L'extrême droite : du Second Empire à Vichy

Du Second Empire à Vichy, l'histoire de l'extrême droite est marquée par le Boulangisme, l'antidreyfusisme, le fascisme des années 30 "et le Pétainisme

Cet article est issu de la seconde partie de l'intervention de René Mouriaux, dans le cadre du colloque de l'Institut d'histoire sociale de la CGT le 19 janvier 2012 et ayant pour Thème : la pensée et l'histoire de l'extrême droite. [1]

L'extrême droite sous le Second empire

Sous le Second empire, l’extrême droite se dresse contre l’empire dit libéral à partir de 1860, caractérisant la seconde phase du règne de Napoléon III (1808-1873). Le comte Arthur de Gobineau, diplomate et écrivain, publie Essai sur l’inégalité des races humaines . Dans un contexte d'obsession de la décadence, le mixage est entrevu comme un facteur de dégénérescence des races humaines.

L'extrême droite sous la IIIe république

L'extrême droite sous la IIIe république va être marquée par l'épisode du Boulangisme, du nom du général Georges Boulanger (1837-1891) ministre de la guerre en 1886. L'historien Zeev Sternhell voit dans le Boulangisme une première synthèse entre les mouvances socialistes et nationalistes aboutissant à un socialisme national. [2] Enfin, il y a l'affaire Dreyfus, constituant un moment de conflit politique majeur. A l'origine, le capitaine Alfred Dreyfus (1859-1935) est accusé d'espionnage au service de l'Allemagne. Il est condamné en 1894. Il s'agit d'une erreur judiciaire. Celle ci va donner lieu à un affrontement entre les partisans du capitaine et les défenseurs de l'honneur militaire, sur fond d'antisémitisme virulent. Ce courant antidreyfusard va se développer sous l’impulsion de Paul Déroulède (1846-1914) qui fonde la Ligue des patriotes et de Maurice Barrès (1862-1923), Chantre du culte des morts et enfin d’Edouard Drumont (1844-1917) penseur antisémite, qui publie la France juive . Charles Maurras (1868-1952) définit le nationalisme intégral caractérisé par l'attachement aux hiérarchies sociales et une volonté de décentralisation du pays.

L'extrême droite dans l'entre deux guerres

Dans l’entre deux guerres, l’extrême droite va se développer dans un contexte de montée des totalitarismes. Dès 1926, les Faisceaux de Georges Valois (1878-1945) se réclament du fascisme italien. D’autres mouvements d’inspirations fascisantes ou cocardiers se développent : Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger (1887-1965), Solidarité française, Parti Franciste de Marcel Bucard (1895-1946) qui sera activement collaborationniste, Croix de feux du colonel de la Rocque. Il faudra y ajouter plus tard, le Parti socialiste de France de Marcel Déat (1894-1955) et le Parti populaire français de Jacques Doriot (1898-1945). Le 6 février 1934 les ligues d’extrême droite tentent en vain de prendre le palais Bourbon. Ce contexte incitera la gauche française à s’unir dans le cadre du Front populaire. En juin 1936, la nomination de Léon Blum (1972-1950) à la tête du gouvernement va réactiver l'antisémitisme. René Mouriaux insiste à juste titre sur la réaction qui se met en place dès la chute du Front populaire, avec le cabinet Daladier. Certains prônent un ministère de la race. Il faut incarcérer tout étranger menaçant l’intérêt national.

Vichy

Après la défaite de 1940, Philippe Pétain (1856-1951), auparavant vice président du conseil, se fait donner les pleins pouvoirs par une chambre désemparée. Pétain est imprégné de pensée maurassienne et notamment par la théorie des cinq états confédérés à détruite : juifs, métèques, protestants, francs maçons, socialistes. L'armée est incarnée par le général Marcel Weygand (1867-1965). A la tête du clergé français, il y a le cardinal Pierre Marie Gerlier (1880-1965), primat des Gaules. Il affirme : "Pétain c'est la France et la France aujourd'hui c'est Pétain". Vichy bénéficiera du soutien de l’armée, de la haute administration, du grand patronat et de la Haute Eglise. Le régime de Vichy est dominé par les monarchistes dans un premier temps, et par les représentants de la grande industrie et de la banque. Les collaborateurs de tendance plus fascisante s'installent à Paris au contact de l'occupant. Le régime de Vichy a une composante fasciste, car il publie des lois raciales : statut des juifs du 3 octobre 1940, deuxième statut des juifs du 2 juin 1941, loi sur les dénaturalisations du 22 juillet 1940. [3]

De la Seconde partie du XIXe siècle à Vichy, l'extrême droite est traversée par une volonté d'autoritarisme alliée à un fort populisme et un antisémitisme marqué.

[1] René Mouriaux, « L’extrême droite en France approche historique », Journée d’études organisée par L’IHS CGT le 19 janvier 2012

[2] Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire 1885-1914 : les origines françaises du Fascisme , Paris, Ed. du Seuil, 1978, p. 56

[3] voir Robert Owen Paxton, La France de Vichy : 1940-1944 , Paris, Ed. du Seuil, 1999, 475 p. (Point Histoire)

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