L'aviation militaire pendant la Guerre froide

Après la Seconde Guerre mondiale, l'aviation devient un théâtre privilégié pour les affrontements indirects de la Guerre froide.
22 Déc
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La fin de la Seconde Guerre mondiale révèle au grand jour d’autres problèmes internationaux sous-jacents parmi lesquels le sort des juifs, l’expansion du communisme et les mouvements indépendantistes dans les colonies européennes. Très rapidement, et même avant la fin de la guerre, l’alliance de circonstance entre les Anglo-américains et les Soviétiques tourne à la lutte d’influence sur les pays ravagés par la guerre. La conférence de Yalta permet de dessiner l’Europe d’après-guerre, partagée entre l’influence des alliés anglais, américains et français d’une part et des Soviétiques d’autre part. Cet accord fragile n’inclut pas le reste du monde et c’est en Extrême-Orient que les premiers troubles se déclarent avec la guerre civile chinoise. Les forces républicaines de Tchang Kaï Check s’opposent jusqu’en 1949 aux forces communistes de Mao Zedong, soutenues et armées par l’URSS.

La Palestine

L’évènement marquant de ces premières années d’après-guerre est la création, en 1948, de l’Etat d’Israël en Palestine qui est vigoureusement combattue par les nations et les peuples arabes du Moyen-Orient. Grâce à des fonds internationaux, les Israéliens se dotent d’une aviation faible mais efficace contre les tribus bédouines et les nouveaux Etats arabes qui menacent Israël. Les Israéliens comprendront très vite les avantages de l’aviation dans leur contexte particulier. A partir de 1948, ils misent sur l’aviation et se constituent, grâce notamment à leurs liens avec l’avionneur français Dassault, une importante aviation qui montrera par la suite toute l’étendue de ses capacités.

La Guerre de Corée

Le premier affrontement réel qui inaugure la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS se produit lors de la crise de Corée, en 1950. La Corée est alors divisée en deux zones d’influence, comme l’Allemagne. En juin 1950, les Coréens du nord, communistes et soutenus par la Chine et l’URSS, envahissent la zone sud. L’ONU réagit et envoie des troupes sous commandement américain pour rétablir la situation. Pour faire fléchir les nord-coréens, les Etats-Unis lancent une campagne de bombardement sur les capacités économiques nord-coréennes alors que les troupes terrestres réussissent un débarquement audacieux qui déstabilise les nord-coréens qui sont alors repoussés très loin au nord. Prétextant une menace pour sa sécurité, la Chine intervient alors en engageant des avions de chasse à réaction de conception soviétique Mig 15 qui rendent les bombardiers américains obsolètes. Ce n’est qu’avec l’engagement du F-86 Sabre et des premiers missiles air-air que les Américains peuvent prendre l’avantage sur les Chinois et rétablir le front sur l’ancienne frontière des deux Corée. Dans l’impossibilité politique de bombarder les bases en Chine ou en URSS, les Américains doivent acquérir la supériorité aérienne en combat aérien rapproché avec les avions chinois et mettent au point des tactiques de guerre aérienne et de conduite des opérations aériennes. Ces tactiques, et les systèmes d’information et de traitement des opérations qui en découlent, associées aux capacités techniques des chasseurs américains, permettent de maintenir la supériorité aérienne alliée et de limiter le taux de pertes. La guerre de Corée se termine par un statut quo politique qui dure encore aujourd’hui et par une somme importante d’enseignements sur la guerre aérienne. Ainsi, une technologie supérieure peut être complétée de systèmes et de tactiques qui optimisent les compétences techniques. Les opérations aéroportées prennent aussi un nouvel essor grâce à l’utilisation de l’hélicoptère. Au niveau politique, la guerre aérienne a permis de limiter l’escalade de la violence qui aurait pu mener à la troisième guerre mondiale et montrer que la guerre atomique n’est pas inéluctable comme certains le pensaient alors.

L'Indochine et le Canal de Suez

En Indochine, dans le même temps, les Français tentent de limiter l’influence de l’indépendantisme marxiste qui menace militairement la colonie française. Les Français, n’ayant pas su restaurer leur autorité après la Seconde Guerre mondiale, lancent au début de 1954 une opération aéroportée sur la plaine de Dien Bien Phu pour rétablir la présence française dans le nord de l’Indochine et gêner l’expansion du VietMinh. Un pont aérien important fut établi mais en raison de moyens aériens faibles, notamment dans l’appui aérien, la bataille de Dien Bien Phu se termine par une défaite cinglante qui scelle le sort français en Indochine. Pour les français pourtant, rien ne s’arrête là puisque la guerre d’Algérie commence en 1954 et qu’en 1956, la crise du Canal du Suez permet aux français de mener leur première opération extérieure sur avion à réaction. Au cours de cette crise, britanniques, français et israéliens tentent de s’opposer à la prise de contrôle du canal de Suez par les égyptiens. Bien que les opérations militaires se déroulent en faveur de l’alliance israélo anglo-française, le contexte politique est défavorable et la crise se termine par un statut quo général. Même dans cette opération avortée, l’alliance a privilégié la puissance aérienne et les opérations aéroportées qui auraient été décisives en cas de contexte favorable.

