Le kabuki, théâtre traditionnel japonais

Ce théâtre classique d'origine populaire, très différent de l'austère et aristocratique nô, est toujours apprécié d'un large public
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Les origines du kabuki remonteraient au spectacle de chants, danses et scénettes créé au début du XVIIe siècle par la troupe féminine d’Okuni d’Izumo, et puisant aux sources des processions bouddhiques ou du théâtre folklorique. Ce divertissement assez provocateur, qui connut rapidement le succès, violait l’interdiction faite aux femmes de se produire en public. Okuni tachait d’introduire dans ses performances de l’inédit ou de l’étrange, favorisant de nouvelles modes. Ainsi, les Okuni Odori devinrent les Okuni kabuki, ce mot désignant une façon non conventionnelle de s’habiller et de se comporter. De nos jours, il a changé de sens, les caractères ka(chant), bu(danse), ki (jeu) étant utilisés pour le composer.

Victime de son succès, le kabuki féminin est de nouveau frappé d’interdiction

Avec le temps, de nombreuses autres troupes féminines se constituèrent et diffusèrent le kabuki dans le pays. Beaucoup des participantes étant des prostituées, les femmes se virent de nouveau interdire de jouer sur scène, une interdiction levée seulement en 1891 avec l’arrivée au Japon d’un théâtre d’inspiration occidentale.

Le kabuki continua cependant son chemin, les femmes étant remplacées par de beaux jeunes hommes. Mais ce kabuki en vint à ressembler au théâtre féminin interdit et subit le même sort en 1651. Le kabuki était si populaire qu’une pétition poussa cependant les autorités à autoriser de nouveau les spectacles en 1653. S’adaptant aux règles imposées, le kabuki devint un véritable art dramatique.

Des styles de jeu très variés

Les acteurs de kabuki se spécialisent dans des styles de jeu. L'aragoto, particulièrement apprécié des acteurs d’Edo (Tôkyô), est plein de bravoure et de virilité. Il est surtout utilisé pour incarner les héros, mais aussi les vilains, et se caractérise par une déclamation puissante ou par des poses (mie) fréquentes et vigoureuses. Les costumes sont éclatants, le maquillage donne un aspect terrible aux visages. A l’Ouest (Kyôto-Ôsaka), les acteurs ont au contraire préféré le wagoto, marqué par une grâce et une élégance appuyées, non dénué d’humour, et permettant d’interpréter de charmants jeunes hommes. Mais l’une des figures les plus célèbres du kabuki est l’onnagata. Ce style a permis aux hommes de figurer les personnages féminins, dans une exagération stylisée des caractéristiques de la féminité. Les premiers onnagata interprétèrent non seulement une femme sur scène mais vécurent aussi comme des femmes.

La coutume du kakegoe

Les acteurs principaux, véritables « stars », font leur entrée par un chemin qui traverse la salle, le hanamichi (chemin des fleurs). L’acteur s’y arrête en un point précis pour déclamer, danser ou prendre une pose spectaculaire. Le public répond par des applaudissements et des cris. Ceux-ci, dits kakegoe, sont particuliers au kabuki. Ils sont autorisés aux seuls membres de guildes, généralement des hommes d’âge mur. Les cris sont émis à des moments particuliers ; ils scandent le plus souvent les yago, noms de "maison", de "lignée", de l’acteur.

Evocations historiques et drames passionnels

Les pièces sont rarement présentées en entier. Les pièces actuelles sont généralement composées d’un ou deux actes issus d’un texte beaucoup plus long, dont le reste a disparu du répertoire. Une séance associera à cette pièce principale d’autres divertissements plus courts, dont des pièces comiques.

Les nombreuses pièces historiques relatent des drames de cour de la période Heian, des histoires de guerriers célèbres ou des intrigues du Japon féodal. D’autres sujets mettent et scène des personnages ordinaires et évoquent de manière beaucoup plus réaliste des événements dramatiques qui ont en leur temps fait l’actualité, meurtres ou doubles suicides. Vers le XIXème siècle, apparaissent des pièces qui dressent un portrait des classes les plus basses de la société urbaine : voleurs, prêtres criminels, prostituées…

Le kabuki propose aussi des danses, accompagnées au shamisen. Certains drames dansés dérivent du nô. D’autres danses sont au contraire des pièces comiques inspirées par le kyôgen (intermède comique du nô). Le plus souvent cependant, les danses ont été spécifiquement créées pour le kabuki.

Des effets visuels spectaculaires

Les effets spectaculaires sont nombreux. Des trappes permettent le passage de personnages surnaturels.Au milieu de la scène, un plateau tournant autorise les changements rapides de décor. Le procédé est presque toujours opéré au vu et au su du public, qui peut ainsi d’autant mieux ressentir les changements d’atmosphère.

Les musiciens ont un rôle important. Ceux situés à l’extrémité gauche de la scène, cachés à la vue des spectateurs, fournissent le fond musical et créent divers effets sonores grâce à des cloches, gongs, clappes … A l’extrême-droite de la scène, sur un socle tournant, sont placés le narrateur et un accompagnant au shamisen. Le narrateur n’est pas toujours présent mais assez fréquemment cependant, nombre de pièces du kabuki dérivant du bunraku (ou ningyô jôruri, théâtre de marionnettes). Dans le kabuki, le narrateur a un rôle moindre que dans le bunraku, mais il situe la scène, commente les émotions des personnages ou déclame les tirades des acteurs qui peuvent ainsi librement prendre une pose (évoquant ainsi des marionnettes) ou se concentrer sur la gestuelle. Beaucoup de textes du kabuki sont en vers alternés de 7/5 syllabes.

Un théâtre accessible aux spectateurs étrangers

Les voyageurs étrangers apprécient généralement beaucoup le kabuki, plus accessible que le nô, avec ses histoires relativement simples à suivre, ses somptueux costumes et ses effets visuels dynamiques.

Au prestigieux kabuki-za de Tôkyô, il est possible de se procurer le programme traduit ou des audio-guides traduisant les dialogues. Les représentations durant souvent quatre bonnes heures, des places au balcon peuvent être achetées pour un seul acte, mais il y a risque de tomber sur un passage moins intéressant. Il vaut donc mieux acheter un billet pour la représentation complète, guère plus cher si on demeure au balcon, et qui permettra de rester aussi longtemps qu’on le souhaite, en profitant de l’ambiance générale du spectacle. Il est en effet amusant d’admirer les élégants en kimono ou de voir les spectateurs déguster leurs bentô (pique-niques amenés ou achetés sur place) durant les intermèdes.

En savoir plus :

http://www.kabuki-bito.jp/eng/ (en anglais)

http://www.theatre-du-soleil.fr/thsol/sources-orientales/les-sources-orientales/japon/le-kabuki/le-kabuki-556

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