Le costume sous la révolution française (1789-1794)

Sous la Révolution, le vêtement devient une marque de civisme ou d'opposition, en fonction de sa forme ou de sa couleur.
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Le costume masculin

Les hommes portent d’abord la culotte, l’habit à larges revers ou le frac collant, ainsi que des bas rayés et des souliers à boucles. Mais un goût de l’uniforme se manifeste. Celui de la Garde nationale se compose d’un habit bleu à revers blancs, de hautes guêtres, d’une cocarde tricolore, et unit le bleu et le rouge de la ville de Paris au blanc royal. Ce costume connaît un succès considérable.

Les Jacobins protestent contre l’élégance et réclament la naissance d’un costume national. C’est ainsi que se développe la tenue du « vrai patriote » ou du « Sans-culotte ». Le terme de sans-culotte est d’abord caricatural et injurieux, avant de prendre une tournure plus honorable.

D’abord reléguée dans les faubourgs, cette tenue patriotique est officiellement reconnue en 1794. Elle se compose d’un pantalon à pont retenu par des bretelles, d’une courte veste appelée « carmagnole », d’un foulard coloré qu’on enroule autour du cou, d’un bonnet rouge (selon les versions inspiré par celui des forçats ou par le bonnet phrygien antique, qui fut la coiffe de Pâris et apparenté au pileus des esclaves affranchis ) ou d’un bicorne bas, timbré d’une cocarde. La tenue est complétée par de lourds sabots. Le terme de pantalon est dérivé du nom d’un personnage de la Commedia Dell’Arte. Au début des années 1790, il n’est encore porté que par les matelots et les petits garçons, avant de devenir un élément de la tenue révolutionnaire.

Les clubs révolutionnaires cherchent à imposer des vêtements républicains. Le peintre David (1748-1825), chargé par le Comité de Salut Public de créer une tenue, imagine une tunique, un pantalon collant, des bottines, un court manteau et un bonnet « à la hongroise ». Mais ce costume sera porté uniquement par les élèves du peintre, par les jeunes artistes et par les admirateurs de David ; il disparaîtra assez rapidement.

Le « contre-révolutionnaire » est d’abord tout de noir vêtu. Puis, en 1791, il adopte la cravate et la cocarde blanche, un gilet semé de petits écussons à fleurs de lys et un habit vert à collet rose.

Les élégants (les « Muscadins », terme qui fut d'abord également un sobriquet) portent encore les coiffures poudrées laissant deviner la véritable couleur du cheveu. Mais la poudre disparaît bientôt complètement. Les Muscadins portent un habit vert étriqué à boutons de nacre, col de velours noir, grands revers pointus en châle et basques carrées. Leur énorme cravate mange le menton avec des flots de mousseline tachetée de rouille et leur culotte serrée est attachée sous le genou par des flots de rubans. Les bas sont chinés, les escarpins découverts. Leur coiffe est un bicorne en demi-lune ou un chapeau rond et ils complètent leur tenue d'un énorme monocle et d'un gourdin. Les muscadins sont également reconnaissables à leur façon de parler, de marcher à petits pas ou de se parfumer.

La perruque disparaît à cause du coût élevé des cheveux postiches. A l’exception de quelques personnalités politiques comme Robespierre (1758-1794), elle devient un symbole des contre-révolutionnaires. Certains corps de métiers, comme celui des médecins, continuent également de porter la perruque.

Le costume féminin

Les lignes générales de la robe à l’anglaise qui a connu le succès à l’époque précédente subsistent, et on note un vrai retour à la simplicité. Les hanches perdent de leur ampleur, les grands chapeaux disparaissent. Les caracos deviennent des corsages à basques minuscules, dont les manches longues et étroites descendent jusqu’aux poignets.

On porte à l’encolure un fichu dit « à la Charlotte Corday », du nom de la jeune femme (1768-1787) qui allait devenir une importante figure révolutionnaire. Ce fichu est piqué d’un bouquet tricolore. On revêt également des ceintures de rubans à bouts flottants ou des châles.

La robe circassienne de l’époque précédente subsiste, avec quelques modifications. Elle devient un costume populaire, rayé aux couleurs nationales.

Les chevelures s’aplatissent, permettant le port de chapeaux couverts de nœuds, avec ou sans bride. Mais on porte surtout de hauts bonnets sur lesquels s'étale un large ruban à cocarde.

Les bijoux

Le port des bijoux est restreint et favorise des matériaux nouveaux comme l’acier, l’émail, l’écaille ou les cheveux. Parallèlement, de nouveaux thèmes ornementaux apparaissent, selon l’actualité ou le goût nouveau pour l’Antiquité ; sans que disparaissent toutefois les formes traditionnelles, souvent régionalisées (pendants d’oreilles, croix…).

Se développent également de simples bijoux masculins, comme les anneaux d’oreille. Ceci est probablement dû en partie à l’incorporation dans les armées de jeunes gens issus de toutes les provinces ; le phénomène semble accompagné d’une généralisation de l’emploi de l’or dans les parures des milieux populaires.

Peu de bijoux ont subsisté de cette période, pour diverses raisons : la pauvreté, la plupart des Français ne possédant alors qu’une alliance de cuivre ; le départ à l’étranger des plus belles parures ; la transformation des montures à chaque changement de propriétaire ; la pratique de l’offrande patriotique ; la déchristianisation ; le soin de faire disparaître les bijoux marquant trop visiblement une appartenance à un groupe religieux, corporatif ou politique… Parmi les bijoux qui nous sont parvenus, les plus nombreux sont des bagues en fer ou en argent créés en l’honneur des martyrs de la liberté.

En savoir plus

http://www.canesegas.com/incroyables/5.2_muscadins.mode.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bonnet_phrygien

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