Cabinets de curiosités intimes, une collection de collections

Les expositions se fondent souvent sur la présentation d'une collection publique ou privée, mais rarement sur une collection de collections !

Réunir une collection de collections. C’est le parti ambitieux relevé par la série des Cabinets de Curiosités , présentés à l’occasion de Lille 3000 sur divers lieux de la métropole lilloise, en particulier à la Maison Folie Hospice d’Havré de Tourcoing, un hospice médiéval reconverti en lieu culturel.

Une exposition ludique et riche en découvertes surprenantes

Les Cabinets de curiosités intimes installés dans les magnifiques espaces de l’Hospice d’Havré offrent mille et une surprises aux visiteurs et se montrent tour à tour touchants et amusants, mais en tous cas toujours surprenants.

Ludique et chaleureuse, l’exposition est une mine de découvertes. La visite s’ouvre avec les poupées russes du "matriochkaphile" Jean-Pierre Laurent. Tout le monde connaît ces fameuses figures-gigognes, mais peu de personnes savent qu’elles sont inspirées de poupées japonaises, découvertes par un Russe en voyage dans l’archipel nippon.

Les petites voitures de pompiers réunies par « l’autodepompierphile » (ou "miniaturophile") Yves Decroix, les bateaux en bouteille de la « botumodélophile » Françoise Spannagel, les Playmobils sur le thème de la montagne de Frank Gautier ou les dînettes de l’artiste et « dineserviphile » Aurore Janon, réveillent l’enfant qui sommeille en chaque visiteur. Et il ne fait aucun doute que les moulins à mayonnaise du « battophile », « culinofagophile » ou « cuisinophile » Patrick Cools rappellent aussi bien des souvenirs délicieux à nombre de visiteurs.

Les « capéophiles » Claire-Agnès Pagenel et Carolina Covarelli Laumen accumulent les chapeaux, achetés, trouvés, hérités d’amis ou de la famille. Chacun de ces couvre-chefs est le témoin d’une époque, le porteur d’une histoire, et leur réunion est un témoignage de l’évolution du goût et de la mode au fil du temps. Longtemps tombés en désuétude, les chapeaux semblent de nouveau connaître une certaine popularité, qui semble faire espérer un regain d’activité pour les modistes et chapeliers, métiers en voie de disparition.

Les collections comme support d'une réflexion

Les collections sont donc également matière à réflexion, comme le prouve aussi celle d’Eric Monin, un spécialiste d’architecture devenu « saccuplastikophile », c’est-à-dire collectionneur de sacs en plastique. Mais pas de n’importe quels sacs. Sa collection se concentre sur les sacs publicitaires, représentant une architecture (en général le magasin qui a donné le sac). Une collection qui interroge donc à la fois sur le patrimoine architectural commercial et sur la représentation de l’architecture sur les supports du quotidien (sacs, bouteilles…). La publicité est également au cœur de la collection de Philippe Gallois, un « publiphile » qui se passionne pour les objets estampillés Carambar et Delespaul-Havez et Carambar, deux grandes marques régionales de confiserie (la barre de caramel Caram’bar étant à l’origine une création Delespaul-Havez). Un souffle de nostalgie et une belle page d’histoire locale pour les nordistes.

Art et collection

Glumo, visiteur incongru de la manifestation, est lui-même devenu l’objet de collections passionnées depuis sa naissance, il y a plus de dix ans. Créé par deux sœurs artistes d’origine nordiste, ce mystérieux personnage a déjà fait le tour du monde, en participant à de nombreuses expositions internationales ou en voyageant dans les bagages de ses collectionneurs. Il revient dans sa région natale pour envahir joyeusement l’espace de l’Hospice d’Havré et rappeler qu’art et collection sont également deux termes inextricablement liés, la passion des uns permettant le développement, la transmission et la conservation des œuvres issues de l’imagination et du talent des autres.

Collectionner les mots et les sentiments

Johann Vandomber est un « signopaginophile » (collectionneur de signets de livres) et même plus que cela car il a décidé de précieusement conserver tous les objets trouvés dans les livres qu’il récupère. Des signets donc, mais aussi des mots, des photos, des images pieuses… toutes sortes de témoignages de la vie du propriétaire du livre.

L’exposition rappelle d’ailleurs avec justesse que l’acte de collectionner ne s’applique pas seulement aux objets, et qu’il est possible aussi de collectionner les sentiments, les mots… Bernadette Appert, de la compagnie Zaoum a réuni une collection de mots d’amour. A partir d’un questionnaire, inspiré des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, l’artiste a collecté, auprès d’un public varié, des « fragments d’intime » ensuite susurrés aux oreilles des visiteurs par de vieux casques à permanente. Tandis qu’une ancienne cabine téléphonique permet de laisser un message après l’écoute de ces témoignages parfois tendres, parfois cruels, drôles ou dramatiques.

Mettre le public à contribution

Outre les messages laissés par les Tourquennois dans les casques de Bernadette Appert, le public a aussi été mis à contribution dans l'exposition avec un appel aux chaussettes ressorties esseulées du lave-linge, qu’il leur fallait envoyer à l’Hospice d’Havré avec le récit de la disparition de leur jumelle. Un appel largement suivi, notamment par les écoles municipales.

Par-delà un thème apparemment léger, les Cabinets de Curiosités intimes sont donc vecteurs d'émotions et de réflexion, et définissent une approche accessible et amusante de l'espace d'exposition, où chacun peut tour à tour être visiteur ou acteur.

En savoir plus

Jusqu’au 27 janvier 2013, dans le cadre de Lille 3000, à l’Hospice d’Havré de Tourcoing

http://www.lille3000.eu/lille3000/fr/

http://www.tourcoing.fr/hospice-havre-tourcoing.html.

Sur le même sujet