L'aviation dans les guerres modernes

Au cours des conflits modernes dans le golfe Persique ou en Yougoslavie, l'aviation ne perd rien de sa pertinence.
29 Déc
22

La fin de la Guerre froide a fait croire à certains que la guerre aérienne allait quasiment disparaître au profit d’une aviation beaucoup plus axée sur le soutien logistique d’armées de terre en missions de maintien de la paix.

La guerre systémique

Cette idée a été de courte durée puisque le 2 août 1990, l’Irak envahit le Koweït pour avoir un accès plus étendu au golfe Persique et pour mettre la main sur les richesses insolentes de ce petit émirat. Les résolutions de l’ONU qui commande le retrait de l’Irak n’ayant pas été suivies d’effet, la coalition d’une vingtaine de pays, menée par les Etats-Unis, déclenche l’opération Tempête du désert pour libérer le Koweït. Le commandant des forces coalisées, le général Schwarzkopf, applique les théories développées par le colonel Warden de l’US Air Force. Ces théories sont basées sur l’analyse des différents systèmes de fonctionnement de l’ennemi et la capacité de mener une campagne aérienne chirurgicale contre des points précis du fonctionnement ennemi pour provoquer son effondrement. Contrairement aux guerres précédentes, cette nouvelle stratégie évite les bombardements massifs et peu précis contre des objectifs purement militaires et préconise d’attaquer les différents éléments qui permettent à l’ennemi de combattre. Cette stratégie est permise par la capacité naturelle des avions à atteindre n’importe quel point sur la surface de la terre.

L'Irak paralysé

Déclenchée en janvier 1991, la campagne aérienne vise tout d’abord la supériorité aérienne. Les systèmes de défense aérienne et anti-aérienne irakiens sont détruits par des attaques d’hélicoptères, par des frappes à distance de missiles autoguidés ou par des bombardements. Les quelques sorties de l’aviation irakienne sont très rapidement arrêtées par des frappes sur les bases aériennes, sur les dispositifs de soutien logistique et par de brefs combats aériens qui ne laissent aucune chance aux Mig irakiens. Une fois débarrassée de toute menace potentielle dans le ciel irakien, l’aviation alliée s’attaque aux centrales électriques, aux centres de télécommunications, aux centres de commandements politiques et militaires, aux nœuds de communication routière et ferroviaire, aux ponts sur les cours d’eau, aux garnisons, aux camps d’entraînement et aux zones de stockage de l’armée irakienne. En quarante-huit heures, le haut commandement irakien ne peut plus commander ses forces armées et n’a plus aucun moyen de savoir ce qui se passe sur le terrain. Les forces irakiennes, isolées, incapables de communiquer et sans soutien logistique n’opposent qu’une faible résistance au Koweït et ne peuvent s’opposer aux pénétrations sur leur territoire. Au bout de trois mois dont deux mois de campagne aérienne exclusive, le Koweït est libéré par la coalition.

La guerre "zéro mort"

La première guerre du Golfe vérifie les théories du colonel Warden qui sont améliorées au cours des années 1990, au point que les Etats-Unis parviennent à envisager une forme de guerre «propre», avec une prévision de pertes amies et ennemies très limitées et sans aucune comparaison avec les conflits précédents. Cette stratégie repose sur une acquisition et un traitement de l’information et du renseignement très poussés et très précis, une analyse très efficace des fonctionnements et des systèmes utilisés par l’ennemi et un traitement méthodique des cibles choisies par des munitions dites intelligentes, c’est-à-dire autoguidées ou guidées de façon très précise sur la cible. On a donc pu voir des bombes guidées par laser tomber dans les cheminées des bâtiments visés. L’utilisation des munitions intelligentes, associées à un ciblage précis et efficace, permet de prévoir un taux de pertes minimal. Au cours de la guerre du Golfe, seul un faible pourcentage des armes aériennes était intelligentes mais au cours des années suivantes, ce taux a augmenté aussi rapidement que progressait la technologie.

Yougoslavie

Le début des années 1990 voit également éclater les guerres ethniques en Yougoslavie, où Serbes, Croates, Monténégrins, Bosniaques, Musulmans et Kosovars se livrent à d’atroces combats et à des massacres de populations qui poussent rapidement l’ONU à tenter de s’interposer entre les factions combattantes. Après le règlement plus ou moins pacifique des situations dans le nord-ouest de l’ex-Yougoslavie, les tensions entre Kosovars d’origine albanaise et Kosovars d’origine serbe prennent le devant de la scène. Au Kosovo, les Serbes se livrent à une épuration ethnique en prétextant un conflit territorial et historique avec les Albanais. Après plusieurs tentatives de conciliation infructueuses de la part de l’ONU, l’OTAN décide, en 1999, d’intervenir pour faire cesser les opération militaires et paramilitaires serbes au Kosovo.

Les frappes de l'OTAN

L’OTAN planifie et exécute alors une campagne aérienne basée sur l’analyse systémique de l’ennemi comme durant la guerre du Golfe. Cette fois-ci, les frappes sont chirurgicales au point que les alliés ne détruisent pas entièrement leurs objectifs mais les endommagent seulement, en prévision de leur restauration ou de leurs reconstructions futures. Ainsi, des centrales électriques sont neutralisées par un bombardement qui nécessite un temps donné de réparation plutôt que de simplement les pulvériser. Le taux d’utilisation des munitions intelligentes augmente de manière significative et au bout de trois mois de frappe, le président serbe Milosevic accepte de négocier une sortie de crise et de conclure un plan de paix pour le Kosovo. C’est le premier cas de guerre ou les objectifs politiques sont atteints uniquement par l’aviation, sans intervention des troupes terrestres.

