Gros plan sur la violence à l'école

La France se distingue par une montée de la violence anti-institutionnelle plus forte qu'ailleurs. Panorama d'une violence à l'école presque ordinaire.

« Si tu m’crois pas, t’vas voir ta gueule à la récré », chantait l’ami Souchon. Les cours de récré ressemblaient-elles déjà à des terrains de boxe à l’époque ? Peut-être bien. Reste qu’aujourd’hui, notre douce France se distingue de plus en plus par une montée de la violence anti-institutionnelle plus forte qu’ailleurs semble-t-il. Brutalité et harcèlement physique et/ou psychologique exercés sur les personnels enseignants ou entre les enfants eux-mêmes se hissent en effet régulièrement en haut de l’affiche médiatique.

Une violence qui a toujours existé

Les actes les plus fréquents sont les violences physiques sans arme (29,7 %), suivies des insultes et menaces graves (26 %). Le port d'arme et les violences sexuelles restent peu nombreux. Quant au port d'arme à feu, 35 ont été recensés. Enfin, 88 % de ces événements ont donné lieu à des suites internes contre leurs auteurs et 23 % à des plaintes. Ces chiffres proviennent de la base de données ‘Signa’ qui ne comptabilise que les faits les plus graves, cela afin d'éviter qu'on ne confonde le chahut d'une classe et les actes les plus violents. Par ailleurs, il ne s’agit ici que d’une vision du secteur public, le privé n’étant pas encore intégré. Ceci étant dit, il apparaît donc évident que l’on est encore loin de la réalité. D’autant plus que nombre d’établissements n’ont pas « collaboré » à la création de la base. Ainsi donc, les chiffres présentés ci-dessus font certes froid dans le dos, mais ils sont probablement bien pires encore ! Alors pourquoi cette violence ? La violence est-elle un phénomène nouveau ? Existait-elle quand l’école était plus close, plus autoritaire, plus sûre de ses valeurs ? Rien n’est moins sûr. La brutalité dans les écoles a toujours existé et ce, depuis l’aube de l’enseignement.

Fut un temps où les violences scolaires s'étaient même pacifiées, tant du côté des adultes que des élèves. Parallèlement, cette image « pacifique » de l’enfance et de la société en général ne permettait aucune médiatisation d’une quelconque forme de violence. Cette fantaisie utopique s’est imposée sans trop de difficultés jusqu’à un certain moi de mai 1968. Le raz le bol est palpable, ça ne passe plus… ça casse ! Finie la belle ronde scolaire, les pavés volent ! Ainsi, les Français découvrent – parfois avec stupeur – que les établissements scolaires, temples de la connaissance et du bien vivre en société, peuvent être de véritables poudrières. Dès lors, il semble inutile de nier l’évidence. On commence ainsi à parler de « violence en milieu scolaire ».

Une "continuité de la rue au sein de l’établissement scolaire"

Quelques enquêtes ont commencé à être menées. Mais il convient de souligner leur caractère partiel : elles ne prenaient en compte qu’une partie du problème, à savoir la dimension des crimes et délits.

Ainsi que les chiffres officiels l’avaient suggéré, ce n’est pas uniquement en terme de crimes et de délits qu’il fallait illustrer la violence à l’école. A partir des années 80, d’autres indicateurs commencent ainsi à être pris en compte. Il y a plus de 20 ans, il était déjà clair que le climat se dégradait à mesure que les difficulté sociales et scolaires vécues par les élèves augmentaient. La violence scolaire étaient donc liée directement aux conditions sociales des élèves. Plus clairement, on retrouvait – et l’on retrouve toujours - une « continuité de la rue au sein de l’établissement scolaire ». Et justement, dans ce « monde de la rue » erre une population en quête de repères qu’elle ne parvient plus à trouver.

Révolue l’époque cartésienne du « je pense donc je suis », place aujourd’hui au « je brille donc je suis ». Et inévitablement, la perte de ce bien-être spirituel aboutit à un mal-être croissant chez ces jeunes qui réclament des valeurs et des repères à une société qui ne semble plus capable de leur en donner.

Des délinquants de plus en plus jeunes

Et les délinquants sont de plus en plus jeunes. Des actes de violence ont même été rapportés au sein d’écoles maternelles ! Mais face à des enfants, qui quelquefois sont encore loin de l’adolescence, la justice est aujourd’hui impuissante. Osons avouer que la démagogie gouvernementale y est pour quelquechose ! Au nom du ‘bien penser’, le respect et la tolérance de l’autre –quel qu’il soit- apparaissent comme des devoirs civiques. La société du (presque) tout est permis n’est sans doute pas étrangère à cette violence croissante donc. Mais d’errance urbaine en échec scolaire, ces jeunes rejoignent souvent la politique sectaire de la rue, se retrouvent sans perspectives d’avenir et ne trouvent au final, comme unique moyen d’expression, la violence. Une violence de la rue copiée par les plus jeunes à l’école. La boucle est ainsi (mal) bouclée !

Le débat semble infini même si l’on est bien conscient que la fatalité n’a pas sa place dans la violence scolaire… et en général.

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