La guerre aérienne en Europe durant la Seconde Guerre 1941-1945

La guerre aérienne prend une ampleur sans précédent pendant la Seconde Guerre mondiale et s'impose comme l'arme de l'avenir.
21 Déc
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Après l'échec de la Bataille d'Angleterre, les Allemands n’abandonnent pas pour autant l’action sur les îles britanniques. Les capacités militaires et économiques de la Grande-Bretagne restent des cibles importantes aux yeux des Allemands qui privilégient au fur et à mesure du temps l’action indirecte sur les approvisionnements des îles britanniques. C’est le début de la bataille aéromaritime de l’Atlantique qui a pour objectif les liaisons commerciales de la Grande-Bretagne avec ses alliés outre-mer. Les Allemands tentent d’interrompre le trafic de marchandises entre l’Amérique et la Grande-Bretagne par l’action conjuguée des U-Boot et des bombardiers quadrimoteurs FW 200 «Condor». De leur côté, les Britanniques bombardent les bases sous-marines et aériennes allemandes en France et pourchassent les sous-marins dans l’Atlantique avec le concours toujours grandissant des Etats-Unis, du Canada, puis plus tard de l’Amérique du Sud.

Barbarrossa

Dans le courant de l’année 1941, les Allemands interviennent aussi dans les Balkans et dans le bassin méditerranéen pour soutenir leurs alliés italiens en difficulté. C’est l’occasion pour les Allemands d’affirmer leur maîtrise de l’air en réalisant de nouvelles opérations aéroportées en Crète et en Grèce, et en bousculant les faibles moyens de la Royal Air Force en Afrique du Nord. Les visées stratégiques d’Hitler le conduisent à décider, au printemps 1941, l’opération Barbarossa pour mettre l’URSS à genoux. Le 21 juin 1941, les troupes allemandes franchissent la ligne de partage de la Pologne et commencent la longue marche vers Moscou. L’aviation allemande, expérimentée par ses précédentes campagnes, ne fait qu’une bouchée de l’aviation russe obsolète et peu nombreuse. L’aviation d’assaut, comme en Europe de l’Ouest un an auparavant, fait des ravages autant dans la faible et désorganisée résistance russe que dans la population civile. L’avance allemande n’est arrêtée que par le froid de l’hiver russe qui interdit une utilisation optimale de la puissance aérienne et qui gèle tout simplement le fonctionnement mécanique au sol. Malgré leurs pertes astronomiques et leur mauvaise posture stratégique, les Russes parviennent à organiser un semblant de résistance pendant l’hiver.

Bombardement stratégique

En Europe, la guerre aérienne prend deux visages distincts. Sur le front russe, l’aviation n’est pas employée au meilleur de ses capacités puisque Soviétiques et Allemands négligent le bombardement stratégique et se concentrent sur une puissance aérienne concentrée sur les opérations terrestres. Les chasseurs russes et allemands s’opposent pour permettre à leurs aviations de bombardement tactique d’opérer dans de bonnes conditions sur le champ de bataille. A l’ouest, les Britanniques, rejoints en 1943 par les Américains, concentrent leurs efforts sur le bombardement stratégique des villes et du complexe militaro-industriel allemand. Les alliés anglo-saxons cherchent à diminuer le potentiel économique allemand pour ralentir la capacité du Reich à faire la guerre. Au sein des alliés, deux conceptions cohabitent. Les Britanniques pensent que le bombardement des villes et de la population allemande peut briser la volonté combative des Allemands tandis que les Américains privilégient les attaques contre les capacités économiques. La guerre aérienne en Europe de l’Ouest prend donc la tournure d’une lutte pour la liberté d’action dans le ciel allemand. La chasse allemande s’organise autour de la lutte contre les concentrations de bombardiers, américains le jour et britanniques la nuit, alors que la chasse alliée, essentiellement américaine, tente dans la limite de son autonomie en vol, de protéger les bombardiers. Au début de 1943, la chasse alliée ne peut escorter les bombardiers jusqu’à leurs objectifs, leurs capacités de carburant étant limitées à la frontière française. Livrés à la chasse allemande, les bombardiers devaient compter sur leurs défenses embarquées pour éviter d’être abattus. Les pertes restent énormes pour l’année 1943, mais elles diminuent au fur et à mesure que les alliés introduisent des avions de chasse à grand rayon d’action.

"The Mighty Eighth"

En 1944, les Américains introduisent le P-51 Mustang dans les rangs de leurs chasseurs. Cet avion est le premier à pouvoir escorter les bombardiers jusqu’en Allemagne. De plus, le nouveau commandant de la mythique 8th Air Force, le général Jimmy Doolittle préconise que les chasseurs ne doivent pas rester collés aux bombardiers dans une posture défensive mais doivent partir à la recherche de la chasse adverse et la combattre là où ils la trouvent. La chasse alliée devient alors une arme offensive qui ne laisse plus aux allemands le loisir d’approcher les bombardiers. Accrochés au décollage, interceptés en phase de montée, poursuivis jusque sur leurs aérodromes, les chasseurs allemands subissent les attaques alliés à un contre cinquante tandis que les bombardiers alliés sont libres d’anéantir les capacités industrielles du Reich. Parallèlement, sur le front russe, l’aviation allemande s’épuise contre les ressources quasi-illimitées de l’URSS et commence à être submergée par le nombre. La qualité des pilotes allemands ne suffit plus pour vaincre des Soviétiques toujours mieux équipés et toujours plus nombreux. En mai 1944, sur les deux fronts, l’aviation allemande n’est plus que l’ombre de celle de 1940.

Overlord

Le 6 juin 1944, les alliés lancent la plus grande opération militaire de l’histoire. Le débarquement de forces alliées en Normandie est précédé de la plus grande opération aéroportée de l’histoire. Près de 20000 parachutistes britanniques, canadiens et américains sont parachutés ou transportés par planeur sur des objectifs sensibles en préparation du débarquement sur les plages. Le débarquement est protégé dans les airs par plusieurs milliers d’avions alliés qui interdiront toute action allemande importante. Le concept nouveau de chasseur bombardier sera largement utilisé en Normandie notamment contre les divisions blindées et les concentrations de troupes allemandes. Capables d’emporter une légère charge de bombes ou de roquettes, les chasseurs-bombardiers sont des avions également capables de mener des combats aériens. Ils remplacent l’aviation d’assaut qui reste trop vulnérable à la défense aérienne. A partir du débarquement de Normandie, les Allemands perdent graduellement du terrain à cause essentiellement de l’écrasante puissance aérienne alliée. Lors de la bataille des Ardennes à la fin 1944, l’aviation alliée est clouée au sol par le mauvais temps. Les troupes terrestres alliées subissent une violente contre-attaque allemande qui ne sera réellement stoppée que grâce à une amélioration de la météo et à la reprise des vols de l’aviation alliée. Les Allemands sont parfaitement conscients que leurs défaites sont dues à la suprématie aérienne alliée, et en janvier 1945, ils jettent tout ce qui leur reste dans une attaque aérienne massive dans l’espoir de réduire la puissance aérienne alliée. Malheureusement pour eux, ce raid est très coûteux en avions et en pilotes et malgré une victoire tactique incontestable, ils ne seront plus en mesure de s’opposer à l’aviation alliée qui mettra seulement quelques semaines à reconstituer complètement ses forces. La guerre en Europe s’achèvera le 8 mai 1945 par une victoire alliée acquise principalement par une stratégie aérienne complète, inventive et puissante.

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