Louis Blanc (1811-1882) : bicentenaire de sa naissance : hommage

Né il y a deux cent ans, Louis Blanc fut un penseur du socialisme démocratique et l'auteur d'une monumentale histoire de la Révolution française

Il y a deux cent ans, le 29 octobre 1811, naissait Louis Blanc, journaliste historien. Il fut adepte des idées socialistes et fit oeuvre d'historien.

Son milieu familial

Louis Blanc eut pour père un fonctionnaire de Joseph Bonaparte (1768-1844), que son frère l'Empereur avait fait roi d'Espagne de 1808 à 1813. La chute de l'Empire mit la famille Blanc en difficulté. Le jeune Louis Blanc fit ses études au collège de Rodez. Il dut donner des cours pour survivre. Il devint ensuite journaliste. Il se rallie au socialisme. Il collabore notamment au National qui parut de 1830 à 1851. Ce quotidien évolua d'un soutien à la monarchie constitutionnelle au républicanisme modéré. Louis Blanc défend l'idée du suffrage universel dans la France de Louis Philippe Ier (1173-1850), où s'applique le suffrage censitaire. Il va s'affirmer comme opposant au régime issu de juillet 1830. Après la révolution de février 1848, il devient membre du gouvernement provisoire. Il s'exilera en Angleterre après les journées de juin 1848, qui virent l'écrasement des ouvriers parisiens par le général Louis Eugène Cavaignac (1802-1857). Il écrit son Histoire de la Révolution française . Après 1870, il rentre en France et s'oppose à la Commune de 1871. Elu député, il siège à l'extrême gauche.

La condition ouvrière et le socialisme

Son adhésion au socialisme se fait par une prise en compte de la condition ouvrière : dans un de ses écrits nommé Organisation du travail, il souligne " En demandant que le droit de vivre par le travail soit réglé, on embrasse dans sa généralité la plus haute, dans sa signification la plus profonde, la cause de l'être humain ; on salue le créateur dans son oeuvre ." [1] Cet ouvrage eut une postérité certaine chez les républicains. Il défend dans cet ouvrage une intervention dans la vie économique et sociale, et en ce sens il est bien socialiste. [2] Louis Blanc pense que les travailleurs doivent s'organiser en coopératives. Il s'agit d'idées autogestionnaires et éloignées de tout socialisme autoritaire. il est de plus étranger à toute notion de lutte de classes. Comme le remarque Francis Demier : " l'idée d'une division de la société en classe est très présente chez Louis Blanc. En revanche, les classes ne sont pas condamnées à s'affronter et la lutte des classes n'est pas le moteur de l'histoire. " [3] Le face à face entre producteurs et détenteurs des moyens de production n'est nullement inévitable, selon Louis Blanc. Le socialisme de Louis Blanc ne rejette' pas la propriété privée, car elle est un droit essentiel. Elle doit être partagée. De plus, Louis Blanc rejette la violence politique, et il pense qu'il faut faire évoluer l'individu de l'individualisme du marché à la communauté. On perçoit une influence chrétienne chez le penseur. En 1848, il est membre du gouvernement provisoire de la jeune IIe république. A ce titre, il met en place le principe du droit au travail, en créant les ateliers nationaux. Louis Blanc souhaitait des ateliers offrant du travail aux ouvriers, en tenant compte de leurs compétences respectives. Finalement, ces ateliers aboutiront à offrir de l'ouvrage d'urgence, à des ouvriers sans travail. La mesure prendra fin avec le succès d'une majorité de républicains modérés aux élections du 23 avril 1848, les premières au suffrage universel masculin.

L'historien

Parallèlement à sa carrière d'homme public, Louis Blanc fait oeuvre d'historien. Il publie Histoire de dix ans 1830-1840 en 1841, Histoire de la révolution de 1848 en 1870 et il publie son oeuvre magistrale Histoire de la Révolution française . Elle est réalisée à travers une méthode scientifique incontestable : il dépouille des sources comme la presse, procès verbaux, brochures diverses. Cette étude sur la Révolution française se fait dans le cadre d'une redécouverte de la période jacobine. Au centre de sa réflexion, on observe préalablement, un rapport entre le Christianisme et l'idée révolutionnaire. Il fait référence à Jean Jacques Rousseau, fondateur d'une religion sociale. Louis Blanc distingue trois principes dans l'histoire : l'autorité, l'individualisme, la fraternité. Or, une des causes majeures de la Révolution française est le triomphe du principe d'individualisme, né de la Réforme protestante. La Révolution française a placé la France au coeur de l'Europe. La France se trouve à l'avant garde du progrès. Elle est dans le sens de l'histoire. [4 Sa démarche d'historien est à lier étroitement à son action d'homme public.

Humaniste, adepte du socialisme démocratique et historien de la révolution française, ses pensées sur l'économie, le travail et le progrès peuvent encore aujourd'hui alimenter notre réflexion. En intégrant bien sûr, la diversité de nos sociétés et de leurs problèmes.

[1] voir Louis Blanc , Organisation du travail , Paris, Au bureau de l’association de l’industrie fraternelle, 1847, p. 4

[2] voir Maurice Agulhon, "Louis Blanc, la république et le socialisme ou la dernière image", in Francis Demier (dir.) Louis Blanc : un socialiste en république , Paris, Grâne, Créaphis, 2006, p. 184

[3] voir Francis Demier, "Louis Blanc face à l'économie de marché in Francis Demier (dir.) Louis Blanc : un socialiste en république , Paris, Grâne, Créaphis, 2006, p. 137

[4 voir Jean-François Jacouty, "Louis Blanc et la construction de l'histoire", in Francis Demier (dir.) Louis Blanc : un socialiste en république , Paris, Grâne, Créaphis, 2006, p. 51-65

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