Main noire, nationalisme serbe et attentat de Sarajevo en 1914

Au début du XXe siècle le nationalisme serbe propre à la situation explosive des Balkans va conduire l'Europe à la guerre
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Au début du XXe siècle, les Balkans se révèlent être une poudrière prête à exploser. La Serbie est indépendante depuis 1878, plus précisément au congrès de Berlin. Ce dernier s'était réuni, suite au traité de San Stefano le 3 mars 1878 mettant fin au conflit entre l'Empire ottoman, la Serbie et la Russie, cette dernière se posait en protecteur des sujets chrétiens du sultan Ottoman.

Le royaume de Serbie avant 1914

En 1903, Pierre Ier accède au trône de Serbie. Il instaure une monarchie constitutionnelle. Parallèlement, on assiste à un renouveau du mouvement serbe, notamment dans la culture et la littérature. Belgrade devient ainsi un point de fixation pour tous les serbes des Balkans. Cependant le royaume de Serbie est un royaume modeste sur le plan géographique. De plus, il a un voisin encombrant, l'Autriche Hongrie. Or, l'empire austro-hongrois prend de plus en plus de place dans les Balkans. En 1878, la double monarchie avait obtenue l'administration de la Bosnie Herzégovine. En 1909, elle l'annexe purement et simplement. [1] Cette mainmise de l'Autriche Hongrie va attiser le nationalisme serbe. De plus, il y a le problème de la Macédoine lors des guerres balkaniques de 1912. Celles-ci se déroulent en deux temps. D'abord il s'agit d'un conflit rassemblant grecs, serbes et bulgares et monténégrins contre l'empire Ottoman. Ce dernier est vaincu et c'est la Bulgarie qui tire avantage. Un second conflit va donc opposer les bulgares aux serbes, monténégrins, roumains et grecs. La Bulgarie finira par recevoir qu'une modeste partie de la Macédoine que se partagent la Grèce et la Serbie. Tout ceci stimule le nationalisme dans le royaume de Serbie

La Main noire

Cette organisation portait comme nom L’Union ou la mort . Elle est nationaliste et son but est de réunir sous la férule du royaume serbe, les territoires yougoslaves restés sous domination autrichienne, et notamment la Croatie et la Bosnie. En 1911, cette structure terroriste, bénéficiant du soutien du gouvernement de Serbie, est refondée sous l’autorité du colonel Apis Dragutin Dimitriévitch (1877-1917) . [2] Ce dernier devait être connu plus tard, pour son rôle dans l’attentat de Sarajevo le 28 juin 1914. La main noire, au départ est constituée de cadres de l’armée serbe. Cependant son recrutement va s’étendre au delà des cadres militaires.

L'attentat de Sarajevo

Cet attentat qui déclenche le premier conflit mondial est l'œuvre d'une organisation nommée L a Jeune Bosnie. C’est une organisation révolutionnaire et terroriste. Précisément, les membres de cette structure qui organisèrent l’attentat contre l’archiduc François Ferdinand d’Autriche (1863-1914) et son épouse la duchesse de Hohenberg et notamment Gavrilo Princip (1894-1918), furent armés par La Main noire . Le gouvernement serbe eut vent de l'attentat et il tenta en vain d'arrêter la machine. L'attentat fut l'oeuvre de sept hommes, parmi lesquels Gavrilo Princip. Après deux tentatives, c'est finalement Gavrilo Princip qui atteignit mortellement l'archiduc et son épouse. Cet attentat était le fruit du nationalisme serbe. L'Autriche Hongrie en s'introduisant dans les Balkans et notamment en Bosnie, suite au long déclin de l'empire Ottoman, allait vers les difficultés. Finalement le 28 juillet 1914, l'Autriche Hongrie déclare la guerre à la Serbie et par le jeu des alliances l'Europe fut plongée dans la Première guerre mondiale.

On le voit plusieurs facteurs rentrèrent en jeu dans cet épilogue. Il y a, dans un premier temps la question du devenir des territoires ex ottomans et notamment l'émancipation des nations comme la Serbie. Dans un second temps, le nationalisme serbe se nourrit du ressentiment développé par la politique autrichienne dans les Balkans. Dans un troisième temps apparaissent le rôle d'organisations terroristes et ultra nationalistes. L'Europe plonge dans la tragédie

[1 Voir Jacques Alain de Sedouy, Le concert européen : aux origines de l’Europe 1814-1914 , Paris, Fayard, 2009, p. 437

[2] Voir Luigi Bonanate, Le Terrorisme international, Paris, Casterman, 1994, p. 38 (XXe siècle, 14)

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