Le jour où le soleil est tombé, de Hachizume Bun

Le récit bouleversant et indispensable d'une rescapée du drame de Hiroshima.

Hachizume Bun avait quatorze ans quand la bombe atomique est tombée sur sa ville de Hiroshima, le 6 août 1945. En quelques instants, sa vie, comme celle de milliers d’autres, a été brisée. Son livre poignant, traduit et publié par les éditions lilloises du Cénacle de France, nous fait découvrir au plus près l’horreur vécue par les victimes, loin des ouvrages plus distanciés des historiens. Le drame prend une dimension humaine bouleversante, révélant l’étendue des souffrances et des difficultés connues par ces personnes auxquelles nous pouvons tous nous identifier. On prend ainsi également conscience, en lisant ce livre, de la façon dont la réalisation de la moindre petite chose, qui peut nous sembler banale et acquise dans la vie de tous les jours, peut prendre des proportions monstrueuses et épiques dans de telles situations.

Le choix volontaire d’une ville de civils

L’auteur rappelle que le gouvernement américain a sciemment choisi une ville de civils, et aussi décidé de frapper à l’heure la plus animée de la journée (l’heure de pointe à laquelle chacun partait pour ou commençait le travail). De manière incompréhensible, la vision de ce qu’ils ont provoqué n’a pas empêché les Américains de réitérer le massacre trois jours plus tard, à Nagasaki. On évoque de plus en plus désormais le fait que, sous couvert d’obligation de stopper le Japon, le pouvoir américain aurait vu là aussi une opportunité de mener des expériences scientifiques, de pouvoir tester les retombées de deux bombes différentes, sur deux endroits différents.

Se reconstruire après le drame

L’un des autres intérêts de cet ouvrage est de relater la vie et les souffrances des victimes après le drame, au fil des années. Comment se reconstruire après avoir connu le summum de l’horreur ? Les survivants, les hibakusha comme on les appelle, ont dû affronter le deuil de leurs proches, la maladie, la misère et la faim, le regard effrayé ou incrédule des autres. Hachizume Bun avoue elle-même avoir mis des années avant de pouvoir parler de ce qu’elle a enduré. Mais elle a trouvé ensuite dans la poésie, puis dans l’écriture de son livre, le moyen de faire mieux connaître son drame au monde. Par là, elle a saisi une chance de véhiculer un message de paix, qu’elle s’applique à transmettre par ses textes, conférences et rencontres avec les publics de nombreux pays. Le fait de rencontrer directement une rescapée, de donner une identité et un visage à l’une des victimes, aide indéniablement les lecteurs et auditeurs à mieux comprendre et partager la douleur des hibakusha , et plus largement des victimes innocentes de tout conflit. Hachizume Bun relate d'ailleurs comment des Américains, ou bien des enfants d’anciennes victimes de l’armée japonaise, ont ainsi également pu prendre conscience que tous les Japonais ne pouvaient être assimilés aux bourreaux de leurs pères, mais avaient également pour certains vécu dans leur chair les affres d’un conflit cruel, qui restera l’un des plus grands drames connus par l’humanité, en Europe comme en Asie.

Taiyô ochita no hi / Le jour où le soleil est tombé , de Hachizume Bun, Editions du Cénacle de France, 2007.

http://www.livre-hiroshima.com/

http://www.editionsducenacle.com/2.2_culture-du-japon.html

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