Le japonisme, l'influence japonaise en Occident

Avec la réouverture du Japon sur le monde au milieu XIXe siècle, l'art et l'artisanat japonais reçoivent un accueil enthousiaste à l'étranger
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A la fin du XIXe siècle, alors que le Japon vient de s'ouvrir au monde après des siècles d'autarcie, toute une production artisanale nippone (bois, laques, ...), parfois spécialement destinée à l’exportation, se répand en Occident, notamment par le biais des grandes expositions internationales, où le pays figure très vite en bonne place.

Diffusion en Europe de l’art japonais, en particulier des ukiyo-e

De nombreuses pièces graphiques et picturales de type ukiyo-e (« images du monde flottant ») gagnent également l’Europe. Peu estimées au Japon où elles sont surtout considérées comme un art populaire et bon marché, ces oeuvres, principalement des gravures sur bois en couleur, représentent les plaisirs de la vie citadine, des acteurs ou beautés célèbres, des paysages renommés ou encore des sujets érotiques. Elles rencontrent en Occident un public passionné, bien que souvent mal informé. Des boutiques se spécialisent dans la vente d'art japonais, et permettent à des collectionneurs assidus, tels les frères Edmond (1822-1896) et Jules (1830-1870) de Goncourt, d’assouvir leur soif permanente de nouveautés du lointain pays asiatique.

Naissance du japonisme

Les artistes et artisans européens en quête de nouveaux horizons deviennent également des collectionneurs acharnés et trouvent de riches sources d'inspiration dans les pièces qu'ils achètent. Cet engouement prend l’ampleur d’un véritable mouvement, qui recevra le nom de Japonisme. Il s’étend à des domaines variés, comme la mode ou la décoration. Le terme de japonisme aurait été avancé pour la première fois dans une série d’articles ainsi nommés, parus de mai 1872 à février 1873 dans la Renaissance Artistique . Leur auteur, le critique français Philippe Burty (1830-1890), est un grand collectionneur d'art asiatique et participe activement au développement cette mode japonisante.

L’art japonais influence les peintres occidentaux

Des précurseurs comme les peintres Jean-François Millet (1814-1875) ou Théodore Rousseau (1812-1867), puis les Impressionnistes et leurs successeurs (notamment Vincent Van Gogh (1853-1890)), adoptent les mises en pages hardies de l’art japonais, proches des compositions de la toute jeune photographie. Les artistes japonais, les graveurs en particulier, n'hésitent pas en effet à boucher le premier plan de leur image par un élément tronqué, comme par exemple une roue de chariot, dans un célèbre exemple de Hiroshige (1797-1858), repris par Edgar Degas (1834-1917). Les artistes occidentaux sont également fascinés par les aplats de couleurs et la ligne stylisée des artistes nippons, des éléments qui paraissent extrêmement novateurs en regard de la tradition occidentale et permettent aux nouvelles générations d’artistes de renouveler leur appréhension de l’espace et du monde.

En retour, les Japonais adoptent avec enthousiasme les nouveaux courants européens

Dans l’autre sens, les nouvelles tendances de l’art occidental parviennent au Japon où elles influencent les créateurs du Japon. Ainsi, par un étrange retournement, les Japonais ont-ils renoué indirectement, grâce aux japonaiseries françaises, avec des caractéristiques de leur art national dont une formation académique à l’européenne les éloignait avec la fin de l’autarcie et la volonté de modernisation.

Pour en savoir plus :

Dialogue in Art, Japan and the West (Japon et Occident, deux siècles d’échanges artistiques), Chisaburoh F. Yamada (sous la direction de), Kodansha International LTD., Tôkyô et Unesco, Paris, 1976 pour l'édition originale; Bibliothèque des Arts, Office du Livre, Fribourg, 1977, pour l’édition française, traduction française de Diana de Rham.

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