Les bouleversements de la mode féminine au début du XXe siècle

Paul Poiret libère la femme du corset, mais c'est surtout la guerre qui provoque d'importants changements dans les tenues vestimentaires féminines

Paul Poiret (1879-1944) est le couturier emblématique de la période allant de 1903 au début de la guerre. Avec le conflit, la vie change profondément, les femmes trouvent une place nouvelle dans la société et leurs tenues vestimentaires s’adaptent à ces bouleversements.

Paul Poiret et les Ballets Russes

Après avoir travaillé chez Doucet et Worth, Poiret ouvre sa propre maison en 1903 et habille la célèbre actrice Réjane (1856-1920), ce qui contribue à sa renommée. Il crée des robes à taille haute et libère les femmes du corset en 1906. Même s’il nie toute influence de leur part sur l’évolution de son travail, il semble profondément marqué par l’effervescence née de la venue des révolutionnaires Ballets Russes à Paris en 1909. Poiret va dès lors casser l’austérité des toilettes féminines en s’inspirant de l’Orient et en réintroduisant la couleur dans la mode. Ses pantalons de harem ne rencontrent pas forcément une grande faveur, et ses jupes entravées ne sont guère pratiques, mais le style orientalisant se répand.

Poiret a le sens du spectacle et de la promotion personnelle. Il voyage à travers l’Europe accompagné de mannequins. En 1914, il donne des conférences aux Etats-Unis, un séjour qui lui permet de prendre conscience du problème de la copie et de décider de fonder une association pour la protection des couturiers français.

Poiret innove également en créant en 1912 une école consacrée aux arts décoratifs, l’école Martine (prénom d’une de ses filles). L’école acquiert une grande renommée ; elle accueille des fillettes issues du monde ouvrier et les forme tout en leur versant un salaire. Les élèves sont emmenées dans des promenades pendant lesquelles elles sont encouragées à dessiner ce qu’elles voient. Poiret transpose ensuite ces dessins frais et naïfs sur des tapis, meubles, papiers muraux, céramiques, et les utilise même pour ses tissus et broderies. Une exposition des travaux de l’école a lieu au Salon d’Automne de 1912.

En 1908, Poiret sollicite un jeune illustrateur de mode, Paul Iribe (1881-1935), pour la publication d’un album qui, bien que tiré en nombre limité, aide beaucoup à la promotion de la maison. En 1911, le couturier demande de même à Georges Lepape (1887-1971) de concevoir un second album, à la diffusion un peu plus large. Cet album est réalisé par l’entremise de la Gazette du Bon Ton, un luxueux magazine trimestriel fondé en 1912 pour se faire l’écho des principaux courants artistiques de son temps. Le dessin très stylisé des illustrateurs de cette revue, dont Iribe et Lepape, apporte un souffle nouveau au dessin de mode. La gazette fusionnera avec Vogue en 1925.

Durant le conflit, Poiret refuse de se plier aux restrictions imposées et continue de créer des modèles excentriques, notamment des crinolines raccourcies sous des hanches en pagode. Ce rejet des obligations et de l’évolution de la société de son temps marquent la fin de sa domination sur la mode, et le couturier tombe dès lors dans l’oubli.

Les drapés de Mariano Fortuny

Mariano Fortuny (1871-1949) est un autre grand créateur de l’époque, dont le travail parait encore d'une incroyable modernité. Cet autodidacte, né en Espagne, s’installe à Venise. Peintre, il se considère plus comme un artiste que comme un couturier. Ses tissus et coupes d'une grande fluidité s’inspirent de la Renaissance et de l’Antiquité, et montrent aussi une influence du Préraphaélisme anglais. Comme William Morris (1834-1896), Fortuny estime que le créateur et l’artisan ne doivent faire qu’un ; ayant étudié la mécanique et la chimie, Fortuny développe ses propres techniques pour l’impression et le gaufrage de ses tissus, ce pour quoi il est encore surtout connu aujourd’hui et dont on retrouve une trace évidente dans les recherches d’Issey Miyake. Les robes les plus célèbres de Fortuny sont en effet les « Delphos », longs fourreaux plissés dont le tissu est si léger que les ourlets sont plombés de chapelets métalliques. Comme Poiret, Fortuny se soucie des problèmes de copies et fait breveter le modèle de ses robes en 1909.

La nouvelle place de la femme dans la société

L’une des grandes préoccupations de la mode du temps est de savoir si la femme peut ou non adopter des éléments empruntés à la garde-robe masculine. La guerre apporte une réponse claire au débat ; le conflit éclatant au moment des moissons, le gouvernement demande aux femmes d’aller remplacer les hommes dans les champs. Peu à peu, la guerre s’éternisant, les femmes prennent la place des hommes dans de nombreuses autres activités et adaptent leurs tenues pour les rendre plus pratiques. La pénurie de textile et les exigences de la vie professionnelle raccourcissent donc les jupes. La taille est à sa place, le corsage est simple, les manches longues, les toques remplacent de plus en plus les chapeaux. On porte souvent une jupe à la cheville avec une veste ample resserrée à la taille par une ceinture. Certaines femmes travaillant en usine adoptent même le pantalon ou la salopette. Certains croient toutefois que l’on reviendra aux jupes longues après la guerre.

En raison des circonstances particulières, les différences entre les deux sexes sont donc désormais moins marquées dans les tenues vestimentaires, mais les femmes compensent le besoin de tenues strictes et purement pratiques en revenant parfois à une grande extravagance et à des toilettes plus séduisantes quand elles en ont la possibilité. Les mondanités ne sont en effet pas stoppées par la guerre. Malgré la pénurie de tissu et de main-d’œuvre, de nombreuses maisons restent ouvertes durant le conflit et la foire internationale de 1915 offre un nouveau débouché avec le marché américain. Dans le même temps, la simplification des modèles créés par les couturiers permet l’imitation de la couture par les classes moins aisées.

En savoir plus

http://fashion-era.com/orientalism_in_dress.htm

Sur le même sujet