Le 11 septembre

Le 11 septembre 2001, des terroristes islamistes inaugurent une forme très inattendue de guerre aérienne en lançant des avions de ligne sur des bâtiments civils et militaires au Etats-Unis. Les deux tours du World Trade Center de New York s’écroulent tandis qu’une aile du Pentagone, siège de la défense américaine, est enfoncée. Ces attentats terroristes causent plusieurs milliers de victimes et lancent les Etats-Unis et leurs alliés dans une guerre contre le terrorisme. En novembre 2001, les américains lancent une campagne aérienne au-dessus de l’Afghanistan pour faire tomber le régime des Talibans qui soutient activement le terrorisme islamiste. Malgré l’absence quasi-totale de moyens aériens talibans, les américains s’assurent d’abord de leur liberté totale d’action dans le ciel afghan avant de mener des actions d’appui et réduction des troupes adverses grâce aux chasseurs bombardiers et aux « Gunships », quadrimoteurs de transport équipés de canons et de mitrailleuses latérales capables de mener des combats terrestres et de servir de poste de commandement d’opérations terrestres. Même dans les combats de guérilla des montagnes de Tora-Bora, les américains ont privilégié l’action aérienne par munitions intelligentes pour atteindre les réduits terroristes islamistes.

Une aviation de plus en plus innovante

La précision demandée par ce type de guérilla nécessite une collaboration accrue entre l’aviation et les commandos d’opérations spéciales capables de désigner les cibles à traiter. La campagne d’Afghanistan est également marquée par l’engagement opérationnel des drônes de reconnaissance et de combat. Ces avions téléguidés mènent des missions de reconnaissance au-dessus de zones sensibles où la discrétion est primordiale et peuvent même effectuer des missions de tir sur de petites cibles difficiles à traiter à la fois par l’aviation classique et par les commandos spéciaux. L’avantage de ces avions, outre leur petite taille, réside dans le fait qu’ils coûtent moins cher que des avions classiques et qu’ils peuvent être employés dans des missions de tir ou de reconnaissance beaucoup trop risquées pour y consacrer un avion classique et un pilote entraîné. Certains de ces appareils peuvent emporter un ou plusieurs missiles et peuvent agir contre des véhicules légers comme au Yémen à l’été 2003 contre une jeep contenant des responsables de l’organisation terroriste Al-Qaeda.

L'Irak en 2003

En 2003, c’est à nouveau le dictateur irakien Saddam Hussein qui est au centre des préoccupations des occidentaux. La présomption concernant les programmes d’armes chimiques, biologiques et nucléaires irakiens causent de profondes divisions parmi les alliés. Les Etats-Unis forment une coalition sans l’accord de l’ONU et lancent une campagne militaire en Irak dans le but d’éliminer la menace des armes de destruction massive irakiennes. Contrairement à ce qui s’est passé précédemment, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne lancent conjointement une campagne aérienne et une campagne terrestre. Le bombardement commence seulement quelques heures avant l’entrée des troupes coalisées sur le sol irakien. Mais les effets de la campagne aérienne sont les mêmes que dans les conflits précédents. La défense irakienne, déjà très affaiblie par les douze années d’embargo, est rendue inefficace par des attaques contre les systèmes d’information et de renseignement et les dirigeants irakiens sont, dès le début des hostilités, complètement aveugles sur la situation militaire réelle. Le dispositif politique irakien tiendra quelques jours avant de s’effondrer brutalement sous le harcèlement aérien coalisé. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’engagement des troupes au sol dès le début de la bataille n’a pas conduit à des affrontements terrestres massifs avec les divisions de la Garde républicaine irakienne. Les Américains, lorsqu’il rencontrent une résistance constituée, évitent l’affrontement direct et réduisent la défense irakienne par des bombardements aériens. Ainsi les fameux hélicoptères Apache rompaient les combats contre la garde républicaine et laissait les redoutables bombardiers A-10 ou bien les chasseurs-bombardiers F-16 intervenir à distance, à haute altitude ou à grande vitesse. Ce n’est que devant des défenses irakiennes réduites, isolées et désordonnées que les chars américains peuvent entrer dans Bagdad après seulement trois semaines d’affrontements.

L'avenir est en l'air

Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs estiment encore pourtant que l’arme aérienne perd en pertinence et qu’elle doit revenir à un rôle d’appui aérien et de transport au profit des troupes terrestres qui peuvent seules, selon eux, répondre à la nouvelle forme de guerre imposée par le terrorisme international et par les organisations de guérilla. Cette conception, malheureusement largement répandue, trahit une méconnaissance profonde des capacités et des techniques propres à l’aviation et des tactiques d’opérations et de contrôle de opérations développées par les armées de l’air tout au long de l’histoire. Bien au contraire, l’avenir appartient à ceux qui maîtrisent de la meilleure façon la composante aérospatiale de la stratégie militaire.

Sur le même sujet