La mode des années 1960

La mode rajeunit, se démocratise, s'universalise. C'est le triomphe du prêt-à-porter.
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A la fin des années 1950 et durant la décennie suivante, le monde connaît de grands bouleversements politiques et sociaux. La génération du baby-boom arrive à l’âge adulte, le mouvement hippie prend de l’ampleur au fil des années.

Le rôle prédominant des médias

Les médias jouent un rôle de plus en plus important dans la diffusion des modes vestimentaires. Certains films ou séries télévisées favorisent la naissance de nouvelles tendances. Ainsi The Avengers ( Chapeau Melon et Bottes de Cuir ) lance la mode des combinaisons, sur le modèle de celles portées par Emma Peel (Diana Rigg).

La photographie de mode se développe. Les mannequins deviennent des figures emblématiques, largement imitées. Parmi les plus célèbres figurent Twiggy, dont le physique filiforme de « brindille » est l’archétype de l’époque, Jean Shrimpton ou Verushka.

Le triomphe du prêt-à-porter

La mode se démocratise et s’internationalise, même si l’Angleterre donne le ton. Pour les enfants, l’influence américaine est évidente dès 1955 : blousons, pulls ou jeans deviennent courants. Le vêtement est fabriqué en série, le prêt-à-porter et le métier de styliste se développent. Les maisons de haute couture perdent leur prédominance et lancent des lignes de prêt-à-porter afin de suivre les bouleversements du marché. Certaines maisons prestigieuses ferment, comme Balenciaga en 1968, tandis que de nouvelles apparaissent : Féraud, Ungaro, Scherrer, Laroche. La rue inspire la mode, au lieu de se voir imposer les styles imaginés par les couturiers. L’art inspire également la mode, notamment l’Op’art, qui joue sur des jeux optiques de lignes abstraites.

La boutique en libre-service devient le principal point de vente. Elle recherche une ambiance personnalisée, les stocks sont souvent renouvelés. Toutes ces nouveautés attirent la jeunesse, qui dispose désormais d’un certain pouvoir d’achat et représente une part importante de la population. C’est donc vers cette nouvelle clientèle que se portent les efforts de l’industrie de la mode.

Une clientèle plus jeune

Loin de l’image mature des années 1950, la consommatrice des années 1960 serait plutôt une adolescente ou une jeune femme cherchant à se démarquer du style classique de ses parents. Alors qu’on assiste à la montée du féminisme, une mode unisexe se développe. D’une manière plus générale, les femmes adoptent le pantalon.

La jupe raccourcit toujours plus et favorise le port du collant, jusque-là réservé aux danseuses. La tenue s'accompagne de bottes ou de chaussures à semelles de bois, compensées ou non. A la fin de la décennie cependant, se fait jour une lassitude envers la mini-jupe et un retour à la jupe longue, voire aux maxi-robes. Le chemisier, qui avait été délaissé pour le pull-over, est réinventé pour les femmes par Jean Bousquet sous sa griffe Cacharel. Son petit chemisier de crépon rose fait la couverture de Elle et connaît un succès immédiat.

De leur côté, les hommes portent des tenues plus décontractées et plus claires que lors de la décennie précédente. Le col des vestes monte, rendant inutile la cravate. On préfère d’ailleurs souvent le blouson à la veste. Les groupes britanniques deviennent les nouveaux modèles, en particulier les Beatles. Les cheveux sont plus longs ; le soir, les vestons de velours côtelé se portent avec des jabots de dentelle.

Durant la première moitié de la décennie, les Mods et les Rockers se distinguent parmi la jeunesse britannique. Les premiers se promènent en scooters Vespa et portent des tenues strictes (parkas, costumes italiens ajustés, chemises à col boutonné, chaussures pointues) ou plus décontractées (pantalons Levis, chemises de sport Fred Perry, cardigans), tandis que les jeunes femmes de ce groupe adoptent des ensembles à jupe droite au-dessus du genou, des robes-chemises ou des pantalons de ski. La plupart de leurs vêtements viennent de Carnaby Street. Mods et Rockers se battent fréquemment sur les plages anglaises, les seconds formant un groupe aux antipodes des premiers : ils portent de vieux jeans, des vêtements de cuir et circulent à moto. La plupart des jeunes optent pour le jean, vêtement démocratique et unisexe, qui rejoint les valeurs recherchées par les mouvements contestataires.

L'audace des stylistes

Les stylistes débutants proposent souvent leurs créations dans des boutiques multimarques. Dorothée Bis (Jacqueline Jacobson) lance la vogue des shorts sous maxi-manteaux fendus dans le dos. Daniel Hechter ouvre sa première boutique en 1961 et connaît un succès fulgurant, en proposant une mode portable au quotidien. Michèle Rozier, fille de Hélène Gordon-Lazareff, qui fut la fondatrice de Elle, tente de répandre le vêtement de sport dans la vie courante. Surnommée « Plastic Queen » par les Américains, elle utilise des matériaux inédits, comme le vinyle, jusque là réservé à l’ameublement.

André Courrèges, formé aux Ponts-et-Chaussées, a d’emblée un sens de l’architecture et de la structure. Il joue de matières inédites, comme Paco Rabanne (formé à l’architecture), qui sera surnommé « le métallurgiste » par Chanel pour son emploi des mailles métalliques et des plaques martelées. Les vêtements de Courrèges sont structurés, ses mini-jupes ne sont plus seulement des jupes raccourcies, mais des vêtements vraiment conçus en fonction de leur longueur.

Doué également d’un grand sens du marketing, Courrèges crée trois lignes, une de couture, une de prêt-à-porter de luxe et une plus abordable. Il diversifie ensuite sa production : vêtements de sport, pour enfants, papeterie, accessoires… Pierre Cardin, né dans une famille d’agriculteurs italiens, construit également un empire en apposant sa griffe sur des produits très variés. Il se fait un des pionniers de l’unisexe et de la démocratisation de la mode, qu'il veut futuriste.

Alors qu'il n'a que vingt-et-un ans, Yves Saint-Laurent reprend la direction artistique de la maison Dior après la mort en 1957 de son créateur, dont il était le collaborateur. Ayant dû s'interrompre pour partir au service militaire, il revient à Paris en 1962 pour fonder sa propre maison, avec Pierre Bergé ; ils multiplient les licences et, en 1966, créent Rive Gauche, une ligne de prêt-à-porter. Saint-Laurent veut créer des vêtements indémodables et dit même regretter de ne pas avoir inventé le jean. On lui doit notamment la saharienne et le smoking pour femme, copié sur le complet-veston des hommes.

En Angleterre, la styliste la plus célèbre est Mary Quant, fondatrice d’un véritable empire dont le symbole est une pâquerette. On associe souvent Mary Quant à la mini-jupe, mais ce vêtement avait en fait été imaginé en France par Jacques Delahaye, en 1963, avant d’être repris avec succès deux ans plus tard par la créatrice anglaise. Barbara Hulanicki et son mari Stephen Fitz-Simon débutent en vendant par correspondance des vêtements bon marché dans des revues pour la jeunesse, avant d'ouvrir en 1963 une première boutique, Biba, qui propose une palette nostalgique en demi-teintes contrastant avec les couleurs flamboyantes de l’époque.

En savoir plus

http://photos-de-mode.com

http://boomer-cafe.net/version2/index.php/Modes-de-vie-des-annees-50/Mod-ou-Rocker.html

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