La mode de la Belle Epoque

La mode féminine de la Belle Epoque oscille entre valeurs bourgeoises et extravagance, avec des robes à hauts cols le jour et de grands décolletés le soir.
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L’industrialisation, le fort mouvement d’urbanisation et la croissance économique ont provoqué de profondes transformations sociales. Les expositions universelles de 1889 (avec l’inauguration de la tour Eiffel) et de 1900 sont d’importants symboles de la Belle Époque, nom donné a posteriori à cette période prospère mais où de lourdes inégalités subsistent pourtant.

L’époque confirme le triomphe de la bourgeoisie, qui impose ses valeurs à l’ensemble de la société, mais qui recouvre elle-même des réalités très diverses. La bonne société aime à se montrer, et accorde une grande importance à sa toilette, signe extérieur de réussite et de goût. L’Art Nouveau, courant artistique qui favorise les lignes courbes, connaît un large succès jusque dans les arts décoratifs et la mode. Réaction à l’art académique et à l’uniformisation industrielle, l’Art Nouveau s’inspire des formes et structures de la nature, qu’il met au service d’un art cherchant à créer un environnement moderne et harmonieux.

Le costume féminin

La silhouette en S, apparue précédemment avec la tournure, continue d'être à la mode, mais la jupe perd de son ampleur, et n’est bientôt plus soutenue que par un petit coussin ou par de simples jupons. Par contre elle s'allonge dans le dos. La taille reste fine, les hanches larges sont mises en valeur. Avec le nouveau type de corset dit « droit devant » , qui apparaît en 1901, les hanches et les fesses sont projetées en arrière, les reins se cambrent, la poitrine pigeonne. À l’opposé de ce carcan rigide, les vêtements sont fluides, les étoffes douces et légères. On privilégie les tons pâles et pastels. Contrairement aux jupes, les manches deviennent de plus en plus volumineuses et aboutissent aux manches gigot surdimensionnées de 1895 avant de diminuer un peu de nouveau.

La femme peut revêtir trois tenues différentes dans une même journée. Une robe d’intérieur, une robe d’après-midi et une robe du soir. Les robes d’intérieur mettent plus l’accent sur le confort. Les robes du soir sont luxueuses. Les robes de jour sont longues, et recouvrent le corps avec des cols très hauts, souvent en dentelle, et des manches descendant au minimum sous le coude ; tandis que les robes du soir sont très décolletées et à manches courtes. On porte des gants étroits, généralement en chevreau ou en agneau, voire en soie. Pour sortir on revêt des capes de visite, cols en fourrure, étoles…

Seules les femmes du peuple sortent tête nue la journée et le chapeau demeure un élément essentiel de la tenue des dames. Le teint hâlé étant jugé vulgaire, le chapeau sert aussi à protéger les visages des rayonnements solaires, et certaines femmes portent des voilettes. Les chapeaux de la Belle Epoque renouent avec l’extravagance des coiffures de cour du XVIIIe siècle, avec des constructions surchargées de plumes, faux fruits, fleurs… C’est vers 1910, alors la silhouette se simplifie et s'amincit, que les chapeaux sont les plus imposants.

Pour s’adapter à ces immenses chapeaux, la coiffure féminine prend également du volume, avec des mèches postiches et des rouleaux de crin. La coiffure du soir est la même qu’en journée, haute et bouffante en début de siècle, en chignon bas avec quelques mèches bouclées encadrant le visage vers les années 1910, mais le soir on délaisse le chapeau pour lui préférer des ornements d’aigrettes, de bijoux. L’époque est célèbre pour ses bijoux, notamment ceux marqués par l’esprit Art Nouveau et conçus par de grands artistes et artisans de l’époque, tel Alfons Mucha (1860-1939). Les camées et les médaillons, dans lesquels on insère un portrait ou une devise, connaissent une grande faveur.

La chaussure la plus répandue est la bottine de cuir, fermée par de petits boutons. Les ombrelles, destinées à préserver le teint, sont portées tout au long de l’année. Ajourées, garnies de dentelles, elles ont un manche en bois ou en ivoire sculpté.

Les activités de plein air se développent, on commence donc à imaginer des tenues spécifiquement adaptées. Amelia Bloomer va populariser des culottes bouffantes imaginées par l’anglaise Elizabeth Smith Miller au milieu du XIXe siècle ; on les désignera désormais par le nom de « bloomers ». D’abord considérées comme inconvenantes, ces culottes se révèlent finalement idéales pour la bicyclette, même si les plus conservateurs persistent à les décrier. La tenue de bain couvre encore l’essentiel du corps mais les médecins préconisent une tenue légère pour profiter des bienfaits de l’eau de mer. Les femmes portent donc une robe légère s’arrêtant aux genoux et une culotte bouffante. Le haut des bras et la base du cou sont couverts, et des bas noirs cachent les mollets. Sur les cheveux remontés, on met un bonnet de bain, généralement de même étoffe que la tenue.

Les dessous de la Belle Époque mettent à l'honneur la dentelle, rubans et autres « frous-frous ». Les femmes portent une longue chemise, généralement de coton, sur laquelle est lacé le corset, que l’on ne porte jamais en contact direct avec la peau. On recouvre souvent le corset d’un cache-corset brodé, qui tend cependant à disparaître au début du XXe siècle, et des pantalons ornés de dentelles complètent la tenue.

Le costume masculin

La tenue masculine évolue au final assez peu. Le costume trois pièces noir ou sombre, constitué d’un pantalon, d’une veste et d’un gilet, est porté aussi bien par les hommes des classes aisées que par la petite bourgeoisie, les différences se distinguant au niveau des accessoires et de la qualité des étoffes. La silhouette masculine demeure très sobre, comme dans les décennies précédentes, mettant d’autant plus en avant les toilettes des dames. Les cheveux sont généralement portés courts, et l’on abandonne les favoris, leur préférant une moustache accompagnée éventuellement d’une petite barbichette pointue.

En savoir plus

http://dona-rodrigue.eklablog.com/mode-belle-epoque-c748415

http://un-certain-regard.eklablog.com/les-chapeaux-belle-epoque-c16986209

http://histoiredelamode.canalblog.com/archives/2010/04/27/17711526.html

http://lartnouveau.com

http://valerie-douniaux.suite101.fr/les-bouleversements-de-la-mode-feminine-au-debut-du-xxe-siecle-a33625

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