DSK: victime de complot ou héritier de Louis XIV?

Les complots politiques ont fait l'histoire de France. Mais le comportement sexuel de nos grands hommes l'ont faite tout autant.
20 Sept

Lorsque Dominique Strauss-Khan est arrêté à l'aéroport JFK par les policiers de la Port Authority de New York pour agression sexuelle, de nombreuses voix ont rapidement évoqué la thèse d'un complot politique orchestré peu ou prou par l'Elysée pour éliminer le meilleur candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2012. DSK lui-même a évoqué un piège et peut-être un complot dans son interview télévisée du 18 août. Qu'un homme d'Etat, puissant à l'échelle internationale, riche et influent à de nombreux niveaux tombe dans un piège ou soit victime de complots fait partie de l'histoire. Mais le comportement sexuel prédateur de ces mêmes grands hommes d'Etat fait tout autant partie de l'histoire.

La dague de Concini?

Nombre d’opposants politiques, réels ou supposés, ont péri physiquement ou moralement sous les coups de nos tyrans favoris. On pense

  • au sort de Charles le Téméraire, incontrôlable duc de Bourgogne et bête noire de Louis XI;
  • à l’amant de Marie de Médicis, Concino Concini, brutalement assassiné à Paris par l’entourage ambitieux du jeune roi Louis XIII;
  • à la Fronde quand Mazarin s’en prit au Grand Condé,
  • à tous les opposants raccourcis par Robespierre avant d’être lui-même raccourci par des opposants;
  • à Napoléon Ier faisant arrêter et exécuter sans preuve et sans procès le jeune duc d’Enghien qui n’était pas responsable de l’attentat de la rue Saint-Nicaise mais qui était bien coupable de porter malgré lui, les espoirs des royalistes.

La jupe de Mancini?

Mais ceux qui, passant pour des grands connaisseurs d’histoire, veulent inscrire le sort de DSK dans cette lignée passent étrangement sous silence un autre des faits habituels de notre histoire, à savoir le rapport de nos rois, empereurs, présidents du conseil ou président de la République avec le sexe. A moins de considérer qu’Henri IV était un séducteur hors pair, que Louis XIV était doté d’un sex-appeal totalement irrésistible, et que Napoléon Ier était un amant exceptionnel, il y a fort à parier que leur comportement envers la gent féminine serait passible de jugement et condamnation pour harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol s’il avait lieu aujourd’hui.

Dans certains pays, la loi considère même qu'avoir des rapports sexuels avec un subordonné est une forme de harcèlement, même s'il y a consentement, parce que le consentement peut avoir été contraint par le rapport de forces hiérarchique.

Les courtisanes de la cour du Roi Soleil n'avait le choix qu'entre les appétits sexuels du Roi ou une disgrâce en province qui impactait l'ensemble de leur entourage, et les nobles messieurs n'hésitaient pas à contraindre leurs épouses à succomber au Roi pour conserver leurs avantages. Les derniers membres de la dynastie des Valois se sont surtout distingués par leurs moeurs libres, les comportements homosexuels et même incestueux n'étant pas exceptionnels. Leur successeur immédiat, Henri IV, s'il était vraisemblablement un véritable amoureux de la gent féminine, ne s'est pourtant pas privé d'un comportement complusif envers les domestiques, les courtisanes et toute femme qui attirait son regard. On parle pour Henri IV d'une bonne cinquantaine d'enfants illégitimes et chaque grossesse à la cour ou dans le personnel de service était foncièrement suspecte!

Un comportement malheureusement historique

Si l’on considère que DSK encourait, selon les lois de l'Etat de New York, 75 ans de prison pour une seule agression sexuelle qui a duré quelques minutes, on reste songeur face à l’ampleur des peines encourues par des dirigeants qui profitaient chaque soir de leur pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles, certes consenties théoriquement mais sous une pression morale, politique et financière telle qu’il était en fait suicidaire à de nombreux niveaux, pour soi et ses proches, de ne pas être consentant.

Si le meurtre politique est en effet un sport national, le fait est que le « baisodrome » était également le stade préféré de nos chers dirigeants et élites et qu’ils pratiquaient l’agression sexuelle avec une assiduité sportive remarquable ! C’était également vrai à des niveaux sociaux beaucoup plus faibles, comme l’a justement rappelé Jean-François Khan en parlant de « troussage de domestique » ou les serviteurs et servantes servaient parfois (souvent ?) d’essuie-tout aux appétits sexuels de leurs « maîtres ». Ce qui est triste dans les paroles de Jean-François Khan, c’est qu’un homme de gauche, donc théoriquement progressiste et égalitariste, puisse se laisser aller à justifier le comportement de DSK en faisant appel à des notions contre lesquels le Siècle des Lumières et la Révolution Française se sont élevés. La Révolution Française ne serait-elle donc pas entièrement terminée?

D’après ses fidèles, Dominique Strauss-Khan s’attendait à être attaqué pour son soi-disant amour des femmes. Le comportement de DSK avec les femmes était connu, voire redouté, y compris par ses conseillers et on attend encore le résultat de son procès civil a New York qui apportera son lot de révélations ainsi que l'issue de l'affaire Tristane Banon. DSK aurait reconnu devant les policiers lui avoir fait des avances.

A la lumière des ces différents cas et lorsqu’on regarde la longue tradition de prédation sexuelle de nos « puissants » à travers l’histoire, il est pour le moins étonnant de s’offusquer et d’en appeler immédiatement au complot dans le cas de Dominique Strauss Khan. Le complot politique est bien sûr plausible dans sa position, mais l'histoire nous montre que l’agression sexuelle gratuite l’est tout autant et dans ce cas, DSK ne ferait que s'inscrire dans une longue lignée de grands hommes, également grands prédateurs sexuels, de l'Histoire de France.

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