Jun Mitsui : le bâtiment De Beers à Ginza, Tôkyô

Construit en 2008, le De Beers est l'un des édifices les plus récents de Ginza. C'est aussi de loin l'un des plus innovants, avec sa façade ondulante.

L’édifice est installé dans une rue relativement étroite, appelée Marronnier Street (ou Dôri en japonais) mais qu’on pourrait rebaptiser Diamond Street. Le De beers y a en effet pour proches voisins Mikimoto et Cartier, lequel fait l’angle avec la célèbre avenue Chuô Dôri.

Jeux de reflets et perspectives photogéniques

Juste en face du De Beers, le bâtiment Chanel reflète sur ses murs les vagues ondulantes de l’édifice, créant de superbes jeux visuels, comme on en voit souvent au Japon, tant dans les bâtiments historiques (temples se reflétant dans des étangs…) que dans l’architecture contemporaine. La vue conjuguée du sommet du De Beers semblant s’avancer sur la rue et des douces surfaces rose perle du Mikimoto forme également un effet extrêmement intéressant et terriblement photogénique.

Une étonnante façade ondulante

Le De Beers joue donc avec intelligence de son environnement, et semble se mouvoir avec douceur et force à la fois dans l’espace serré où il est inscrit, sans jamais donner l’impression d’être à l’étroit. Il exploite au maximum l’espace restreint qui lui est alloué, montrant qu’un édifice n’a pas besoin d’être immensément haut ou large pour couper le souffle de l’observateur. Sur une structure à priori classique de building moyennement haut et peu large, l’architecte a imaginé une façade étonnante, vague de verre et de métal, qui semble ondoyer et se tordre au fur et à mesure de son élévation. Une idée à priori simple mais évidemment une prouesse technique. Les derniers niveaux, au-dessus de la boutique du joaillier qui donne son nom à l'édifice, abritent un luxueux restaurant, au spectaculaire vitrail intérieur.

Jun Mitsui, star montante de l’architecture

On retrouve derrière cette ingénieuse réalisation Jun Mitsui (1955), l’un des plus talentueux architectes japonais de la jeune génération. Après des études à l’Université de Tôkyô, il travaille dans le cabinet japonais de Shinichi Okada, avant de partir étudier à Yale. Il travaille ensuite dans la prestigieuse agence de Cesar Pelli et, en 1992, crée Cesar Pelli & Associates Japan, qui deviendra par la suite Pelli Clarcke Pelli Architects Japan, Inc et Jun Mitsui & Associates Inc. Architects.

On doit également à Mitsui le superbe et très agréable nouveau terminal international de l’aéroport de Haneda et le complexe dit The Jewels of Aoyama, construit dans le quartier d’Omotesandô en 2002. L’ensemble doit son nom au souhait de Mitsui d’y mettre en valeur des réflexions lumineuses venant de plusieurs directions, à différents moments de la journée, tout comme un diamant diffuse la lumière. Les façades des bâtiments, de deux ou trois niveaux seulement, y sont en effet fractionnées comme les faces d’un joyau, et recouvertes de lames de bois qui évoquent celles qui protégeaient du soleil les maisons et boutiques traditionnelles japonaises. Ainsi, alors que le De Beers évoque l’élément eau, c’est le bois qui est ici à l’honneur, et toujours aussi le verre. Les éléments constitutifs montrent en tous cas déjà un goût du mouvement et des jeux sur le déséquilibre qu’on retrouve dans le De Beers ; les surfaces semblent prêtes à s’effondrer comme un château de cartes et créent une fois encore une puissante impression malgré les dimensions restreintes.

Le site de l’agence de Jun Mitsui :

http://www.jma.co.jp/

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