Les débuts de l'art à l'occidentale dans le Japon de l'ère Meiji

L'ère Meiji (1868-1912) marque la réouverture sur Japon sur le monde. Les techniques occidentales sont rapidement assimilées, notamment dans les arts.
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L’époque Edo (1603-1868), marquée par un repli sur soi du Japon, se termine avec la réouverture forcée des frontières de l’archipel et l’effondrement du régime militaire des shôgun Tokugawa. Le tout jeune empereur Mutsuhito (1852-1912), entouré de conseillers, recouvre le pouvoir dont ses prédécesseurs avaient été longtemps privés par le shôgunat, n'ayant gardé pendant plusieurs siècles qu'un rôle symbolique et religieux.

L’entrée du Japon dans l’ère moderne

Appelé ère Meiji («Gouvernement Eclairé»), d'après le nom posthume de l’empereur, le règne de Mutsuhito (1867 - 1912) sonne l’entrée du Japon dans la modernité. Le pays assimile les modèles européens et américains, afin de pouvoir rivaliser rapidement avec eux et se dégager des traités inégaux qui lui ont été imposés lors de la réouverture de ses frontières. Le peuple japonais est encouragé à adopter les sciences et la culture de l’Occident, et à partir s’en imprégner sur place, tandis que des Occidentaux sont invités à venir enseigner leur savoir au Japon. Dans le domaine artistique, l’Europe contemporaine devient la source majeure d’inspiration.

De jeunes artistes japonais découvrent Paris, capitale des arts

De nombreux jeunes japonais viennent grossir la foule des étudiants et artistes étrangers à Paris, capitale incontestée des arts. Les premiers arrivés ont pour principal objectif d'étudier les techniques occidentales, afin de pouvoir ensuite les exploiter au Japon et les enseigner à leurs compatriotes. Il s’agit donc, dans la plupart des cas, de séjours temporaires.

La multiplication des cours privés de peinture à l'huile et de dessin

Les cours privés de peinture à l’huile et de dessin à l’occidentale se multiplient ainsi au Japon durant la seconde moitié du XIXe siècle. Charles Wirgman (1832-1891), correspondant de l’ I llustrated London News, ou le français Georges-Ferdinand Bigot (1860-1927), apportent également leurs connaissances aux étudiants japonais. Wirgman, qui vit au Japon de 1861 jusqu’à sa mort trente ans plus tard, y est l’un des initiateurs de la peinture à l’huile, mais aussi de la caricature d’actualité, en publiant de 1862 à 1887 la revue satirique Japan Punch . Bigot arrive au Japon en 1882 et y séjourne dix-huit ans. Il enseigne le dessin et le français et lance Tôba-e , un journal qui prend pendant trois ans la relève du Japan Punch .

La Kôbu Bijutsu Gakkô et l’arrivée de professeurs d’art étrangers au Japon

La Kôbu Bijutsu Gakkô, premier établissement public d’art du Japon, affiliée au Collège Impérial de Technologie, naît en 1876, à l’instigation du ministère de l’Industrie et de la Technologie (Kôbushô). La formation est purement technique et suit les méthodes académiques occidentales. Des professeurs italiens sont conviés à venir transmettre leur savoir. Le plus célèbre, Antonio Fontanesi (1818-1882), a enseigné l’art du paysage à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Turin, et il tente d’éveiller la sensibilité de ses élèves japonais en leur faisant découvrir le travail sur le motif et les paysagistes européens.

L’académie des Beaux-Arts de Tôkyô

La Kôbu Bijutsu Gakkô ferme ses portes en 1883, et les années qui suivent témoignent d’un certain retour à la tradition. En réaction, d’anciens élèves de Fontanesi créent en 1889 le premier groupe à l’occidentale, la Meiji Bijutsu-kai (Société d’Art Meiji). L’Académie des Beaux-Arts de Tôkyô (Tôkyô Bijutsu Gakkô) est fondée la même année par l’Américain Ernest Fenollosa (1853-1908) et par Okakura Kakuzô (1862-1913). Elle ne compte d’abord que des classes d’art et d’artisanat traditionnels, excepté des cours de dessin à l’occidentale et d’anatomie. Si les deux hommes défendent la peinture classique japonaise, ils se montrent également favorables à certains apports de l’Occident susceptibles de l’enrichir. Le terme de nihon-ga désigne, à partir de la décennie 1880, la peinture japonaise réalisée avec de l’encre ou des pigments minéraux, sur soie ou papier; tandis que la peinture à l’occidentale est appelée yô-ga .

Retour en force de la peinture à l'huile

Après ces années de retour sur la tradition, les techniques occidentales connaissent un nouvel essor et la fracture ne se manifeste plus tant entre traditionalistes et occidentalisants qu’entre conservateurs et novateurs, dans l’un comme dans l’autre camp. En 1896, les classes d'art japonais et occidental sont distinctement séparées à l’Académie des Beaux-Arts, et l’ouverture de la section de peinture à l’huile reçoit un accueil enthousiaste, qui se confirmera avec le temps.

Pour en savoir plus :

Aux débuts de la peinture japonaise de style occidental, de la technique à l’esthétique , Isabelle Charrier, Gazette des Beaux-Arts , N° 1476, janvier 1992, pages 57- 67.

Meiji western painting , de Minoru Harada, collection Art of Japan , Vol.VI, Editions Weatherhill, New York/ Shibundô, Tôkyô, 1974

Paris in Japan, the Japanese Encounter with European Painting, Takashina Shûji, Thomas Rimer, Gerald Bolas, catalogue d’exposition itinérante, Washington University Press, 1987.

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