Le Byôdô-in à Uji, le pavillon du Phénix

Ce pavillon, qui orne les pièces de dix yen, est une belle découverte, à seulement une quinzaine de minutes en train de la gare de Kyôto.

Le Pavillon du Phénix se situe dans la ville d’Uji, qui constitue elle-même un intéressant but de visite, avec ses nombreux temples et sanctuaires, ses boutiques et maisons de thé, la ville ayant été l’un des grands centres du développement de la culture de cette plante au Japon. Il est d’ailleurs possible aux touristes de s’initier pour une somme modique à une version abrégée de la cérémonie du thé, une bonne manière d’aborder cet univers sans sacrifier au rituel complet (se renseigner à l’office touristique situé dans la boutique à la sortie de la gare).

Un pavillon édifié par la puissante famille Fujiwara, en l’honneur du Bouddha Amida

La famille Fujiwara détient le pouvoir réel à la cour de Heian, en jouant le rôle de régents auprès des jeunes empereurs, forcés à abdiquer très tôt une fois devenus adultes. En 1052, Fujiwara no Yorimichi, fils du puissant régent Fujiwara Michinaga, transforme en temple sa résidence familiale d’Uji. L’année suivante commencent les travaux du Hôôdô (Hall du Phénix), dédié au Bouddha Amida, dont le culte se développe considérablement durant la période Heian (794-1185, du nom de la capitale Heian-kyô, actuelle Kyôto).

Les autres bâtiments du complexe ayant malheureusement été brûlés en 1336, seuls subsistent aujourd’hui le Kannondô (dédié à la déesse Kannon) et le Hall du Phénix, qui est le plus ancien exemple restant au Japon de hall du paradis. Conformément à son nom, le Hôôdô suggère dans sa structure même un phénix stylisé, les longs corridors qui se développent à partir de la structure centrale évoquant les ailes et la queue de l’oiseau mythique, favori d’Amida.

Une architecture toute de légèreté et d’élégance

L’ensemble représente un bon exemple de l’élégance du style Fujiwara. En s’inspirant de modèles chinois, le pavillon montre dans le même temps la naissance d’un style purement japonais.

Le hall est situé à l’ouest d’un étang, qui symbolise une grande fontaine de purification de l’autre côté de laquelle les membres de la famille s’installaient pour admirer le pavillon et imager leur renaissance dans le paradis de l’ouest, où siège le Bouddha Amida. La gracieuse architecture se déploie horizontalement autour du corps central carré, à la légère toiture pyramidale ; les douces pentes de la toiture sont obtenues grâce à un système de double toit et les éléments chanfreinés accentuent la délicatesse de l’ensemble. Des petits kiosques, posés sur les couloirs et dénués d’escaliers, offrent aux dieux un endroit où venir assister aux cérémonies.

Les corridors qui partent du corps central font une coudée vers le sud pour rejoindre le bord de l’eau. Le pavillon et son image dans l’étang se rejoignent, déjouant nos repères habituels et démontrant le talent des Japonais pour les jeux de reflets, que l’on retrouve tant dans les plus célèbres monuments classiques que dans l’architecture contemporaine.

Une luxuriance colorée difficile à imaginer aujourd’hui

Il faut par contre s’imaginer un bâtiment luxueusement coloré et décoré, et non dans ses actuelles tonalités douces et naturelles. L’aspect originel du pavillon est fort bien reconstitué dans une animation présentée dans le musée attenant, qui abrite également le phénix d’origine (celui qui coiffe de nos jours le pavillon étant une copie).

La restauration de l’intérieur du pavillon est en cours. La grande statue de Bouddha Amida, haute d’environ deux mètres quatre-vingt, est l’œuvre de Jôchô (mort en 1057), qui fut le plus grand sculpteur de son temps et a influencé la sculpture japonaise durant plus de cent cinquante ans.

On considère que Jôchô a donné naissance à un style purement japonais. Il a popularisé la technique dite yosegi, qui consiste à fabriquer les sculptures en assemblant des pièces de bois, et non plus en travaillant sur un seul bloc. Cette nouveauté a offert une plus grande liberté aux artistes et a permis une division et une optimisation du travail.

Le Bouddha d’Uji, achevé vers 1052, est ainsi constitué de huit blocs de bois. Il traduit les nouveaux canons de la sculpture bouddhique, dont les proportions se métamorphosent avec Jôchô. L’unité de mesure des œuvres se fonde sur la distance entre le menton et la ligne des cheveux, et la distance entre chaque genou est équivalente à celle qui va du bas des jambes jusqu’aux cheveux. Les genoux, placés sur une même ligne, forment ainsi la base d’un triangle, donnant une impression de stabilité et de calme, d’équilibre et de douceur, sensation renforcée par l’expression empreinte de compassion du visage d’Amida.

Les cinquante-deux Boddhisatva

Le Bouddha est entouré de cinquante et une sculptures (une cinquante-deuxième a été retrouvée après le classement du site, devenu Trésor National). Ces merveilleuses petites oeuvres, dont les originaux sont désormais également conservés dans le musée du Byôdô-in, sont probablement de Jôchô et de son atelier. Elles s’étagent sur les murs du pavillon et représentent des Boddhisatva, posés sur des socles en forme de lotus et portés par des nuages. On distingue des musiciens, des danseurs et des moines. Faites pour être vues d’en bas, les sculptures présentent une partie supérieure en ronde-bosse et un bas en relief, le haut se dégageant vers l’avant. Le groupe est empreint à la fois de dynamisme et de grâce, les nuages allongés ajoutant à l’impression de légèreté et de mouvement. Ces sculptures ont également perdu leur polychromie d’origine.

Une ligne de train riche en découvertes

Le Byôdô-in, bien qu’encore fortement marqué par les modèles chinois témoigne donc de la naissance d’un style japonais. La délicatesse et l’élégance du pavillon, sis dans un agréable environnement, en font un endroit idéal pour une visite paisible. La ligne de train qui passe à Uji et relie Kyôto à Nara permet également de s’arrêter au passionnant temple Tôfuku-ji ou au très populaire sanctuaire Inari Fushimi. Elle constitue donc un excellent point de départ pour des visites riches et variées. Faisant partie du réseau JR, elle est accessible gratuitement aux détenteurs de JRPass.

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