La mode des années 1940

Durant le conflit, l'heure est à la sobriété mais, après la fin du rationnement, le New Look connaît un immense succès.
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La Seconde guerre mondiale impose de lourdes restrictions qui touchent également l’habillement. Les matières premières sont rares et rationnées ; la plupart des ateliers de confection, tenus par des familles juives, ferment ou passent dans la clandestinité, à moins d’accepter un administrateur allemand. Ceux qui fuient Paris se réfugient à l’étranger ou bien, jusqu’en 1942, en zone libre, notamment à Nice et Marseille ; ce qui fait du sud de la France, après la guerre, le plus important centre de confection hors de Paris.

Sobriété, économie et emprunts au vestiaire masculin

En raison des circonstances, le temps est à la sobriété. Il n’est pas rare pour les femmes d’emprunter des pièces de la garde-robe de leur mari. Au début, elles se contentent de retailler les manteaux d’homme, puis elles adoptent aussi les pantalons. Avec la pratique de la bicyclette, elles retrouvent la jupe-culotte et portent leur sac en bandoulière. Comme durant la Première guerre mondiale, les femmes, qui reprennent une grande partie des responsabilités normalement réservées aux hommes, ont donc de nouveau accès à des tenues pratiques, adaptées à leurs activités. Suivant le modèle militaire masculin, les épaules s’élargissent. La taille est accentuée ; les chaussures ont des semelles compensées. Pour des raisons économiques, les jupes et les robes raccourcissent et on utilise le moins de tissu possible ; la jupe « paysanne » est constituée de deux ou trois carrés imprimés. Les ornements sont réduits au maximum, ou purement et simplement supprimés.

On tricote beaucoup et on utilise toutes sortes de matériaux, tel le papier journal, notamment pour les chapeaux, qui sont extravagants en 1940 avant de rétrécir, voire d’être abandonnés. Les sacs sont souvent fabriqués en tissu, le cuir étant devenu rare. Ils sont assez grands pour pouvoir contenir le ravitaillement. Les ceintures sont aussi conçues à partir de matériaux divers, comme des plaquettes de bois décorées à la main ou des galons brodés. Tous ces accessoires permettent des variations sur des tenues peu nombreuses.

Les bas de soie, interdits, sont remplacés par des socquettes ou des bas de laine ; ou bien on se teint les jambes. L’été, on sort jambes nues, ce qui aurait été auparavant jugé scandaleux.

Les femmes portent les cheveux longs, une mèche roulée sur le front, ou en chignon. Le turban connaît un grand succès car il cache efficacement les cheveux.

La haute-couture et les réactions face à la guerre

La haute-couture parisienne s’adapte à l’occupation. Certaines maisons cessent leur activité, mais la plupart la poursuivent, prétextant plus tard s’être lancés dans l’extravagance pour ridiculiser les Allemandes ; en réalité parce que la société aisée franco-allemande mène une vie sociale insouciante durant le conflit.

Les Allemands tentent de transférer les principales maisons à Berlin ou Vienne, mais les dirigeants de la chambre syndicale de la couture résistent. Certains couturiers expriment même leur hostilité à la guerre dans leurs créations. Madame Grès (1903-1993) présente ainsi sa première collection de la période d’occupation aux couleurs nationales françaises ! Autre mouvement de réaction face à la guerre, les zazous apparaissent en 1942. Amateurs de jazz, ils suivent les modèles vestimentaires anglo-saxons. Disposant de moyens financiers, souvent grâce au marché noir, ils aiment les tenues chères et élégantes : pantalons larges, vestons longs et cintrés, chemises à col dur et montant, cravates et chaussures en cuir à grosses semelles. Leurs cheveux sont bouffants sur le dessus de la tête, en opposition aux coiffures rasées militaires. Quelques jeunes filles suivent aussi cette tendance.

Le style américain

Conséquence de la guerre, la couture française, qui domine encore le monde de la mode, est coupée de tout rapport avec l’étranger. Cela permet à de nombreux couturiers étrangers de se créer un style plus personnel ; une nouvelle génération de créateurs fait son apparition.

