Hisao DÔMOTO, richesse de la matière et équilibre de la forme

L'artiste japonais au style élégant a su insuffler à ses œuvres un équilibre entre matière et structure

Hisao Dômoto naît en 1928 dans une célèbre famille de Kyôto. Son père est un grand collectionneur de céramiques, calligraphies et peintures anciennes japonaises. Son oncle, Inshô Dômoto (1891-1975), est un peintre traditionnel renommé. Hisao reste d’abord fidèle à l’esprit familial en s’initiant à la peinture japonaise, à l'Ecole des Beaux-Arts de Kyôto. Il connaît vite le succès, mais la découverte de l’art occidental contemporain, par le biais de revues, de la présentation du Salon de Mai au Japon, et surtout d’un voyage en Europe en 1952, décident le jeune artiste à adopter les techniques occidentales. D’abord attiré par le surréalisme, il se lance ensuite dans l’abstraction.

L’aventure de l’Informel

Dômoto s'installe en France en 1955. De 1957 jusqu'au début des années 1960, alors qu'il est sous contrat avec la Galerie Stadler de Paris, il est partagé entre le désir de faire éclater la conception habituelle du tableau par un jaillissement de la matière et son souci plus souterrain de construction. Ses œuvres à l'énergie maîtrisée lui valent de devenir l'un des plus éminents représentants du groupe Informel, mouvance parisienne qui recherche un art neuf, débarrassé des carcans formalistes.

Le jeune artiste japonais expose régulièrement en France et aux Etats-Unis et reçoit rapidement une large reconnaissance critique et publique. Ses toiles, comme celles de son compatriote Imaï, se distinguent dans les productions du groupe Informel par leur virtuosité et leur sens particulier de la couleur. Cette dernière, parfois éclatante et toujours élégante, témoigne d’un esprit différent de celui de l'Informel occidental, dont les adeptes paraissent avoir plus de mal à oublier le traumatisme de la guerre, imprégnant souvent leurs œuvres d’une atmosphère dramatique et sombre.

Avec les Solutions de Continuité , l’art occidental rejoint la tradition japonaise

Même s’il s’en est éloigné, Dômoto garde vivace dans son travail certaines références à l'histoire de la peinture japonaise, et il continue aussi à peindre la toile posée à plat sur le sol. En 1960, un séjour au Japon l'incite à une réflexion sur son parcours. Il lui semble que le choix de l’Informel, s’il se justifie aisément pour des Occidentaux en raison de leur propre expérience de la guerre ou de leur histoire artistique, s'avère par contre dénué de sens pour un Japonais. L'artiste délaisse alors les effusions matiéristes pour s'engager dans la voie d'un équilibre formel. Après l'unité organique de l'Informel, il se mit à diviser la toile en surfaces verticales recouvertes de couches superposées de matière, puis développe ce procédé dans l'espace, créant des œuvres visibles de face comme de dos, alternant souvent côté peint et côté métallique (d'aluminium généralement). Dans ces structures polyptyques proches des paravents, se rejoignent l’art oriental et l'art occidental. Dômoto intitule cette nouvelle étape les Solutions de continuité .

A la recherche d'un langage universel

En 1967, après son retour dans son pays natal, Dômoto s’attache au motif du cercle, qu'il considère comme la forme la plus propice à l’élaboration d’un langage plastique universel. Le cercle lui paraît offrir aussi une source infinie de potentialités créatives: «Si l’on agrandit, cela devient un énorme rond et cela donne une surface. Si l’on réduit, cela donne un point et l’accumulation de ces points donne la ligne. C’est pour cela que la forme ronde est une forme qui recèle énormément de possibilités» explique-t-il dans le catalogue de son exposition au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 1979. Le peintre regroupe d'ailleurs fort explicitement ses travaux des années 1970 sous le terme générique de Possibilités de réactions en chaîne , des réactions dont il a eu la révélation en contemplant le mouvement des vagues.

Les titres attribués aux œuvres de cette période ( Eclipse , Univers ...) dénotent le souci de Dômoto d’inscrire sa démarche dans un vaste contexte symbolique, commun à toutes les cultures et, même si cela n’est pas volontaire, profondément ancré dans les modes de pensée orientaux. A la fin de la décennie, il associe au cercle le carré et le triangle. La réunion de ces trois éléments prend probablement racine dans les souvenirs de son intérêt de jeunesse pour l’art zen .

Jeux optiques

Le dévouement de Dômoto au cercle, bien loin des préoccupations lyriques de ses débuts, le mène vers une abstraction d’apparence plus froide, de tendance «optique». Ce courant abstrait, prédominant dans les années 1970, se consacre aux effets vibrants de formes mouvantes. Cette mutation modifie la conception structurelle des œuvres de Dômoto. Les huiles informelles pouvaient être lues comme des paysages, avec un haut et un bas, tandis que les acryliques postérieures sont envisagées selon un principe d’ensemble, déchiffrable dans n’importe quel sens, une impression fréquemment renforcée par le choix d'un format carré.

Hisao Dômoto est représenté dans de nombreux musées de par le monde, et son travail a fait l'objet d'importantes rétrospectives au Japon, la plus récente en 2005.

Pour en savoir plus :

Dômoto, Retrospective , Musée Seibu, Tôkyô et Musée d'Art Ôhara, Kurashiki, 1987.

Hisao Domoto, retrospective , catalogue de l’importante exposition consacrée à l’artiste en 2005 au Musée National d’Art Moderne de Kyôto et au Musée de Setagaya à Tôkyô.

Le Musée Dômoto Inshô : http://www2.ocn.ne.jp/~domoto/index-e.htm

[1] Dans Yokohama Museum of Art, Selected works from the Collection 1989, ouvrage collectif, Editions du Musée d'Art de Yokohama, 1989, page 98.

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