La romancière et l'archéologue, un autre visage d'Agatha Christie

Très éloigné des autres livres d'Agatha Christie, La Romancière et l'archéologue évoque la vie de l'auteur sur les chantiers de fouilles menés par son mari
30

On connaît surtout Agatha Christie (1890-1970) comme la reine incontestée du roman policier et comme la mère de certains des personnages de fiction les plus célèbres du monde, en particulier le fameux détective d’origine belge Hercule Poirot. Peu connaissent l’existence d’une autre Agatha Christie, épouse de l'archéologue Sir Max Mallowan (1904-1978), avec lequel elle se marie en secondes noces en 1930 et qu’elle accompagne sur les chantiers de fouilles au Moyen-Orient.

La romancière et l’archéologue/ Come, tell me how you live

L’écrivain a relaté ces aventures dans un délicieux ouvrage, publié en 1946 sous le nom d’auteur d’Agatha Christie Mallowan, et paru en France avec le titre plutôt plat de La Romancière et l’Archéologue , bien éloigné de l’excellent titre anglais Come, tell me how you live . Cette citation, extraite du livre De l’autre côté du Miroir de Lewis Carroll (1832–1898), se fonde sur un jeu de mots, tell étant à la fois un mot anglais signifiant dire, raconter, et un mot d’origine arabe utilisé par les archéologues pour désigner une colline artificielle constituée par l’accumulation de vestiges d’habitats successifs.

Remonter le temps et imaginer la vie quotidienne des anciens habitants des sites fouillés

Au-delà des découvertes scientifiques ou artistiques, l’auteur à l’imagination fertile, toujours passionnée par les ressorts de l’âme humaine, s’intéresse surtout durant les campagnes de fouilles aux objets en apparence insignifiants mais qui se révèlent de précieux témoignages de ce qu’était la vie quotidienne dans les époques reculées mises au jour par les archéologues. Agatha Christie se montre émue par la découverte de bijoux, dont elle se prend à imaginer qui a pu les porter, ou par les éléments évoquant des tâches quotidiennes inchangées à travers les siècles et les continents.

Un hommage aux personnalités rencontrées

Son livre est aussi un vibrant hommage aux populations des régions où sont menés les chantiers, aux personnalités rencontrées, parfois cocasses, parfois irritantes, mais le plus souvent attachantes ; le texte exprime le désir d’Agatha Christie de comprendre ces cultures orientales si différentes de la sienne, et de respecter les modes de pensée et de vie autres auxquels elle est confrontée. Les inévitables chocs des cultures qui se produisent lui fournissent avec le recul un prétexte à d’amusantes anecdotes. Car, comme dans ses romans policiers, Agatha Christie ne se déprend jamais dans ce texte du solide sens de l’humour qui est le sien.

Plutôt qu’une relation exacte du déroulement des fouilles, une évocation sensible de moments privilégiés

L’exactitude chronologique ne semble guère préoccuper Agatha Christie et le livre condense sur une période à priori courte plusieurs saisons de fouilles, sur les sites de Chagar Bazar et Tell Brak en Syrie. L’auteur, nous l’avons dit, ne cherche pas non plus à décrire avec rigueur les principes d’une campagne de fouilles ni les résultats obtenus par l’équipe, mais s’attache plutôt à évoquer par petites touches une époque pour laquelle elle se sent emplie de nostalgie au moment de la rédaction du texte. Celui-ci se veut en effet d’abord un moyen pour Agatha Christie de sauvegarder la mémoire d’une période heureuse, alors que l’Angleterre est en plein second conflit mondial et que Max a été envoyé en mission en Egypte, loin de son épouse.

Mi-journal de voyages mi-recueil d’anecdotes, ce livre plaisant, d’apparence légère, transmet néanmoins en filigrane de nombreuses informations sur la vie des archéologues, sur la culture des régions évoquées, ainsi que sur la présence européenne dans ces territoires à une époque donnée. Le texte dépeint avec sensibilité la beauté et la richesse de ces contrées lointaines où l’esprit d’Agatha Christie vagabonde, à la rencontre de merveilleux souvenirs.

La romancière et l'archéologue, Editions Payot, 2005.

Sur le même sujet