Le Daitoku-ji à Kyôto

Situé tout près du Ryôan-ji et du Pavillon d'Or, le Daitoku-ji est beaucoup moins visité que ses célèbres voisins, malgré sa beauté et sa riche histoire.

Proche des sites incontournables de Kyôto que sont le Pavillon d’Or et le Ryôan-ji, le Daitoku-ji est beaucoup moins fréquenté par les touristes, même japonais, sauf à l’automne, où ses érables réputés attirent les foules. Le Daitoku-ji mérite pourtant amplement le détour. Ce vaste complexe constitue une sorte de village dans la ville, paisible réseau d’allées menant aux nombreux temples qui composent l’ensemble et dont seuls quelques uns sont ouverts à la visite. L'écrivain-voyageur Nicolas Bouvier y a résidé et évoque le lieu dans sa célèbre Chronique Japonaise .

Un temple à la riche histoire et intimement lié au développement de la cérémonie du thé

Outre la beauté de ses temples et jardins, le Daitoku-ji est un site extrêmement riche en histoire. Temple bouddhique, chef de file d’une des quatorze branches de la secte zen rinzai, il est établi en 1319. On associe aussi largement le Daitoku-ji à l’histoire de la cérémonie du thé, et encore à l’heure actuelle les grands maîtres de chanoyu sont formés dans ce temple.

On dit que Sen no Rikyû (1522-1591), qui fut la figure la plus mythique de la constitution du rituel du thé, a construit en 1589 deux des trois portes du Daitoku-ji. La légende relate qu’il aurait inséré son portrait à l’étage supérieur de la seconde porte, obligeant ainsi le grand réunificateur du Japon Toyotomi Hideyoshi (1536-1598) à passer sous son image lorsque ce dernier vint assister à une cérémonie du thé. Un affront inacceptable pour le chef militaire qui aurait ordonné au maître de thé de se faire seppuku.

Il est peu probable que cette histoire soit la réelle raison de l’ordre donné par Hideyoshi à Sen no Rikyû, mais elle est l'une des plus répandues parmi les explications avancées. Inoue Yasushi a consacré au sujet un petit livre, Le maître de thé , qui ressuscite remarquablement l’atmosphère de l’époque, autour de la rencontre d’un disciple de Rikyû avec diverses personnes qui ont connu son maître et peuvent peut-être connaître les réelles motivations de la décision de Hideyoshi.

Le Daisen-In

Le plus célèbre des sous-temples qui constituent le Daitoku-ji est le Daisen-in, fondé en 1509 par l’ancien abbé du Daitoku-ji qui souhaitait s’y retirer. Sa résidence (hôjô) a été achevée en 1513 et l’on suppose que les jardins datent également plus ou moins de cette période. On attribue les peintures des portes coulissantes et les jardins au grand peintre, poète et paysagiste Sôami (1455-1525).

Les jardins sont situés sur les quatre faces d'un bâtiment et forment ainsi quatre paysages, distincts mais reliés dans leur symbolique. Ce sont des jardins secs (karesansui), constitués de sable, de pierre et de mousse, et ils apparaissent comme des représentations tridimensionnelles de peintures monochromes chinoises, le mur blanc servant de fond, comme une surface de papier.

La composition la plus chargée des quatre, et aussi la plus proche des peintures chinoises, est celle du jardin situé dans le coin nord. Le fleuve de la vie naît à cet endroit, par une cascade sèche figurant l’impétuosité de la jeunesse. Plus bas, le cours du fleuve se calme, au fur et à mesure de l’entrée dans la maturité. Des pierres suggèrent les difficultés de la vie, certaines ayant été choisies pour leurs motifs tourbillonnants, visibles dans le grain de la roche.

Après le passage d'une porte, on arrive dans le plus petit jardin des quatre, où ont été placées deux pierres assez remarquables : le bateau du trésor semble descendre le courant, et la tortue, dont on ne voit que le haut de la carapace qui émerge, paraît au contraire remonter le courant. Symbole en Asie de bonne fortune et de longévité, la tortue rappelle également la futilité de vouloir aller contre le courant. Le bateau du trésor, qui évoque la richesse de l’expérience, a été rajouté au jardin en 1959 après la découverte dans les archives de la preuve qu'une telle pierre était située à l'origine à cet emplacement.

Le plus célèbre des quatre jardins est cependant celui du grand océan. D’un dépouillement extrême, c’est le plus propice à la méditation. Cette vaste étendue de gravier est juste animée par deux cônes qui semblent en émerger, formant des barrières symboliques devant l’arbre sous lequel Bouddha a reçu l’illumination, et qui se trouve figuré par un arbre véritable à l’extrémité du jardin.

Le charme délicat du Kôtô-in

Très différent du Daisen-In, le délicieux Kôtô-in est surtout connu pour ses érables. Niché au bout d’une superbe allée ombragée, ce petit temple à la riche histoire explose en automne de flamboyance colorée, mais il est alors envahi par les foules, perdant beaucoup de son charme délicat et de son habituelle atmosphère de paix. Il offre dans tous les cas une très agréable pause toute de fraîcheur et de verdure entre deux visites de temples aux jardins secs plus austères.

Le plus petit jardin zen du Japon et les jardins contemporains du grand Shigemori Mirei

Le Ryôgen-in, construit au début du XVIe siècle, renferme parmi ses très intéressants jardins celui qui est considéré comme le plus petit jardin zen du Japon, surnommé le Totekiko. Conçu un peu plus tard dans le siècle, le Zuihô-in comporte deux jardins recréés au XXe siècle par le grand paysagiste Shigemori Mirei (1896-1975), et typiques de son style plein de puissance et de dynamisme. Avec ses éléments positionnés de manière à former une croix, l’un de ces deux jardins fait allusion à la conversion au catholicisme du fondateur du temple, Ôtomo Sôrin (1530-1587).

Un restaurant et une guest-house

Dans l’enceinte du temple, un restaurant propose une cuisine végétarienne inspirée de celle consommée par les moines. Le Daitoku-ji abrite également une guest house, un lieu qui pourrait être idyllique si l’on n’était forcé de le partager avec force cafards et tiques !

Sur le même sujet