Louis XVIII (1755-1824) : le monarque et l'homme privé

Louis XVIII fut un roi habile et intelligent, sa vie privée semble marquée par des goûts homosexuels
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Le Comte de Provence

Louis XVIII naît en 1755 à Versailles. Il est le quatrième fils du dauphin Louis Ferdinand et de Marie Josèphe de Saxe. Il est le petit fils de Louis XV (1710-1774) et le frère de Louis XVI (1754-1793). Il fut d’abord Comte de Provence. En 1771, il épouse Marie Joséphine de Savoie (1753-1810). Elle est la fille de Victor Amédée III (17260-1796) Roi de Sardaigne et d’une infante d’Espagne. Durant le règne de son frère Louis XVI, Monsieur comme on l’appelle, se montre volontiers, libertin, voltairien et adepte des idées nouvelles. En 1789, il se montre favorable au doublement de la représentation du Tiers état, aux états généraux de 1789. [1] Tour à tour, publiciste et poète, il travaille de toute ses forces à sa réputation de bel esprit. [2] Il souffrit de sa position de cadet et perdit ses espoirs d’accéder au trône, quand la reine Marie Antoinette donne naissance au Dauphin en 1781, et au duc de Normandie, le futur Louis XVII en 1785. Il semble avoir pratiqué une opposition à son frère Louis XVI. Il émigre en 1791, en même temps que son frère tente de fuir et est arrêté avec sa famille à Varennes.

Le roi

Il se proclame régent au nom de son neveu Louis XVII (1785-1795), après l’exécution de son frère Louis XVI, le 21 janvier 1793. Il se proclame roi en 1795 à la mort de son neveu. Il régnera de manière réelle de 1814 à 1824. Le roi Louis XVIII se montre pragmatique et politiquement habile. Il accepte une constitution, baptisée du nom de Charte, car constitution avait un parfum nettement révolutionnaire. Même si la Charte affirme que tout pouvoir vient du roi, elle accepte les conquêtes politiques et sociales de la Révolution. [3] En août 1815, une chambre ultra royaliste est élue au suffrage censitaire. Louis XVIII finit par dissoudre cette chambre dite introuvable en septembre 1816, pour disposer d’une chambre nettement plus modérée. Cependant cette phase libérale du règne de Louis XVIII prendra fin avec l’assassinat le 13 février 1820 du duc de Berry, fils de son frère Monsieur comte d’Artois et futur Charles X (1757-1836)

La vie privée de Louis XVIII

Son épouse Marie Joséphine de Savoie avait la réputation d’être lesbienne et avait un physique disgracieux. Ce fut tout, sauf un mariage amoureux. L’homosexualité de Louis XVIII est attestée par plusieurs sources. Didier Godard en fait mention dans un de ses ouvrages. [5] Certains pamphlets révolutionnaires semblent supposer des tendances homosexuelles chez le futur Louis XVIII. nous pouvons lire à ce propos : « « Sa dame de Balby qu’il ne sert pas mieux que son épouse » [6] ou « Stanislas Xavier flagellait sa dame de Balby, pendant que Condé l’enculait. Ils se regardaient dans les glaces qui réfléchissaient parfaitement leurs attitudes lubriques et sodomites.» [7] Michel Larivière cite des favoris de celui qui est comte de Provence. [8] Sous son règne, il semble avoir eu des penchants pour son ministre Elie duc de Decazes (1780-1860). François René De Chateaubriand semble faire une allusion à une sympathie toute particulière du roi Louis XVIII envers Elie Decazes : « Est-ce un penchant pour un esclave qui se donne corps et âme, devant lequel on ne se cache de rien, esclave qui devient un vêtement, un jouet, une idée fixe, liée à tous sentiments, à tous les goûts, à tous les caprices de celui qu'elle a soumis et qu'elle tient sous l'empire d'une fascination invincible ? Plus le favori est bas et intime, moins on le peut renvoyer, parce qu'il est en possession de secrets qui feraient rougir s'ils étaient divulgués. » [9]

Donc, Louis XVIII fut un monarque habile politiquement. Il eut l’intelligence de voir ce qui n’était plus possible : son frère Charles X n’eut pas cette habileté et il se fit sacrer à Reims. Louis XVIII n’avait pas souscrit à ce cérémonial, désuet après l’épisode révolutionnaire. Ses goûts masculins semblent avoir été connus au vue de certaines sources concordantes.

[1] Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d’histoire , vol. V, K-M, Paris, Bordas, 1986, p. 2834

[2] Martin Doisy, Manuscrit inédit de Louis XVIII, Précédé d'un Examen de sa vie politique jusqu'à la charte de 1814 , Paris, L.-G. Michaud, 1839, XV-485 p., p. 6

3 [3] Jean Carpentier et François Lebrun, Histoire de France , Paris, Seuil, 1987, p. 267

[5] Didier Godard, Dictionnaire des chefs d’état homosexuels ou bisexuels , Béziers, H&O, 2004, p. 171-175

[6] voir Les délices de Coblentz , Coblentz, Sn., 1792, p. 26

[7] voir Les délices de Coblentz , Coblentz, Sn., 1792, , p. 44

[8] voir Michel Larivière, A poil et à plume : homosexuels et bisexuels célèbres , Paris : R. Deforges, 1987, p. 109-111

[9] cité par Michel Larivière, ibid., p. 110

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