Quand les enfants font... des enfants

La tendance est réelle. Depuis quelques années, de plus en plus de mineures tombent enceintes en France et et Europe.

C’est un fait : depuis une quinzaine d’années, de plus en plus de mineures tombent enceintes en Europe et en France. Plus de la moitié des ces adolescentes de moins de 18 ans décident de conserver l’enfant, et de nombreux jeunes pères décident également d’assumer leurs responsabilités. Une manière pour certains de vouloir briser la morosité ambiante, d'affirmer leur existence en tant qu'adultes, voire de renforcer leur couple. Selon une étude menée par l’Unicef il y a déjà dix ans, l’Angleterre tient en Europe la tête du peloton avec près de 30 grossesses pour 1000 adolescentes, 25 pour 1000 en Autriche, 20 pour 1000 en Allemagne et 15 pour 1000 dans l’Hexagone. C’est en Hollande que ce taux est le moins élevé avec 7 grossesses pour 1000 mineures.

Reste que ces jeunes gens ne savent pas toujours ce qui les attend. Quand les enfants eux-mêmes se mettent à faire des enfants, c’est tout leur univers qui se trouve bouleversé. C’est un véritable défi à relever par toute la famille. A commencer par les parents qui vivent souvent cela comme un réel choc et qui peuvent commettre de graves erreurs en mettant l’accent sur tous les problèmes qu’une grossesse précoce peut engendrer plutôt de commencer par rassurer leur enfant.

Touchés d’une part par l’événement en lui-même et par l’incompréhension de leur famille, certains très jeunes parents sont allés jusqu’à se suicider. Appréhension d’une visite chez le gynécologue, douloureux abandon du cocon familial, mauvaise utilisation des moyens de contraception sont autant de causes à cette augmentation du nombre de grossesses chez les mineures.

D’autres raisons peuvent aussi expliquer ce phénomène. Premièrement, la majorité sexuelle commence de plus en plus tôt – certaines filles ont leurs règles dès 9 ans – deuxièmement, les jeunes, entre eux, se sentent de plus en plus tenus à une obligation de « performances sexuelles » selon les sexologues.

Spirale difficile pour la parentalité précoce

Cela est dû à l’omniprésence de la sexualité dans l’existence des ados, notamment à la télévision, dans la publicité et les jeux vidéos. Enfin, même si les choses ont beaucoup évolué, il semble qu’il reste encore beaucoup à faire dans le domaine de la sensibilisation à la sexualité à l’école. On constate par ailleurs que dans la plupart des pays étudiés, les filles issues de milieux défavorisés ne s’intéressent pas aux cours en général, et à ceux d’éducation sexuelle en particulier. Beaucoup veulent à tout prix tomber enceinte.

Un peu d’optimisme dans tout ça malgré tout. D’un point de vue sanitaire, le jeune âge - à partir de 15 ans toutefois - présente assez peu de risques médicaux supplémentaires. D’ailleurs, on parle moins de césariennes chez les jeunes filles que chez les femmes plus âgées. Attention toutefois car cette population a tendance à prendre moins bien soin de sa santé que les autres femmes (tabac, alcool, rythme de vie trépidant…). Il existe toutefois, comme pour toute grossesse, des risques médicaux chez les femmes de moins de 15 ans. Des risques pouvant être atténués par un encadrement médical vigilant et compréhensif et un climat affectif et social favorable. Ces risques sont notamment liés au retard qu'une adolescente prend parfois pour aller consulter et à l'insuffisance de la surveillance médicale.

Davantage de risques sanitaires chez les moins de 15 ans

L'immaturité du bassin osseux de la très jeune femme expose par ailleurs à un taux plus élevé de travail prolongé et d'accouchement difficile. Le développement du bassin se fait plus lentement que la croissance. La maturité de celui-ci dépend davantage de l'âge gynécologique que de l'âge chronologique. Plus le laps de temps qui sépare la première menstruation de l'accouchement est court, plus ce risque est grand. Les risques d'accouchement prématuré et ceux de mettre au monde un bébé de petit poids sont également plus importants que dans la population générale. Le risque de malformation congénitales est plus élevé que chez la femme adulte et d'autant plus grand que la mère est jeune. À tous ces dangers de maternité qui menacent la mère autant que le bébé, s'ajoutent ceux d'une alimentation mal équilibrée et de conditions sociales et affectives préoccupantes.

Du côté des aides accordées à ces très jeunes mères, elles sont certes nombreuses en France (financières, conseillères, centres supervisés…) mais n’empêchent souvent pas d’échapper à la spirale difficile de la parentalité précoce. Ces jeunes ont souvent autant de besoins que leur enfant et n’ont pas toujours la capacité de lui accorder suffisamment d’attention. Ni mauvaises, ni bonnes mères, simplement adolescentes.

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