Le temps suspendu d'Asako NARAHASHI

Les photographies de l'artiste japonaise Asako Narahashi nous entraînent dans un doux rêve éveillé à l'équilibre fragile, toujours prêt à basculer
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Asako Narahashi est née à Tôkyô en 1959. Elle s’initie à la photographie dès le lycée et intègre au milieu des années 1980 un groupe réunissant aussi bien de jeunes photographes que des noms déjà confirmés, comme Daidô Moriyama. En 1990, elle crée sa galerie privée 03FOTOS et, de 1996 à 2000, publie la revue photographique Main . Son premier livre NU-E paraît en 1997 , suivi en 2003 de FUNICULI FUNICULA . Ces premières séries montrent déjà un sens unique de la distanciation et une conscience aigue de la fragilité de l’existence et de l’impermanence des choses.

Half awake and half asleep in the water, un doux rêve éveillé prêt à basculer

En 2008, Nazraeli Press publie Half awake and half asleep in the water , second volume d'une collection dirigée par Martin Parr. Cet ouvrage réunit une série de photographies des côtes japonaises, images dans lesquelles Asako Narahashi inverse la composition traditionnelle de ce type de paysage, puisqu’elle prend ses clichés depuis la mer en se tenant partiellement immergée dans l’eau. Ces perspectives étonnantes sont rendues dans une palette restreinte de bleus, gris et marrons, qui contribuent à la création d’une atmosphère silencieuse et enveloppante, à la fois douce et légèrement menaçante. L’élément marin occupe la partie inférieure de l’image, ne laissant apparaître le paysage côtier qu’au second plan, dans un équilibre précaire. Des images naît ainsi un sentiment à mi-chemin entre agréable flottement et angoisse de l’engloutissement ; une sorte de doux rêve éveillé toujours prêt à basculer.

Le temps suspendu

Plus récemment, Asako Narahashi a poursuivi ses recherches à l’étranger, à Dubaï ou en Corée notamment. Même lorsqu’elle s’éloigne de la mer, son style unique de composition demeure immédiatement reconnaissable. Une fois encore, le temps semble se suspendre momentanément au milieu du flux de la vie. Lorsque l’artiste photographie un chantier apparemment endormi à Dubaï, il est bien difficile de discerner si les bâtiments sont abandonnés ou en cours de construction. Leur présence incongrue au milieu d’étendues sableuses millénaires rappelle la vision des côtes émergeant de l’eau dans les photographies antérieures de l’artiste japonaise.

Une artiste désormais reconnue dans le monde entier

Asako Narahashi a exposé dans le monde entier. Elle a eu l’honneur en 2009 d’une importante exposition personnelle au Tôkyô Art Museum, puis au début de l’année 2010 à la Rose Gallery à Santa Monica, en Californie. En France, son travail a été présenté notamment sur Paris Photo, où il a été l’un des plus remarqués des dernières éditions de la foire. Sa première exposition personnelle française a eu lieu en octobre 2010 lors des Rencontres du Livre et de la Photographie de Tourcoing, et a été immédiatement suivie d’une autre exposition personnelle, à la galerie parisienne Ilan Engel.

Des œuvres d’Asako Narahashi sont présentes dans les collections de grands musées, tels le Musée de Houston ou le Musée de la Photographie de Tôkyô. Le Musée National d’Art Moderne de Tôkyô a proposé en 2010 une passionnante exposition thématique intitulée On Bathing , dans laquelle plusieurs clichés de l’artiste figuraient en bonne place. En 1998, Asako Narahashi a reçu le Prix du nouveau membre la Société Photographique du Japon et en 2004 le prix de la Société Photographique.

Le site de l'artiste : http://www.03fotos.com

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