L'ultracisme ou la droite extrême sous la Restauration

L'ultracisme ou refus de la Révolution française de 1789 constitue la première mouture de la pensée de la droite extrême traditionnaliste
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L'Institut d'histoire sociale de la Confédération générale du travail organise des journées d'études. Ces dernières ont pour but de donner au citoyen, les éléments pour se déterminer par rapport aux problèmes de la cité. Le 19 janvier 2012, nous avons assisté dans la ville de Montreuil, à un colloque passionnant sur la pensée et l'histoire de l'extrême droite. René Mouriaux politologue et historien, nous proposa un intéressant survol de l'extrême droite en France de 1789 à 1945. [1] Cette communication est composée d'une partie de son intervention.

La naissance droite gauche à partir de 1789

La Révolution française brise la division féodale des trois ordres, composant les Etats généraux : noblesse, clergé, tiers état. A partir de l'établissement du vote par tête, et non par ordre, demandés par les députés du tiers état et qui va s'imposer dans le tumulte de l'année 1789, une nouvelle configuration politique se crée, Les députés de l'Assemblée constituante vont se placer de la droite à la gauche du président de cette assemblée, en fonction de leur sensibilité : Droite pour les partisans du pouvoir royal et gauche pour ceux, désireux d'affirmer le pouvoir de l'Assemblée souveraine. [2] Globalement, la Droite constitue le parti de l'ordre et de la conservation. Il faut maintenir et combattre les partisans du pas encore. Le mot extrême droite remonte à 1830.

L'ultracisme et la terreur blanche

L'ultracisme rassemble les ultra royalistes de la Restauration. Le but est de restaurer l'Ancien régime et de supprimer l'œuvre de la Révolution française. En 1815, à la suite de la défaite française à Waterloo, éclate la terreur blanche. Elle est l'œuvre des ultra royalistes. Elle est dirigée contre les anciens jacobins et partisans de la Révolution française, mais aussi contre les protestants. [3] Elle occasionna de nombreuses victimes et s'exerça tout particulièrement dans le midi de la France. D'autre part, l'armée et l'administration furent épurées des éléments favorables à 1789 et les anciens régicides sont exilés. Le roi Louis XVIII (1755-1824) obtient une chambre introuvable. Ces ultra royalistes ont comme personnage influent, le propre frère du roi, le futur Charles X (1757-1836). Ils veulent rétablir les droits de la noblesse et du clergé. Le début du règne de Louis XVIII est une période de réaction. Cependant, la révolution de 1830 brisera une première fois leur rêve, en rassemblant les classes moyennes et le peuple, et en aboutissant à l'avènement de la branche cadette des Bourbons : les Orléans, plus libéraux. Le légitimisme ou partisans de la branche ainée constitue la première mouture de l'extrême droite française.

Les racines intellectuelles de l'ultracisme

.L'ultracisme puise ses références intellectuelles dans les anti lumières. [4] Comme le souligne l'historien israélien Zeev Sternhell, les anti lumières constituent une autre tradition, en guerre contre la pensée des Lumières. Elie Fréron (1718-1776) est un anti voltairien. Il combat les philosophes et particulièrement Voltaire, au nom de la tradition. Jacob Nicolas Moreau (1717-1803) est un anti encyclopédiste. En 1757, il publie un pamphlet contre ces mêmes encyclopédistes. Il est un ardent défenseur de la cause royale. Guillaume François Berthier (1704-1782). Il est rédacteur du Journal de Trévoux . Ce journal eut pour principaux rédacteurs des pères jésuites. François Guillaume Berthier compose une réfutation du Contrat social de Jean Jacques Rousseau. Ces auteurs fournissent les bases de la contestation à 1789. A ces auteurs, vont s'ajouter ultérieurement, trois auteurs : l'Anglais Edmund Burke (1729-1797), le Savoisien Joseph de Maistre (1753-1821) et Louis de Bonald (1754-1840). Le premier publie en 1790 Réflexions sur la Révolution française . La révolution est un volontarisme. Il nie la notion de droits de l'homme. Il n'y a que des français, anglais...Il nie les droits à vocation universaliste. Il s'agit d'idées intemporelles. Joseph de Maistre critique la Révolution française, car la société doit être fondée sur l'autorité d'origine divine. Les lois sont intangibles. Le modernisme, l'empirisme et la théophobie sont trois erreurs. De même, Louis de Bonald soutient que l'ordre est immuable. La religion est essentielle. Ce thème de l'autorité sera repris dans la pensée de philosophes contemporains, notamment Hannah Arendt (1906-1975).

Cette pensée constitue la base de l'extrême droite antirévolutionnaire religieuse et traditionnaliste

[1] René Mouriaux, « L’extrême droite en France approche historique », Journée d’études organisée par L’IHS CGT le 19 janvier 2012

[2] voir Denis Richet, « Assemblées révolutionnaires », in François Furet, Dictionnaire critique de la Révolution française , Paris, Flammarion, 1988, p. 453-461

[3] Voir Jean Carpentier et François Lebrun (dir.), Histoire de France, Paris, Ed. du Seuil, 1987, p. 268-269 ou Ernest Daudet, La Terreur blanche épisodes et souvenirs de la réaction dans le midi en 1815 , Paris, Quantin, 1878

[4] Voir Zeev Sternhell, Les Anti lumières : du XVIIIe siècle à la Guerre froide , Paris, Fayard, 2006, 588 p.

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