Akira Kitô, des mythes du Japon aux mœurs urbaines

Avec une fausse naïveté, l'artiste japonais Akira Kitô a exploré les sources mythiques japonaises avant de se faire un observateur de la vie citadine
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Akira Kitô (1925-1994) a été relativement oublié en France, en grande partie à la suite de sa décision brutale de regagner son pays natal en 1970. Cet artiste talentueux a pourtant longuement vécu en France et fut l'un des plus intéressants parmi les artistes japonais venus s’installer dans la capitale française après la seconde guerre mondiale.

Se libérer de l’héritage familial et découvrir les autres cultures artistiques

Selon la légende familiale, les Kitô devraient leur nom, qui signifie littéralement "Tête de diable", à l'un de leurs ancêtres ayant débarrassé son pays d'un redoutable bandit et reçu témoignage de la gratitude de l'Empereur, qui les aurait ainsi baptisés.

Fils et petit-fils d'artistes (son arrière-grand-père est peintre à la Cour du Japon et son père est également un peintre traditionnel reconnu), Kitô décide en 1953 de quitter le Japon. Il s'installe à Paris, où il espère pouvoir se libérer de son lourd héritage familial. Il découvre alors l’art occidental, depuis les chapiteaux romans jusqu’à Paul Klee, qu’il admire par-dessus tout. Etudiant à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris de son arrivée à 1957, il se sent cependant surtout attiré par les formes primitives d’expression, de toutes civilisations.

Un retour aux sources de la culture japonaise

Proche des anciens membres du groupe Cobra, Kitô s’adonne d’abord à une figuration non dénuée d'humour et de fausse naïveté, dans l'esprit de son maître Paul Klee ou de Jean Dubuffet, avant de retourner aux sources de sa culture natale. Sur des fonds de couleur labourée, rouge le plus souvent, il donne vie à des images totémiques issues des mythes du Japon. Les signes fabuleux, encore aisément lisibles, cèdent ensuite la place à des sujets plus dramatiques, en particulier à de puissantes évocations infernales. Le thème est alors fréquent chez les jeunes artistes japonais de Paris qui, avec l'éloignement physique, redécouvrent leur culture natale ; le sujet est également une manière symbolique de rappeler les noires années que vient de traverser le monde, à peine sorti du drame de la seconde guerre mondiale. Enfin, dans le cas de Kitô, la relation avec son héritage familial personnel est évidente, en évoquant son propre patronyme. Des divers motifs associés par Kitô aux thèmes infernaux, un élément devient récurrent, sorte de quadrillage noir, tour à tour « Donjon » ou « Porte de l’Enfer ». Une grisaille sombre remplace dès lors souvent les couleurs vives.

Un témoin des mœurs citadines de son temps

En 1961 toutefois, Kitô retrouve le sens de l’humour qui caractérisait ses débuts, et redécouvre la couleur. Si les figures de légende ne disparaissent pas entièrement, l'artiste se consacre surtout à une traduction, dans un humour tantôt léger tantôt grinçant, des mœurs parisiennes, ou tôkyôïtes après son retour dans son pays natal. L'influence de Dubuffet, après avoir connu une courte éclipse, regagne la prépondérance qu'elle avait auparavant, comme les souvenirs de la fréquentation de Cobra, révélés par la franchise des tons et l'apparente spontanéité enfantine et fantaisiste des sujets peints. Quelques toiles purement abstraites, aux tonalités plus fondues, scandent cependant encore le travail de Kitô dans les années 1960, avant un retour complet à la figuration.

Des œuvres d’Akira Kitô sont conservées dans de nombreux musées et collections, au Japon, mais aussi en Europe ou aux Etats-Unis.

Sébastien Kitô, fils d’Akira Kitô, perpétue la tradition familiale et est devenu un sculpteur à la renommée grandissante. Son travail est visible sur son site : http://www.sebastienkito.com/

En savoir plus

La représentation du oni chez les artistes yôga des années 1950, en particulier chez les artistes séjournant à Paris, Valérie Douniaux, dans Japon Pluriel 5 , Actes du 5e colloque de la Société Française des Etudes Japonaises, Editions Philippe Picquier, 2004.

http://sfej.asso.fr/site/info/RsesD.html

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