite.

Ainsi, cet ouvrage passionnant fait aussi preuve d'humour. Surtout, il replace à partir d'un corpus de sources riches et variées, la corruption de la police parisienne dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, dans le cadre d'élites profondément hédonistes et corrompues. Il soulève de ce fait une cause majeure de la chute de l'Ancien régime, sa corruption profonde et irréversible. Il éclaire une des origines de cette volonté de régénération propre à l'époque révolutionnaire.

Robert Muchembled, Les ripoux des Lumières : corruption policière et révolution , Paris, ed. du Seuil, 2011, p. 12

[2] Robert Muchembled, Les ripoux des Lumières : corruption policière et révolution , Paris, ed. du Seuil, 2011, p. 299-300

[3] Robert Muchembled, Les ripoux des Lumières : corruption policière et révolution , op. cit., p. 80

[4] Robert Muchembled, Les ripoux des Lumières : corruption policière et révolution , op. cit., p.59

[5 Robert Muchembled, L"orgasme et l"Occident : une histoire du plaisir du XVIe siècle à nos jours , Paris, Seuil, 2005

[6 Robert Muchembled, Les ripoux des Lumières : corruption policière et révolution , op. cit., p.269

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