Les Etats-Unis sont touchés par les restrictions, même si elles sont moins sévères qu’en Europe. Claire McCardell (1905-1958) lance le look américain, qui connaîtra un immense succès après-guerre et commence à faire parler de la mode américaine dans la presse européenne. Le style en est à la fois élégant et décontracté, avec des pantalons amples serrés à la taille par de larges ceintures, des chaussures plates, des robes en jersey ou même en denim, pour le jour comme pour le soir. Les chaussons de danse n’étant pas rationnés, au contraire des chaussures, la créatrice demande aux manufacturiers de fabriquer des chaussons à semelles solides ; ils deviennent très populaires. On commence aussi à voir aux Etats-Unis des maillots de bain deux pièces, qui avaient connu des antécédents dans les années 1930 mais sans grand succès.

A Londres, durant le Blitz, apparaît le « siren suit », un pyjama de nuit que l’on porte pour descendre dans les caves lors des alertes. La mode du pyjama pour femmes est ainsi relancée. Des tentatives ont également lieu, en Angleterre, pour créer des vêtements n’exigeant que la stricte quantité de matériaux autorisée. Pensant que l’association d’un nom prestigieux à cette tenue inciterait la population à l’adopter, la reine demande à Norman Hartnell (1901-1979) de dessiner ce vêtement, exporté dans tous les pays sous domination britannique.

Après-guerre

A la Libération, se fait jour une envie d’élégance. Le rationnement n’est cependant pas aboli, et les accessoires jouent toujours un rôle prépondérant. La semelle compensée demeure également.

En 1947, avec le New Look (terme avancé par Carmel Snow (1887-1961), rédactrice du Harper’s Bazaar ) de Dior (1905-1957), les robes s’allongent jusqu'à trente centimètres du sol. Les jupes prennent de l’ampleur, les bustiers pigeonnent, la taille est cintrée, les épaules petites et rondes… Les femmes apprécient ce retour à la féminité mais l'extravagance de ces tenues choque aussi, surtout en Grande-Bretagne.

Cependant, en lançant des modes que les Européennes ne peuvent réellement se permettre (le rationnement durant jusqu’en 1949), Paris cherche à reconquérir le marché américain, où les restrictions de tissu sont levées en 1946. En outre, tous les couturiers n'adhèrent pas au New Look , tel Balenciaga (1895-1972), qui propose au contraire un style austère et épuré.

Un renouveau de la lingerie

La robe « new look » se révèle souvent encombrante et, pour les soirées mondaines, on voit apparaître la robe « cocktail », courte mais aussi décolletée que les robes du soir. Elle nécessite donc le port d’un bustier, soutien-gorge sans bretelles descendant jusqu’à la taille. La poitrine haute des robes « new look » demande aussi une nouvelle forme de corset, afin d’amincir la taille et allonger la silhouette. Marcel Rochas (1902-1955) invente la guêpière, gaine étroite à porte-jarretelles et descendant jusqu’aux hanches. Ces deux nouveautés relancent l’industrie de la lingerie.

L'influence des tenues militaires

Une matière apporte aussi un nouveau confort : le Nylon. Après avoir a servi à confectionner des toiles de parachute pendant la guerre, elle est adoptée au civil. Les vêtements militaires eux-mêmes sont plus pratiques et confortables que jadis et les hommes les conservent donc après-guerre. Lorsqu’ils quittent l’Europe à la fin du conflit, les Américains laissent des stocks considérables de vêtements inutilisés : battle-dress , blousons, duffle-coats , chemises à porter sans cravate… les hommes se jettent sur ces vêtements pratiques et bon marché, ne nécessitant pas de ticket de rationnement. Les stocks s’épuisant rapidement, il faut même en redemander aux Etats-Unis.

Les tenues militaires passent d’autant mieux dans le civil qu’elles sont souvent un détournement de vêtements de sport ou de travail. Le battle-dress était la combinaison des mécaniciens, les casquettes s’inspirent des casquettes de ski autrichiennes, le duffle-coat , manteau de la marine américaine, a été emprunté aux pécheurs de Terre-Neuve. Ce dernier vêtement sera même porté par les jeunes filles après-guerre. La mode masculine est donc marquée par une plus grande décontraction mais, pour le travail, la tenue de rigueur reste le complet-veston, sans chapeau ni gilet toutefois. En hiver, on porte un pull-over.

En savoir plus

Dominique Veillon, La mode sous l'Occupation , Payot

http://www.histoire-costume.fr/accessoire-de-mode-paris-sous-loccupation-1940-1944

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