La guerre des Six Jours

C’est en 1967 que la guerre aérienne prend une nouvelle dimension. Au cours de la guerre des Six Jours, l’aviation israélienne détruit en quelques heures et en quelques raids la majeure partie des aviations égyptiennes, jordaniennes et syriennes et peuvent encore appuyer les offensives terrestres dans le Golan et dans le Sinaï. La guerre des Six Jours démontre qu’une puissance aérienne efficace dépend de la maîtrise de l’information et du renseignement. L’aviation israélienne, bien renseignée et bien coordonnée, permit de mettre fin préventivement à la pression des voisins arabes qui menacent l’existence même d’Israël. Equipée de Mirage III de conception française, l’aviation israélienne redéfinit la supériorité aérienne en terme de supériorité de l’information et de conduite des opérations.

Le Vietnam

Dans le même temps, les Américains entrent dans la guerre du Vietnam et, malgré une supériorité aérienne indéniable, perdent le conflit pour des raisons autant politiques que militaires. Contrairement aux Israéliens, les Américains manquent de renseignement fiable et conduisent les opérations sans stratégie claire, sans cohérence et sans commandement unifié. Ainsi, le système soutien logistique du Nord Vietnam n’est pas attaqué avant plusieurs années et le choix des cibles de l’aviation américaine obéit davantage au calendrier politique de la Maison Blanche qu’à une réelle stratégie militaire.

L’aviation et la guerre aérienne subissent au Vietnam des mutations profondes en raison du rôle de plus en plus important de la défense anti-aérienne constituée de missiles guidés par thermie ou par radar. Pour la première fois de l’histoire de la guerre aérienne, la supériorité aérienne est remise en question par le nombre et le perfectionnement des systèmes de radars et de défense anti-aérienne. Durant la guerre du Kippour, les Israéliens négligent cette menace dans un premier temps et subissent de lourdes pertes autant dans l’aviation de combat que dans l’aviation d’appui tactique. Ils se déterminent alors à commencer les opérations aériennes par l’élimination des moyens de détection et de défense anti-aérienne ennemis avant même d’engager le combat pour l’acquisition de la supériorité aérienne face à l’aviation ennemie. Les américains, au Vietnam, suivent un cheminement similaire et mettent au point les tactiques de suppression systématique des capacités de défense aérienne ennemies, appelées aujourd’hui SEAD (Suppression of Enemy Air Defense). Le Vietnam voit aussi un développement très important de l’hélicoptère en tant qu’outil tactique de transport de troupes et en tant que vecteur d’appui aérien localisé.

La supériorité occidentale

La guerre du Kippour montre une fois de plus la supériorité de l’entraînement des pilotes, du matériel et des tactiques de combat occidentaux face aux aviations formées à l’école soviétique. Malgré l’échec politique des américains au Vietnam, le Nord Vietnam n’a jamais été en mesure de mener des actions militaires décisives tant que les américains maintenaient leur présence aérienne sur la région.

La guerre du Kippour démontre qu’un ancien principe de guerre aérienne reste d’actualité. Même au pire moment de la situation terrestre pour Israël, l’armée israélienne a continué à privilégier l’acquisition de la supériorité aérienne, en assurant la victoire finale, alors qu’ils auraient pu céder à la tentation de jeter l’aviation dans la bataille au sol en prenant le risque d’être anéantis par les aviations ennemies non neutralisées ainsi que par les systèmes sol-air.

Par la suite, ce sont les Israéliens qui maintiendront l’aviation au cœur de la stratégie militaire avec leur attaque de la centrale nucléaire irakienne Osirak en 1981 et en détruisant un quart de l’aviation syrienne au cours de leur intervention au Liban en 1982. Equipés depuis les années 70 en majorité de matériel américain, les Israéliens seront à la pointe de la doctrine d’emploi de l’aviation tant dans le domaine de la supériorité aérienne que dans l’appui au sol et même dans la guérilla urbaine qui les oppose régulièrement aux Palestiniens.

Les années 80

Au cours de la fin des années 70 et des années 1980, l’Afrique, le Maghreb et le Moyen-Orient deviennent ou bien continuent à être des zones d’instabilité chronique qui nécessite l’intervention plus ou moins musclée des pays occidentaux sous mandats des Nations Unies. Ainsi la France déploie à plusieurs reprises des éléments aériens en Afrique, comme en Mauritanie ou au Tchad pour participer à des opérations de maintien de la paix ou d’intimidation. La lutte de la France et des Etats-Unis contre le dictateur libyen Khaddafi à partir de 1983, par exemple, nécessite une présence française permanente au Tchad, au prix de la vie des quelques pilotes français, et le déploiement d’un porte-avions américain en Méditerranée

Non des moindres, le terrible conflit entre l’Iran et l’Irak voit aussi s’affronter des avions français, russes et américains, affrontements qui tourneront le plus souvent à l’avantage des chasseurs iraniens de conception et de formation américaines.

La fin de la Guerre froide, à partir de 1989, sonne la fin des conflits indirects par alliés interposés entre l’URSS et les USA. Il faut tout de même noter que les affrontements aériens ne furent pas toujours indirects. Des avions espions des deux camps furent interceptés de part et d’autre, et certains mêmes abattus, sans que ces incidents ne mènent à des affrontements à grande échelle.

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